Catégorie : Héritage

  • L’Alfa Romeo GTA sacrée « Classique de l’Année » 2026 en Allemagne

    L’Alfa Romeo GTA sacrée « Classique de l’Année » 2026 en Allemagne

    Le mythe de la « Lecciso » ne prend pas une ride. Pour la deuxième année consécutive, la légendaire Alfa Romeo Giulia Sprint 1600 GTA a été élue « Classique de l’Année » par les lecteurs du prestigieux magazine allemand Motor Klassik.

    Dans la catégorie très disputée des « Classiques Italiennes », le coupé d’Arese a littéralement surclassé ses concurrents, dont des modèles de chez Ferrari et Lamborghini, en récoltant 34,2 % des voix sur les 17 000 participants au vote.


    Le « A » de l’excellence : Alleggerita

    Présentée pour la première fois en 1965, la GTA (pour Gran Turismo Alleggerita) n’était pas qu’une simple Giulia Sprint GT améliorée. C’était une véritable bête de course déguisée en voiture de série, conçue pour l’homologation en compétition.

    • Poids plume : Grâce à une carrosserie en Peraluman (alliage d’aluminium, magnésium, zinc et manganèse) et l’utilisation de Plexiglas pour les vitres, Alfa Romeo avait réussi à gagner plus de 200 kg sur la balance.
    • Cœur mécanique : Le moteur 1,6 litre à double arbre à cames en tête bénéficiait d’un double allumage (Twin Spark). Il développait 115 ch en version route et plus de 170 ch en version de course préparée par Autodelta.
    • Détails iconiques : Jantes magnésium Campagnolo, poignées de portes en forme de boucles d’aluminium et, bien sûr, le célèbre trèfle à quatre feuilles (Quadrifoglio).

    Une reine des circuits indétrônable

    Si la GTA passionne autant en 2026, c’est aussi pour son palmarès qui a fait trembler l’Europe du sport automobile dans les années 60 :

    • Championnat d’Europe de Tourisme : Titres pilotes en 1966 et 1967 avec le grand Andrea de Adamich, puis en 1969 avec Spartaco Dini.
    • Domination totale : La marque a remporté le titre constructeur durant ces mêmes années, s’imposant sur des circuits mythiques comme le Nürburgring ou Monza.

    Une rareté qui s’arrache à prix d’or

    Produite à seulement 500 exemplaires environ, la GTA est aujourd’hui l’un des trophées les plus convoités par les collectionneurs internationaux.

    À son lancement en 1965, elle coûtait 21 500 Marks (l’une des voitures les plus chères de l’époque). Aujourd’hui, un exemplaire d’origine en parfait état change de main pour des sommes dépassant allègrement les 200 000 euros. Comme le souligne Christine Schulze Tergeist (Stellantis Germany), ce prix est le reflet d’une passion qui ne faiblit pas : les fans allemands, pourtant entourés de marques locales prestigieuses, continuent de placer le design et l’audace technique d’Alfa Romeo au-dessus de tout.

  • 24H du Mans 1932 : L’homme de fer, la fièvre et l’Alfa Romeo 8C

    24H du Mans 1932 : L’homme de fer, la fièvre et l’Alfa Romeo 8C

    Gagner les 24 Heures du Mans une fois peut être un coup de chance. Gagner deux fois de suite, c’est une domination. En 1932, Alfa Romeo revient au Mans avec un statut de favori, mais l’histoire qui va s’écrire les 18 et 19 juin dépasse le simple cadre sportif. C’est la naissance d’une légende : celle de l’Alfa Romeo 8C 2300 comme machine indestructible, et celle de Raymond Sommer comme « Cœur de Lion ».

    David contre Goliath (en interne)

    Cette année-là, l’opposition est affaiblie (Bentley n’est plus là, Mercedes non plus). Le danger vient de l’intérieur. Trois Alfa Romeo officielles sont engagées, pilotées par des pointures comme Caracciola.

