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  • Alfa Romeo Montreal (1970–1977) : Du rêve de l’Exposition universelle au V8 de course

    Alfa Romeo Montreal (1970–1977) : Du rêve de l’Exposition universelle au V8 de course

    Dévoilée à l’état de concept-car lors de l’Exposition universelle de 1967 au Canada, l’Alfa Romeo Montreal est née d’un défi hors norme : matérialiser « la plus haute aspiration de l’homme en matière d’automobile ». Passée du rêve des salons à la réalité des concessions en 1970, cette GT spectaculaire signée Marcello Gandini pour Bertone a marqué l’histoire en accueillant sous son long capot le noble moteur V8 tout aluminium dérivé de la mythique Tipo 33 de compétition.

    Contexte & Genèse du projet

    • L’époque : En 1967, les organisateurs de l’Expo 67 de Montréal invitent Alfa Romeo à concevoir un modèle expérimental incarnant le sommet du design et de la technologie automobile mondiale. Deux prototypes sans nom officiel sont acheminés au pavillon italien. L’enthousiasme populaire et médiatique est tel que le public baptise spontanément le modèle « Montreal », un nom que la direction d’Arese décidera d’officialiser pour la version de série.
    • Les acteurs clés : Le dessin visionnaire est sculpté par le jeune prodige de la carrosserie Bertone, Marcello Gandini, sous la direction de Nuccio Bertone. La mise au point technique est orchestrée par le bureau d’études milanais sous la houlette d’Orazio Satta Puliga et de Giuseppe Busso, qui travaillent en étroite synergie avec l’écurie de course Autodelta de Carlo Chiti.
    • Le défi technique : Si les deux prototypes de 1967 reposaient sur le 4-cylindres 1.6 Bialbero de la Giulia avec une implantation moteur suggérant une position centrale arrière, Alfa Romeo prend la décision audacieuse pour le modèle de série d’y greffer un V8 de course en position longitudinale avant, imposant une profonde refonte de la cellule avant et du capot.

    « À Montréal, nous devions exposer ce que l’Italie savait faire de plus beau et de plus avancé. Mais lorsque nous avons décidé d’y installer le V8 de la Tipo 33, le projet a quitté le domaine de la simple carrosserie pour devenir un monument mécanique. »

    — Nuccio Bertone

    Architecture & Innovations Techniques

    • Groupe motopropulseur d’anthologie : Le cœur de la Montreal est le V8 à 90° tout aluminium (2 593 cm³) directement extrapolé du bloc de la barquette de sport-prototype Tipo 33/2. Il hérite de solutions techniques réservées à la compétition : lubrification par carter sec (évitant tout déjaugeage en courbe et permettant d’abaisser le centre de gravité), quatre arbres à cames en tête (deux par rangée) entraînés par chaînes et allumage électronique Bosch.
    • Alimentation par injection SPICA : Le V8 est gavé par un système d’injection mécanique indirecte SPICA à huit papillons individuels, développant 200 ch DIN à 6 500 tr/min (avec un régime maximal fixé à 7 000 tr/min) et 235 Nm de couple, autorisant une vitesse de pointe de 224 km/h.
    • Transmission & Liaison au sol : La transmission aux roues arrière fait appel à une boîte manuelle ZF à 5 rapports inversés (grille dogleg avec la 1ère en bas à gauche) accouplée à un différentiel autobloquant ZF taré à 25 %. Le freinage est confié à quatre freins à disques ventilés signés Girling.
    • Détails esthétiques signature : La Montreal se distingue par ses célèbres persiennes de phares escamotables qui s’abaissent sous l’effet de la dépression à l’allumage des feux, sa prise d’air NACA factice sur le capot (destinée à masquer le bossage du volumineux V8) et ses ouïes latérales stylisées sur les montants de custode.

    Fiche d’identité & Données clés

    CaractéristiquesSpécifications d’usine
    Période de production1970 – 1977
    Exemplaires produits3 925 unités
    Architecture moteurV8 à 90° tout alu, 16 soupapes, 4 ACT, carter sec
    Cylindrée & Puissance2 593 cm³ (80 × 64,5 mm) / 200 ch DIN à 6 500 tr/min
    Couple maxi235 Nm à 4 750 tr/min
    AlimentationInjection mécanique indirecte SPICA
    TransmissionPropulsion, boîte manuelle ZF 5 rapports (Dogleg) + autobloquant 25 %
    Poids à vide1 270 kg
    Performances0 à 100 km/h en 7,4 s / Vitesse max : 224 km/h
    Code usine / TypeTipo 105.64

    Carrière commerciale, Déclinaisons et Évolutions

    • Présentation au Salon de Genève (Mars 1970) : La version définitive fait sensation face aux Porsche 911 et Jaguar Type E, affichant un tarif premium de 5 700 000 lires.
    • Le choc pétrolier de 1973 : Alors que la Montreal séduit les amateurs de grand tourisme par sa musicalité rageuse et son confort de roulement, le premier choc pétrolier de la fin 1973 vient brutalement freiner la demande pour les GT gloutonnes à moteur V8. La production ralentit progressivement jusqu’à l’arrêt définitif des lignes en 1977.
    • Nuancier iconique : Outre les classiques rouges et noirs, la Montreal a marqué l’époque par ses teintes métallisées éclatantes caractéristiques des années 1970, comme le célèbre Verde Medio, l’orange Arancio Montreal et le Luci di Bosco.

    L’Héritage et le Regard Collection

    • Descendance mécanique : Unique GT de série à moteur V8 produite par Alfa Romeo au XXe siècle aux côtés de la confidentielle 33 Stradale, la Montreal devra attendre quarante ans pour trouver une héritière spirituelle avec l’Alfa Romeo 8C Competizione en 2007.
    • Statut en collection : Longtemps sous-estimée en raison de la complexité de réglage de son injection mécanique SPICA, l’Alfa Romeo Montreal connaît une réhabilitation éclatante auprès des passionnés. Sa ligne Gandini inimitable, sa rareté et la noblesse de son V8 dérivé de la course en font une pièce maîtresse très recherchée lors des ventes aux enchères internationales.
  • Alfa Romeo 33 Stradale (1967) : Le chef-d’œuvre absolu de Franco Scaglione et Carlo Chiti

    Alfa Romeo 33 Stradale (1967) : Le chef-d’œuvre absolu de Franco Scaglione et Carlo Chiti

    Dévoilée le 31 août 1967 à l’Autodrome de Monza à la veille du Grand Prix d’Italie de Formule 1, puis officiellement présentée au Salon de Turin en novembre, l’Alfa Romeo 33 Stradale est considérée comme l’une des plus belles créations de l’histoire automobile. Première supercar moderne de la marque au Biscione, elle transpose directement sur route ouverte la technologie sans filtre de la barquette de course Tipo 33 d’Autodelta, enveloppée dans une carrosserie sculpturale en aluminium battue à la main.

    Contexte & Genèse du projet

    • L’époque : Au milieu des années 1960, le président d’Alfa Romeo, Giuseppe Luraghi, et le directeur d’Autodelta, Carlo Chiti, développent le projet Tipo 33 pour reconquérir le Championnat du Monde des Sport-Prototypes. Face au potentiel extraordinaire du châssis et du moteur V8, Luraghi prend la décision audacieuse de dériver une version homologuée pour la route : la « Stradale ».
    • Les acteurs clés : La conception mécanique est supervisée par Carlo Chiti à Settimo Milanese. Pour le dessin, Alfa Romeo fait appel au designer indépendant Franco Scaglione (ancien maître du style chez Bertone à l’origine des concepts B.A.T.). L’assemblage des carrosseries est confié aux ateliers de la Carrozzeria Marazzi.
    • Le cahier des charges : Créer un objet d’art pur, capable d’offrir des performances de voiture de course d’endurance tout en conservant un minimum de civilité pour circuler sur route.