    Face à cette armada d’usine, une 8C 2300 privée se présente. Elle appartient à un jeune français fortuné, Raymond Sommer, qui l’a achetée de sa poche. Pour l’épauler, il fait appel à un Italien talentueux qui deviendra une figure clé de l’histoire automobile : Luigi Chinetti.

    20 heures au volant : La naissance d’un mythe

    La course démarre et très vite, la 8C privée de Sommer et Chinetti se bat en tête. Mais le drame survient dans la soirée. Luigi Chinetti tombe malade (selon la légende, intoxiqué par les vapeurs d’échappement ou victime d’une fièvre soudaine). Il est incapable de tenir son relais normalement.

    Raymond Sommer prend alors une décision insensée : il ne s’arrêtera pas. Ou presque. Sur les 24 heures de course, le Français va conduire pendant près de 20 heures. Une performance physique inimaginable aujourd’hui, d’autant plus que le châssis court de sa 8C (contrairement aux châssis longs de 1931) rend la voiture nerveuse et épuisante à piloter sur les bosses du Mans.

    Le doublé du Biscione

    Pendant que Sommer lutte contre la fatigue, la mécanique de Vittorio Jano, elle, ne bronche pas. Le 8 cylindres suralimenté chante sans la moindre ratée. La principale menace vient d’une autre Alfa, celle de Cortese et Guidotti. Mais ils ne parviendront jamais à rattraper le « privé » héroïque.

    Au drapeau à damier, l’Alfa Romeo n°8 franchit la ligne en vainqueur après avoir couvert 2 954 km. La deuxième place revient à l’Alfa de Cortese. C’est un doublé retentissant.

    La consécration

    Cette victoire de 1932 a une saveur particulière. Elle prouve qu’une Alfa Romeo « sortie d’usine », achetée par un client, est capable de battre les voitures officielles sur la plus grande course du monde. Elle scelle aussi l’amitié franco-italienne autour de la marque.

    Raymond Sommer a prouvé qu’il avait un cœur de lion, mais il n’aurait rien pu faire sans le cœur d’acier de son Alfa 8C.

  • Légende : Alfa Romeo 6C 1750, la reine invincible de l’avant-guerre

    Légende : Alfa Romeo 6C 1750, la reine invincible de l’avant-guerre

    Il y a des voitures qui marquent une année, et d’autres qui marquent une ère. L’Alfa Romeo 6C 1750, lancée en 1929, appartient à la noblesse automobile. À la fin des années 20, les voitures de sport sont souvent des engins énormes, lourds, dotés de moteurs gigantesques (comme les Bentley ou les Mercedes de 7 litres).

    Mais à Milan, un homme pense différemment. L’ingénieur Vittorio Jano a une conviction : « Le poids est l’ennemi. » Il va concevoir une voiture compacte, légère et nerveuse qui va ridiculiser les géants de l’époque.

    Le Chef-d’œuvre de Jano

    La 6C 1750 est une évolution de la précédente 1500, mais sublimée. Son nom vient de son architecture : 6 Cylindres en ligne de 1 750 cm³. Dans ses versions les plus affûtées (Gran Sport ou Super Sport), ce moteur est gavé par un compresseur volumétrique (Roots). Il développe entre 85 et 102 chevaux. Cela peut sembler peu aujourd’hui, mais la voiture ne pesait que 840 kg ! Vitesse de pointe ? Plus de 170 km/h sur les routes défoncées de 1930. Une fusée.

    La star des Mille Miglia

    La 6C 1750 est indissociable de la plus belle course du monde : les Mille Miglia. En 1930, Alfa Romeo réalise un exploit retentissant. La marque place quatre 6C 1750 aux quatre premières places ! C’est lors de cette course que s’est déroulé le duel légendaire entre Achille Varzi et Tazio Nuvolari. Au volant de sa 6C 1750 GS Spider Zagato, Nuvolari a éteint ses phares dans la nuit pour surprendre Varzi et le doubler juste avant l’arrivée à Brescia. Cette victoire a prouvé que la 6C n’était pas seulement rapide, elle était une extension du corps du pilote, capable de danser d’un virage à l’autre avec une grâce féline.