    « Avec la 33 Stradale, Franco Scaglione n’a pas seulement dessiné une carrosserie : il a réussi la fusion parfaite entre l’aérodynamisme de compétition, la sensualité des formes italiennes et l’expression brute de la vitesse. »

    — Carlo Chiti, Directeur Général d’Autodelta

    Architecture & Innovations Techniques

    • Groupe motopropulseur de course : Implanté en position centrale arrière longitudinale, le moteur est un V8 à 90° tout aluminium de 1 995 cm³ (alésage 78 mm, course 52,2 mm) à lubrification par carter sec. Équipé de quatre arbres à cames en tête entraînés par chaîne, d’une injection mécanique indirecte SPICA et du double allumage Twin Spark (16 bougies), il délivre 230 ch à 8 800 tr/min dans sa configuration routière (avec un rupteur fixé à 10 000 tr/min) et jusqu’à 270 ch en échappement libre.
    • Boîte de vitesses de compétition : La transmission aux roues arrière est assurée par une boîte mécanique manuelle à 6 rapports signée Colotti, accouplée à un différentiel autobloquant.
    • Châssis tubulaire d’avant-garde : La structure repose sur un treillis composé de trois volumineux tubes centraux en alliage léger d’aluminium et de magnésium disposés en « H », faisant office de réservoirs de carburant, complétés par des sous-châssis tubulaires avant et arrière en acier. L’empattement est allongé de 10 cm (2 350 mm) par rapport à la barquette de compétition pour libérer de l’espace dans l’habitacle.
    • Portes en élytre et vitrages galbés : La 33 Stradale est la toute première voiture de série au monde à adopter des portes à ouverture en élytre (dièdre). Les vitrages latéraux en plexiglas fortement galbés se prolongent sur le pavillon de toit, inondant l’habitacle de lumière.
    • Poids plume record : Grâce à sa peau d’aluminium d’à peine 1 mm d’épaisseur façonnée artisanalement, la voiture n’affiche que 700 kg sur la balance.

    Fiche d’identité & Données clés

    CaractéristiquesSpécifications d’usine
    Période de production1967 – 1969
    Exemplaires produits18 châssis au total (dont 11 coupés Scaglione de série/proto)
    Architecture moteurV8 à 90° central arrière, tout alu, 4 ACT, carter sec
    Cylindrée1 995 cm³ (78 × 52,2 mm)
    Puissance maxi230 ch à 8 800 tr/min (régime maxi : 10 000 tr/min)
    Couple maxi206 Nm à 7 000 tr/min
    TransmissionPropulsion, boîte manuelle Colotti à 6 rapports + autobloquant
    Poids à vide700 kg
    Performances0 à 100 km/h en 5,5 s / Vitesse max : 260 km/h
    Code châssisTipo 105.33

    Carrière commerciale, Palmarès et Déclinaisons

    • La voiture la plus chère du monde en 1967 : Affichée au tarif astronomique de 9 750 000 lires italiennes à son lancement (à titre de comparaison, une Lamborghini Miura valait 7,7 millions de lires), la 33 Stradale s’adressait à une élite de passionnés fortunés.
    • Les déclinaisons esthétiques : En raison de sa fabrication strictement artisanale chez Marazzi, aucun des 11 exemplaires Scaglione n’est rigoureusement identique. Les premiers modèles se distinguaient notamment par des projecteurs avant doubles sous globe en verre signés Carello, remplacés par des optiques simples sur les modèles ultérieurs pour répondre aux normes d’homologation.
    • La matrice des plus grands concept-cars italiens : Sur les 18 châssis produits par Autodelta, 5 châssis nus ont été confiés aux plus grands maîtres carrossiers transalpins pour concevoir des manifestes du design :
      • Alfa Romeo Carabo (1968) par Bertone (Marcello Gandini)
      • Alfa Romeo P33 Roadster / Cuneo (1968/1971) par Pininfarina (Paolo Martin)
      • Alfa Romeo Iguana (1969) par Italdesign (Giorgetto Giugiaro)
      • Alfa Romeo 33/2 Coupé Speciale (1969) par Pininfarina (Leonardo Fioravanti)
      • Alfa Romeo Navajo (1976) par Bertone (Marcello Gandini)

    L’Héritage et le Regard Collection

    • Descendance spirituelle : L’ADN stylistique et l’architecture de la 33 Stradale ont servi de boussole esthétique pour l’Alfa Romeo 8C Competizione (2007), l’Alfa Romeo 4C (2013), et ont donné naissance en 2023 à la toute nouvelle Alfa Romeo 33 Stradale développée par la Bottega d’Arese.
    • Statut en collection : Chef-d’œuvre absolu de l’art automobile, la 33 Stradale de 1967 est considérée comme inestimable. Le prototype d’origine et plusieurs exemplaires sont conservés au Museo Storico Alfa Romeo d’Arese. Les très rares modèles en mains privées comptent parmi les automobiles les plus précieuses de la planète, dont la valeur théorique dépasse aujourd’hui plusieurs dizaines de millions d’euros.
  • Alfa Romeo 8C 2300 et 2900 (1931–1939) : L’âge d’or aristocratique et la reine invaincue des Mille Miglia

    Alfa Romeo 8C 2300 et 2900 (1931–1939) : L’âge d’or aristocratique et la reine invaincue des Mille Miglia

    Considérée comme l’une des plus prestigieuses lignées automobiles de tous les temps, la dynastie des Alfa Romeo 8C (2300 et 2900) incarne le sommet absolu de l’ingénierie et de l’élégance des années 1930. Conçue par le maître ingénieur Vittorio Jano, cette reine mécanique a écrasé la concurrence sur tous les circuits du monde — des 24 Heures du Mans aux Mille Miglia — tout en offrant aux carrossiers d’élite comme Touring Superleggera le châssis idéal pour sculpter des chefs-d’œuvre de grand tourisme intemporels.

    Contexte & Genèse du projet

    • L’époque : Au début des années 1930, Alfa Romeo domine déjà le sport automobile grâce à la 6C 1750. Face à la montée en puissance de Mercedes-Benz et de Bugatti, la direction d’Arese demande à Vittorio Jano de concevoir une mécanique encore plus noble, puissante et polyvalente, capable de remporter un Grand Prix le dimanche et de traverser l’Europe à haute vitesse le lundi.
    • Les acteurs clés : Le génial Vittorio Jano conçoit le moteur et le châssis. Sur les circuits, l’engagement sportif est confié à partir de 1933 à la Scuderia Ferrari d’Enzo Ferrari, qui gère l’écurie de course officielle du Biscione. Pour les carrosseries civiles, la Carrozzeria Touring de Felice Bianchi Anderloni crée des lignes mythiques grâce à son brevet révolutionnaire Superleggera.
    • Le cahier des charges : Allier la compacité d’un moteur 8-cylindres suralimenté à une distribution centrale innovante pour éliminer les problèmes de torsion mécanique à haut régime.

    « Avec la 8C, Vittorio Jano a créé une voiture qui n’avait aucun point faible : le moteur était inusable, le compresseur hurlait comme une sirène et la tenue de route permettait de battre des records sans jamais fatiguer le pilote. »