    L’art de la carrosserie : Zagato et Touring

    À cette époque, Alfa Romeo vendait le châssis et le moteur, et le client choisissait son carrossier. La 6C 1750 a été habillée par les plus grands maîtres italiens.

    • Zagato a créé les versions « Spider » minimalistes pour la course, d’une beauté brute et fonctionnelle.
    • Touring a créé la fameuse carrosserie « Flying Star », d’une élégance blanche immaculée, qui a gagné des concours d’élégance autant que des courses.

    L’Héritage

    Produite jusqu’en 1933, la 6C 1750 a tout gagné : Targa Florio, Mille Miglia, 24 Heures de Spa, Grand Prix… Elle a posé les fondations du mythe Alfa Romeo : l’excellence mécanique (double arbre à cames, compresseur) au service du plaisir de pilotage.

    Aujourd’hui, c’est l’une des voitures de collection les plus chères au monde. Voir une 6C 1750 démarrer, c’est entendre le son rauque et précis de l’histoire qui se met en marche.

  • Sbarro Issima : Quand le génie de Franco Sbarro redonnait vie au mythe « Bimotore » d’Alfa Romeo

    Sbarro Issima : Quand le génie de Franco Sbarro redonnait vie au mythe « Bimotore » d’Alfa Romeo

    Dans le panorama automobile, il existe des créations qui ne répondent à aucune logique industrielle, mais qui s’affirment comme de purs gestes théoriques. La Sbarro Issima, conçue par l’inventeur autodidacte Franco Sbarro dans son atelier de Grandson, est de celles-là. Plus qu’une supercar des années 90, elle demeure une preuve de liberté créative absolue, née d’une collaboration étroite avec le Centro Stile Alfa Romeo.

    L’héritage de la Bimotore de 1935

    L’idée de l’Issima n’est pas née par hasard. C’est en observant la célèbre Alfa Romeo Bimotore de 1935 au Musée d’Arese que Franco Sbarro a trouvé son inspiration. Il a voulu s’inscrire dans cette tradition milanaise où l’audace technique — ici, la multiplication des moteurs — servait de réponse aux limites de la technologie de l’époque.

    Un « V12 » né de la fusion de deux V6 Busso

    Le cœur de l’Issima est un chef-d’œuvre de synchronisation mécanique. Sbarro a choisi d’accoupler deux moteurs V6 3.0L 24 soupapes d’origine Alfa Romeo, montés en ligne sous un capot interminable.

    • Puissance totale : Environ 500 chevaux.
    • Architecture : Un système de courroies et de poulies rendait les deux blocs solidaires de l’arbre de transmission.
    • Équilibre : Pour compenser la masse imposante à l’avant, Sbarro a adopté un schéma Transaxle avec une boîte automatique à quatre rapports (issue de la Porsche 928) placée à l’arrière.
    • Poids : Un poids contenu de 1 200 kg, avec une répartition des masses idéale de 50-50.

    La « Beauté Nécessaire » selon Walter de Silva

    Le projet n’était pas l’œuvre d’un homme seul. Le Centro Stile Alfa Romeo, alors dirigé par Walter de Silva, a activement participé au développement, épaulé par les ingénieurs Jacoponi et Di Giusto.

    De Silva décrivait l’Issima non pas comme une sculpture gratuite, mais comme une « beauté nécessaire » : une forme dictée par la complexité mécanique sous-jacente. Le design se caractérise par :

    • Une ligne en coin : Rendue possible par une légère inclinaison vers l’avant des deux moteurs.
    • Des portes à ouverture en élytre : Pour un spectacle visuel à la hauteur de la fiche technique.
    • Un cockpit minimaliste : Un simple compte-tours face au conducteur, le reste des commandes étant déporté sur la console centrale.