    — Tazio Nuvolari

    Architecture & Innovations Techniques

    • Le 8-cylindres en ligne à cascade d’engrenages centrale : Pour contourner le talon d’Achille des longs vilebrequins et arbres à cames des moteurs 8-cylindres de l’époque (sujets à de fortes torsions), Jano divise le bloc en deux demi-blocs de 4 cylindres en alliage léger (silumin). La commande des deux arbres à cames en tête (DOHC) et des accessoires s’effectue au centre exact du moteur par une cascade d’engrenages hélicoïdaux.
    • Suralimentation par compresseur Roots : Le bloc est gavé par un compresseur volumétrique Roots entraîné par la distribution centrale (porté à deux compresseurs sur la 2900), délivrant une réponse instantanée et un couple colossal dès les plus bas régimes.
    • Évolution de la 8C 2300 (1931) à la 8C 2900 (1935) :
      • 8C 2300 : Cylindrée de 2 336 cm³ développant 142 ch (version tourisme) à 180 ch (version course Monza). Châssis à essieux rigides et ressorts à lames semi-elliptiques.
      • 8C 2900 : Cylindrée portée à 2 905 cm³ développant 180 ch (2900B) à 220 ch (2900A Corsa). Elle inaugure un châssis ultra-moderne à quatre roues indépendantes (bras transversaux à l’avant, essieu oscillant avec barres de torsion à l’arrière) et une boîte-pont arrière (Transaxle) avec freins à tambours hydrauliques géants.
    • Structure Touring Superleggera : Les carrosseries de la 8C 2900B reposent sur un treillis de tubes d’acier très fins sur lequel sont fixées à la main des tôles d’aluminium, garantissant un poids plume et une pureté aérodynamique inédite.

    Fiche d’identité & Données clés

    CaractéristiquesAlfa Romeo 8C 2300 (1931)Alfa Romeo 8C 2900B (1937)
    Période de production1931 – 19341937 – 1939
    Exemplaires produits188 unités (toutes versions)~40 unités (châssis Corto et Lungo)
    Architecture moteur8-cylindres en ligne, bloc alu, 2 ACT centraux8-cylindres en ligne, double compresseur Roots
    Cylindrée2 336 cm³ (65 × 88 mm)2 905 cm³ (68 × 100 mm)
    Puissance maxi142 à 180 ch à 5 400 tr/min180 ch à 5 200 tr/min (220 ch en Corsa)
    TransmissionPropulsion, boîte manuelle à 4 rapportsPropulsion, boîte 4 rapports sur pont arrière
    Poids à vide1 000 kg (Monza) à 1 350 kg1 250 kg (Berlinetta Touring)
    Performances0 à 100 km/h en ~8,5 s / Vmax : 170 à 215 km/h0 à 100 km/h en ~7,5 s / Vmax : 185 à 220 km/h
    Variantes de châssisCorto (2,75 m), Lungo (3,10 m), Monza (2,65 m)Corto (2,80 m), Lungo (3,00 m)

    Carrière commerciale, Palmarès et Déclinaisons

    • Quatre victoires consécutives aux 24 Heures du Mans (1931–1934) :L’Alfa Romeo 8C 2300 réalise l’un des plus grands exploits de l’histoire mancelle en remportant quatre éditions d’affilée :
      • 1931 : Lord Howe et Sir Henry Birkin (8C 2300 LM).
      • 1932 : Luigi Chinetti et Raymond Sommer.
      • 1933 : Tazio Nuvolari et Raymond Sommer (victoire arrachée dans le dernier tour).
      • 1934 : Luigi Chinetti et Philippe Étancelin.
    • L’hégémonie totale aux Mille Miglia :La 8C s’impose comme la maîtresse incontestée de l’épreuve reine sur route ouverte, remportant les éditions 1932, 1933, 1934, 1935 (8C 2300/2600) puis 1936, 1937 et 1938 (8C 2900) avec des légendes comme Nuvolari, Borzacchini, Varzi et Biondetti.
    • Les chefs-d’œuvre de carrosserie :Au-delà des victoires en Grand Prix (baptisées Monza après le triomphe de Nuvolari en 1931), la 8C 2900B s’habille en versions civiles d’une splendeur incomparable : la Berlinetta Touring, le Spider Touring, ainsi que des réalisations uniques signées Pinin Farina ou Zagato.

    L’Héritage et le Regard Collection

    • Descendance mécanique : La 8C d’avant-guerre a forgé l’image de prestige et de domination technologique d’Alfa Romeo. En 2007, le constructeur a rendu un hommage direct à cette dynastie en baptisant sa supercar V8 l’Alfa Romeo 8C Competizione.
    • Statut en collection : Les Alfa Romeo 8C figurent au sommet absolu du marché mondial de la collection d’art automobile, rivalisant avec les Bugatti Type 57SC et Ferrari 250 GTO. Les rares exemplaires de 8C 2900B Lungo Berlinetta ou Spider Touring dépassent régulièrement les 15 à 25 millions d’euros lors des ventes aux enchères internationales les plus prestigieuses (Pebble Beach, Villa d’Este, Goodwood).
  • Alfa Romeo Giulia TZ et TZ2 (1963–1965) : Le châssis tubulaire et la queue tronquée au sommet du Grand Tourisme

    Alfa Romeo Giulia TZ et TZ2 (1963–1965) : Le châssis tubulaire et la queue tronquée au sommet du Grand Tourisme

    Dévoilée au Salon de Turin fin 1962 et homologuée en catégorie Grand Tourisme dès 1964, l’Alfa Romeo Giulia TZ (pour Tubolare Zagato) et son évolution ultime TZ2 ont marqué l’âge d’or du sport automobile international. Développée par la jeune officine Autodelta de Carlo Chiti et habillée par le crayon affûté d’Ercole Spada chez Zagato, cette bête de course a dominé sa catégorie sur les circuits et les routes les plus exigeants de la planète, des 24 Heures du Mans à la Targa Florio.

    Contexte & Genèse du projet

    • L’époque : Au début des années 1960, pour succéder à la victorieuse Giulietta SZ (Sprint Zagato) dans la catégorie GT 1.6 litre, Alfa Romeo doit répliquer face à l’émergence de redoutables rivales comme la Lotus Elan, la Porsche 904 GTS et les Abarth-Simca.
    • Les acteurs clés : Le projet technique est dirigé par Orazio Satta Puliga et Giuseppe Busso chez Alfa Romeo, avant d’être confié pour son développement et sa préparation sportive à la structure Auto Delta de Carlo Chiti et Lodovico Chizzola. Le dessin de la carrosserie est confié au jeune maître du style de la Carrozzeria Zagato, Ercole Spada, sous l’œil d’Elio Zagato.
    • Le cahier des charges : Concevoir une voiture de course légère et basse, dotée d’une rigidité torsionnelle irréprochable et d’un profil aérodynamique étudié pour exploiter le potentiel du 4-cylindres Bialbero de la nouvelle Giulia.

    « Avec la TZ, nous avons poussé la recherche aérodynamique dans ses derniers retranchements. L’arrière tronqué et la compacité du châssis tubulaire lui donnaient une agilité féline qui désarmait des concurrentes pourtant deux fois plus puissantes. »

    — Ercole Spada, Chef designer chez Zagato

    Architecture & Innovations Techniques

    • Le châssis tubulaire Spaceframe : La structure repose sur un treillis composé de tubes minces en acier au nickel-chrome d’un diamètre de 25 mm. Conçu par Alfa Romeo et fabriqué par la société Ambrosini, ce châssis tubulaire rigide ne pèse que 62 kg, offrant une base solide pour ancrer les trains roulants.
    • Aérodynamisme et Coda Tronca : Ercole Spada applique les théories aérodynamiques du professeur allemand Wunibald Kamm en dessinant une poupe coupée nette au profil vertical (queue tronquée ou Kammback). Cette solution réduit la traînée aérodynamique tout en stabilisant la voiture à haute vitesse sans nécessiter d’aileron proéminent.
    • Le Bialbero incliné à double allumage : Le 4-cylindres en ligne de 1 570 cm³ (alésage 78 mm, course 82 mm) tout aluminium est incliné de 15° vers la gauche pour permettre un abaissement maximal du capot avant. Préparé par Autodelta, il reçoit une culasse à deux arbres à cames en tête, deux carburateurs double-corps Weber 45 DCOE et le double allumage Twin Spark (deux bougies par cylindre). Il développe 112 ch en version routière (Stradale), 160 ch en version course (Corsa), et grimpe à 170 ch à 7 000 tr/min sur la TZ2 grâce à une lubrification par carter sec.
    • Liaisons au sol & Freinage Inboard : La TZ innove avec quatre roues indépendantes (triangles superposés à l’avant, bras oscillants avec barres stabilisatrices à l’arrière) et quatre freins à disques Girling, dont les disques arrière sont montés inboard (accolés au différentiel) pour réduire les masses non suspendues.
    • L’évolution TZ2 en fibre de verre (1965) : La TZ2 pousse le concept à l’extrême : la carrosserie en aluminium de la TZ est remplacée par une coque d’une seule pièce en fibre de verre moulée directement sur le treillis tubulaire par Zagato. Plus basse (hauteur abaissée à seulement 1,02 m contre 1,20 m sur la TZ), elle perd 40 kg pour atteindre un poids plume de 620 kg.