    Un manifeste contre la rationalisation

    Dans une époque qui tendait déjà vers la rationalisation des plateformes, l’Issima affirmait que l’automobile pouvait encore être un dispositif capable d’exprimer une idée pure avant de satisfaire une demande du marché.

    Bien qu’elle ne soit jamais entrée en production, elle reste un épisode précieux de l’histoire du Biscione : la démonstration que la mécanique, libérée des contraintes industrielles, redevenait une matière à penser.

  • Bertone et Alfa Romeo : un lien historique à l’honneur

    Bertone et Alfa Romeo : un lien historique à l’honneur

    Le parcours de l’exposition s’ouvre symboliquement sur une pièce maîtresse : l’Alfa Romeo Giulia Sprint de 1963. Ce modèle incarne parfaitement la double identité de Bertone : le génie du Centre de Style et la force de frappe industrielle de la carrosserie, qui a géré pendant des années des lignes de montage dédiées.

    Parmi les 66 exemplaires exposés (allant des années 60 au début des années 2000), les Alfistes pourront également admirer l’Alfa Romeo Bella de 1999, un coupé Grand Tourisme qui témoigne de la recherche esthétique constante de la fin du siècle dernier.

    Les pépites de la collection en un coup d’œil

    DécennieModèles emblématiques
    Années 60Alfa Romeo Giulia Sprint (1963), Lamborghini Miura S (1967)
    Années 70Lancia Stratos (1975), Ferrari 308 GT4 (1978)
    Années 90Bertone Z.E.R (électrique), Alfa Romeo Bella (1999)
    Années 2000Cadillac Villa (2005), Jaguar B99 TT (2011)

    L’Heritage Hub : un sanctuaire de 15 000 m²

    Installée dans l’ancienne Officina 81 du complexe de Mirafiori à Turin, la collection Bertone rejoint un ensemble déjà impressionnant de plus de 300 véhicules issus des marques du Groupe (Fiat, Lancia, Abarth et bien sûr Alfa Romeo).

    Le parcours est organisé autour de huit zones thématiques, dont :

    • Concepts and Fuoriserie : pour les pièces uniques et prototypes rares.
    • Style Marks : les voitures ayant révolutionné le design.
    • Records and Races : les reines des circuits.

    Une section spéciale est également dédiée aux motorisations historiques, incluant des prototypes électriques et à turbine, témoignant d’un siècle d’ingéniosité italienne.


    Infos pratiques pour votre visite

    Depuis mars 2026, l’Heritage Hub a optimisé ses modalités d’accueil pour répondre à une demande croissante (+6 % de visiteurs en 2025) :

    • Ouverture : Tous les jours sauf le lundi.
    • Modalités : Visite libre en semaine, visites guidées le week-end.
    • Réservation : Uniquement en ligne via le site officiel de l’Heritage Hub.
  • Portrait : Carlo Chiti, l’âme volcanique d’Autodelta

    Portrait : Carlo Chiti, l’âme volcanique d’Autodelta

    Dans la mythologie Alfa Romeo, il y a un mot qui résonne comme un cri de guerre : Autodelta. Ce département course, installé à Settimo Milanese, était le temple de la performance dans les années 60 et 70. Et ce temple avait un grand prêtre : l’ingénieur Carlo Chiti (1924-1994).

    Personnage rabelaisien, connu pour son physique imposant et son habitude de promener ses chiens jusque dans les ateliers de F1, Chiti a incarné la passion brute, celle qui ne s’embarrasse pas de compromis.

    De Ferrari à l’indépendance

    Comme beaucoup de génies italiens, Chiti a commencé chez Ferrari (il est le père de la 156 « Sharknose » championne du monde de F1 en 1961). Mais après la célèbre « révolution de palais » où il quitte le Commendatore, il fonde ATS, puis rejoint Alfa Romeo en 1963 pour diriger sa nouvelle structure de compétition : Autodelta.

    Sa mission est simple : faire gagner Alfa Romeo partout. Et il va le faire avec une voracité incroyable.