    Fiche d’identité & Données clés

    CaractéristiquesGiulia TZ (1963–1965)Giulia TZ2 (1965)
    Période de production1963 – 19651965
    Exemplaires produits112 unités (Stradale & Corsa)12 unités (Strictement Corsa)
    Matériau carrosserieAluminium battu à la main (Peraluman)Fibre de verre / Résine composite
    Architecture moteur4-cylindres Bialbero, 8V, incliné de 15°4-cylindres Bialbero, Twin Spark, carter sec
    Cylindrée1 570 cm³ (78 × 82 mm)1 570 cm³ (78 × 82 mm)
    Puissance maxi112 ch (Stradale) / 160 ch (Corsa)170 ch à 7 000 tr/min
    TransmissionPropulsion, boîte manuelle à 5 rapportsPropulsion, boîte manuelle à 5 rapports
    Poids à vide660 kg620 kg
    Vitesse maximale215 km/h (Corsa)245 km/h
    Hauteur hors tout1 200 mm1 020 mm
    Code usine / TypeTipo 105.11Tipo 105.11

    Carrière commerciale, Palmarès et Déclinaisons

    • Débuts foudroyants à Monza (Novembre 1963) : Dès sa première apparition en compétition lors de la Coppa FISA sur l’autodrome de Monza en novembre 1963, les quatre TZ engagées réalisent un quadruplé historique aux mains de Lorenzo Bandini, Roberto Bussinello, Giancarlo Baghetti et Consalvo Sanesi.
    • L’hégémonie internationale en catégorie GT 1.6 (1964–1965) :Homologuée en Grand Tourisme début 1964 après la fabrication des 100 exemplaires requis, la Giulia TZ signe une moisson de victoires de catégorie :
      • 12 Heures de Sebring (1964) : 1ère et 2ème en catégorie GT 1.6.
      • Targa Florio (1964) : 1ère et 2ème de classe (3ème au classement général absolu).
      • 1000 km du Nürburgring (1964) : Victoire de classe sur l’exigeante Nordschleife.
      • 24 Heures du Mans (1964 & 1965) : Victoire de classe consécutive aux mains de Bussinello/Deserti puis de Zeccoli/Rosinski.
      • Tour de France Automobile (1964) : Victoire de classe GT.
    • Le baroud d’honneur de la TZ2 (1965–1966) : Exclusivement réservée à l’écurie officielle Autodelta, la TZ2 s’impose dès sa première sortie aux 1000 km de Monza 1965 avec Bussinello et De Adamich, avant de triompher à la Targa Florio 1966, aux 1000 km du Nürburgring et aux 6 Heures de Melbourne.