    La Terreur des circuits : La Giulia GTA

    Sous son impulsion, la paisible Giulia de série va se transformer en bête de course. Chiti supervise la création de la Giulia GTA (Gran Turismo Alleggerita). Il applique une recette radicale : on remplace l’acier par du Peraluman (alliage d’aluminium), on prépare le double arbre avec un double allumage (Twin Spark avant l’heure), et on lâche le tout sur les circuits. Le résultat ? La GTA devient imbattable en Championnat d’Europe de Tourisme, écrasant les Ford et les BMW pendant des années. Chiti avait compris que le rapport poids/puissance était la clé.

    Le rêve du prototype : La Tipo 33

    Mais Carlo Chiti ne se contente pas des voitures de tourisme. Il veut battre Porsche et Ferrari au plus haut niveau. Il lance le projet Tipo 33. C’est sous sa direction que naissent ces prototypes aux moteurs V8 hurlants qui vont tout gagner. L’apogée arrive en 1975 et 1977, quand l’Alfa Romeo 33 TT 12 remporte le Championnat du Monde des Voitures de Sport.

    C’était l’époque glorieuse où les ingénieurs dessinaient les moteurs sur des nappes de restaurant (littéralement, Chiti l’a fait !) et où les victoires se fêtaient avec du Lambrusco dans les stands.

    L’homme derrière la légende

    Carlo Chiti était un ingénieur brillant, mais aussi un homme complexe. On raconte qu’il travaillait la nuit, qu’il était capable de colères homériques suivies de grands éclats de rire. Il aimait ses pilotes comme ses enfants, mais pouvait être impitoyable techniquement.

    Il est aussi l’homme qui a ramené Alfa Romeo en Formule 1 à la fin des années 70, avec le moteur 12 cylindres à plat (le fameux « Boxer » de F1) qui a propulsé les Brabham de Niki Lauda.

    L’Héritage

    Carlo Chiti a quitté Autodelta en 1984, mais son esprit n’est jamais parti. Si aujourd’hui la Giulia GTAm moderne porte ce nom, c’est grâce à lui. Si le trèfle (Quadrifoglio) est synonyme de course, c’est parce que Chiti l’a fait briller sur tous les continents pendant 20 ans.

    Il nous rappelle qu’une Alfa Romeo de course n’est pas faite par des robots, mais par des hommes avec du cambouis sous les ongles et du feu dans les veines.

  • Targa Florio 1971 : Le sacre sicilien de la Tipo 33 et du « Professeur » Vaccarella

    Targa Florio 1971 : Le sacre sicilien de la Tipo 33 et du « Professeur » Vaccarella

    Imaginez une course de 72 kilomètres… par tour. Imaginez 900 virages, des routes de montagne défoncées, des traversées de villages où les spectateurs peuvent toucher les voitures, et une chaleur étouffante. Bienvenue à la Targa Florio, la course la plus ancienne, la plus dangereuse et la plus romantique du monde.

    En 1971, c’est sur ce terrain hostile que l’Alfa Romeo Tipo 33 a écrit l’une de ses plus belles pages, portée par un peuple sicilien en transe.

    Le duel : Alfa Romeo vs Porsche

    Au début des années 70, la Targa Florio est devenue la chasse gardée de Porsche. Les Allemands ont construit une voiture spécifiquement pour ce tracé tortueux : la 908/3. Une sorte de karting ultra-léger, sans puissance mais agile comme un vélo. Face à elle, Alfa Romeo débarque avec la Tipo 33/3. Plus lourde, plus puissante avec son V8 3.0L de 420 chevaux, elle a longtemps été considérée comme trop fragile pour la Sicile. Mais en 1971, Autodelta a revu sa copie. La 33 est devenue robuste. La guerre est déclarée.

    L’idole locale : « Il Preside Volante »

    Si Alfa Romeo a une arme secrète, ce n’est pas seulement son moteur V8. C’est un homme : Nino Vaccarella. Natif de Palerme, Vaccarella n’est pas un pilote comme les autres. Dans la vie civile, il est directeur d’école (d’où son surnom « Il Preside Volante », le Proviseur Volant). Il connaît chaque pierre, chaque virage, chaque nid-de-poule du circuit des Madonie. Pour les 700 000 spectateurs siciliens massés sur les bords des routes, il est un Dieu vivant. Il doit gagner.