    L’Héritage et le Regard Collection

    • Descendance mécanique : La réussite technique de la TZ a directement inspiré la création de la Giulia Sprint GTA (1965) pour les épreuves de Tourisme, tout en servant de banc d’essai pour le développement des prototypes Tipo 33 d’Autodelta.
    • Statut en collection : Chef-d’œuvre de l’alliance entre Alfa Romeo et la Carrozzeria Zagato, la Giulia TZ est l’une des pièces de collection les plus disputées au monde. Une TZ d’origine s’échange entre 1 et 1,5 million d’euros, tandis que les 12 rarissimes TZ2 d’usine sont estimées à plus de 3 à 4 millions d’euros lors des ventes aux enchères internationales.
  • Alfa Romeo Spider : les 60 ans du « Duetto », l’icône absolue du charme italien

    Alfa Romeo Spider : les 60 ans du « Duetto », l’icône absolue du charme italien

    Ce 10 mars 2026 marque une date historique pour tous les Alfistes : il y a exactement soixante ans, l’Alfa Romeo 1600 Spider était dévoilée au Salon de l’automobile de Genève. Devenue une icône mondiale grâce à ses lignes intemporelles et sa carrière hollywoodienne, celle que tout le monde appelle encore le « Duetto » fête aujourd’hui ses six décennies de légende.

    Un nom né d’un concours… et d’une bataille juridique

    À son lancement en 1966, la voiture s’appelait simplement « Spider 1600 ». Pour lui trouver un patronyme, Alfa Romeo lança un concours national intitulé « Spider 1600 : donnez-lui un nom », attirant plus de 140 000 participants. C’est la proposition de Guidobaldo Trionfi, « Duetto », qui fut choisie.

    Cependant, le nom officiel fut rapidement retiré après un recours d’une entreprise de confiserie qui utilisait déjà cette marque pour un biscuit. Malgré cette décision de justice, le nom est resté gravé dans le cœur du public et est devenu indissociable du modèle jusqu’à la fin de sa carrière en 1994.

    Le design « Osso di Seppia » : le dernier chef-d’œuvre de Pininfarina

    Le Duetto est entré dans l’histoire comme la dernière étude stylistique menée personnellement par Battista Pininfarina. Son profil unique, surnommé « Osso di Seppia » (os de seiche), se caractérise par :

    • Un avant et un arrière arrondis avec une calandre très basse.
    • Une ligne de ceinture basse et des flancs convexes.
    • Une silhouette fluide évoquant la forme d’un bateau (boat-tail).

    À l’époque, son prix de lancement était de 2 312 800 lires, une somme considérable représentant près de deux ans de salaire pour un employé moyen.

    La mécanique : le cœur battant du Biscione

    Sous sa robe élégante, le Spider 1600 cachait la mécanique éprouvée de la Giulia Sprint GT, mais avec un empattement raccourci de 225 mm.

    • Moteur : 4 cylindres double arbre de 1 570 cm³ développant 109 chevaux.
    • Poids : Seulement 990 kg, permettant d’atteindre 185 km/h.
    • Évolutions : La gamme s’est ensuite enrichie de la version 1750 Veloce (118 ch) en 1967 et de la plus abordable 1300 Junior (89 ch) en 1968.

    Hollywood et la conquête de l’Amérique

    Le cinéma a consacré le Duetto au rang de star mondiale grâce au film Le Lauréat (1967). Au volant d’un modèle rouge, un jeune Dustin Hoffman a fait du Spider Alfa Romeo le symbole ultime de la liberté et du chic italien aux États-Unis.

    Pour son lancement américain, Alfa Romeo n’avait pas fait les choses à moitié : trois Spider (un blanc, un rouge et un vert) avaient traversé l’Atlantique à bord du luxueux paquebot Raffaello, accueillis en grandes pompes par le jet-set et la presse internationale.

    Trente ans de succès et un héritage vivant

    La production du Spider s’est étendue sur près de trois décennies, évoluant vers la « Coda Tronca » (queue coupée) en 1969, avant de s’achever en 1994 avec une série commémorative baptisée officiellement… « Duetto ».

    En 2010, Pininfarina a rendu un dernier hommage à cette légende avec le concept 2uettottanta, réinterprétant les formes de l’Osso di Seppia avec des technologies modernes (moteur 1750 TBi, feux LED) pour célébrer le centenaire de la marque.