    La course : La furie rouge

    Le 16 mai 1971, la bataille s’engage. Vaccarella, associé au Néerlandais Toine Hezemans sur l’Alfa n°5, prend les commandes. La foule hurle à chaque passage du V8 italien. Les Porsche 908 souffrent : elles crèvent, elles cassent, elles sortent de la route, incapables de suivre le rythme imposé par les Alfa.

    Mais le spectacle vient aussi de la deuxième Alfa Romeo (n°2), pilotée par un certain Helmut Marko (oui, l’actuel dirigeant de Red Bull Racing !) et Gijs van Lennep. Marko est déchaîné. Pour rattraper le temps perdu après un début de course difficile, il se lance dans une remontée suicidaire. Il bat le record du tour à plusieurs reprises. Il signe un temps de 33 minutes et 41 secondes, un record absolu qui ne sera jamais battu (la course disparaîtra du calendrier mondial peu après).

    Le doublé historique

    Au terme de 11 tours et plus de 6 heures de course, la délivrance arrive. Nino Vaccarella franchit la ligne en vainqueur. Helmut Marko termine deuxième, assurant un doublé retentissant pour Alfa Romeo.

    La Sicile explose de joie. Les murs des villages sont peints en rouge, les pilotes sont portés en triomphe. Cette victoire de 1971 est symbolique car elle marque la fin de l’hégémonie Porsche sur leur terrain de prédilection. Elle offre à Alfa Romeo sa 10ème victoire à la Targa Florio, un record inégalé qui fait du Biscione le Roi éternel de la Sicile.

  • 2026 : année du 50e anniversaire du musée Alfa Romeo

    2026 : année du 50e anniversaire du musée Alfa Romeo

    L’année 2026 s’annonce comme un millésime historique pour tous les passionnés du Biscione. Le Musée Alfa Romeo d’Arese s’apprête à souffler ses 50 bougies, célébrant un demi-siècle de préservation et de rayonnement d’un patrimoine unique au monde.

    Inscrit dans le projet BOTTEGAFUORISERIE, le musée ne se contente pas d’exposer des voitures : il fait battre le cœur de l’histoire. Voici les rendez-vous incontournables de ce calendrier anniversaire.


    Le 21 juin : L’apothéose de l’« Alfa Romeo Day »

    C’est la date cochée en rouge dans tous les agendas. Ce week-end, traditionnellement proche de l’anniversaire de la marque (24 juin), fusionnera avec les 50 ans du Musée.

    • Double célébration : Hommage à la marque et à sa « maison » d’Arese ouverte en 1976.
    • Au programme : Conférence sur les défis du Musée, parade de clubs internationaux et animations surprises.

    Les grands hommages de l’année 2026

    100 ans de collaboration avec Touring (29 mars)

    La saison débute par un hommage à la Carrozzeria Touring, partenaire historique depuis un siècle.

    • Une conférence retracera cette épopée, des berlinettes Superleggera à l’assemblage actuel de la nouvelle 33 Stradale.
    • Un défilé de modèles emblématiques est prévu sur la piste du musée.

    60 ans du mythe « Duetto » (D’avril à décembre)

    Le 1600 Spider Duetto, icône absolue de la conduite à ciel ouvert, fête ses 60 ans. Le musée lui consacre une exposition évolutive en quatre actes :

    • Avril – Juin : Les premiers modèles dits « os de seiche ».
    • Juillet – Août : L’époque de la « coda tronca ».
    • Septembre – Octobre : La période « aérodynamique ».
    • Novembre – Décembre : La quatrième et dernière série.

    Exposition « Cuore Sportivo » (À partir du 10 mai)

    Cette exposition plongera dans l’ADN compétitif de la marque, explorant non seulement l’automobile, mais aussi les productions aéronautiques, marines et industrielles d’Alfa Romeo.


    Une immersion dans les archives secrètes

    L’une des opportunités les plus rares de l’année sera l’Open Day du Centre de Documentation.

    • Ce sanctuaire abrite 6 000 mètres linéaires de documents techniques et historiques.
    • Il traite chaque année plus de 10 000 demandes de passionnés et d’historiens du monde entier.

    Infos Pratiques :

    • Lieu : Arese (Milan), ouvert tous les jours (10h-18h) sauf le mardi.
    • Accès : Le billet inclut l’exposition permanente (70 voitures) et la zone « COLLEZIONE » (réserves, moteurs, trophées).
    • Parcours : Trois sections thématiques : Timeline (histoire), Beauty (design) et Speed (course).
  • Légende : Alfa Romeo Alfetta GTV6, le « Violon » des années 80

    Légende : Alfa Romeo Alfetta GTV6, le « Violon » des années 80

    Si les années 80 devaient avoir une bande-son, pour un Alfiste, ce ne serait pas du Michael Jackson ou du Queen. Ce serait le son du V6 2.5 litres d’une GTV6. Lancée en novembre 1980, cette voiture n’est pas une simple évolution du coupé Alfetta GT dessiné par Giugiaro en 1974. C’est une métamorphose. Elle transforme un coupé équilibré mais parfois jugé un peu tendre en une véritable machine à sensations.

    Avec elle, Alfa Romeo prouve qu’on peut marier la rigueur technique (l’architecture Transaxle) avec la passion pure (le moteur).

    La Bosse : Signature visuelle accidentelle

    Le design de la GTV6 est l’œuvre du maître Giorgetto Giugiaro. C’est un profil en « coin », tendu, agressif, typique de cette époque. Mais ce qui distingue la GTV6 de toutes les autres, c’est son capot. Lorsqu’il a fallu installer le nouveau moteur V6 à la place du 4 cylindres, les ingénieurs se sont rendu compte… qu’il ne rentrait pas ! Le plénum d’admission était trop haut. Plutôt que de redessiner toute la voiture, ils ont ajouté un bossage en plastique noir sur le capot. Ce qui aurait pu être un bricolage disgracieux est devenu la signature culte du modèle. Cette « bosse » prévenait tout le monde : « Attention, il y a du monde là-dessous. »

    Le Cœur : Le premier grand récital du Busso

    Sous cette bosse se cache la pièce maîtresse : le V6 à 60° conçu par Giuseppe Busso. Alimenté par une injection électronique Bosch L-Jetronic (une modernité pour l’époque), il développe 160 chevaux. Mais les chiffres ne disent pas tout. Ce moteur est élastique, plein à tous les régimes, et surtout, il chante. À bas régime, il grogne. Passé 4 000 tr/min, il hurle avec une tonalité métallique qui donne la chair de poule. C’est l’un des meilleurs moteurs de série jamais produits.

    L’équilibre parfait : L’architecture Transaxle

    La GTV6 n’est pas qu’un moteur (même si c’est tentant de le croire). C’est aussi un châssis redoutable. Elle reprend l’architecture de l’Alfetta : le moteur est à l’avant, mais la boîte de vitesses, l’embrayage et le différentiel sont à l’arrière (pont De Dion). Résultat ? Une répartition des masses idéale de 50/50. Là où les Porsche 911 de l’époque étaient délicates à piloter, la GTV6 était saine, précise et virait à plat. Seule sa commande de boîte, un peu lente et caoutchouteuse, trahissait la distance entre le levier et la boîte.

    Une star de cinéma

    La GTV6 a marqué la culture populaire. Tout le monde se souvient de la course-poursuite d’anthologie dans le James Bond Octopussy (1983). Roger Moore vole une GTV6 à une citoyenne allemande et sème la police et les méchants dans une série de dérapages contrôlés (réalisés par le cascadeur Rémy Julienne). Cette scène a fait plus pour la réputation de la voiture que n’importe quelle publicité.

    L’Héritage

    Produite jusqu’en 1987, la GTV6 est aujourd’hui l’une des Youngtimers les plus recherchées. Elle représente le dernier âge d’or des coupés propulsion Alfa Romeo accessibles. Elle est la preuve qu’une voiture n’a pas besoin d’être parfaite (la finition était… italienne, la rouille guettait) pour être inoubliable. Il suffit qu’elle ait une âme.

  • Alfa Romeo Spider : les 60 ans du « Duetto », l’icône absolue du charme italien

    Alfa Romeo Spider : les 60 ans du « Duetto », l’icône absolue du charme italien

    Ce 10 mars 2026 marque une date historique pour tous les Alfistes : il y a exactement soixante ans, l’Alfa Romeo 1600 Spider était dévoilée au Salon de l’automobile de Genève. Devenue une icône mondiale grâce à ses lignes intemporelles et sa carrière hollywoodienne, celle que tout le monde appelle encore le « Duetto » fête aujourd’hui ses six décennies de légende.

    Un nom né d’un concours… et d’une bataille juridique

    À son lancement en 1966, la voiture s’appelait simplement « Spider 1600 ». Pour lui trouver un patronyme, Alfa Romeo lança un concours national intitulé « Spider 1600 : donnez-lui un nom », attirant plus de 140 000 participants. C’est la proposition de Guidobaldo Trionfi, « Duetto », qui fut choisie.

    Cependant, le nom officiel fut rapidement retiré après un recours d’une entreprise de confiserie qui utilisait déjà cette marque pour un biscuit. Malgré cette décision de justice, le nom est resté gravé dans le cœur du public et est devenu indissociable du modèle jusqu’à la fin de sa carrière en 1994.

    Le design « Osso di Seppia » : le dernier chef-d’œuvre de Pininfarina

    Le Duetto est entré dans l’histoire comme la dernière étude stylistique menée personnellement par Battista Pininfarina. Son profil unique, surnommé « Osso di Seppia » (os de seiche), se caractérise par :

    • Un avant et un arrière arrondis avec une calandre très basse.
    • Une ligne de ceinture basse et des flancs convexes.
    • Une silhouette fluide évoquant la forme d’un bateau (boat-tail).

    À l’époque, son prix de lancement était de 2 312 800 lires, une somme considérable représentant près de deux ans de salaire pour un employé moyen.

    La mécanique : le cœur battant du Biscione

    Sous sa robe élégante, le Spider 1600 cachait la mécanique éprouvée de la Giulia Sprint GT, mais avec un empattement raccourci de 225 mm.

    • Moteur : 4 cylindres double arbre de 1 570 cm³ développant 109 chevaux.
    • Poids : Seulement 990 kg, permettant d’atteindre 185 km/h.
    • Évolutions : La gamme s’est ensuite enrichie de la version 1750 Veloce (118 ch) en 1967 et de la plus abordable 1300 Junior (89 ch) en 1968.

    Hollywood et la conquête de l’Amérique

    Le cinéma a consacré le Duetto au rang de star mondiale grâce au film Le Lauréat (1967). Au volant d’un modèle rouge, un jeune Dustin Hoffman a fait du Spider Alfa Romeo le symbole ultime de la liberté et du chic italien aux États-Unis.

    Pour son lancement américain, Alfa Romeo n’avait pas fait les choses à moitié : trois Spider (un blanc, un rouge et un vert) avaient traversé l’Atlantique à bord du luxueux paquebot Raffaello, accueillis en grandes pompes par le jet-set et la presse internationale.

    Trente ans de succès et un héritage vivant

    La production du Spider s’est étendue sur près de trois décennies, évoluant vers la « Coda Tronca » (queue coupée) en 1969, avant de s’achever en 1994 avec une série commémorative baptisée officiellement… « Duetto ».

    En 2010, Pininfarina a rendu un dernier hommage à cette légende avec le concept 2uettottanta, réinterprétant les formes de l’Osso di Seppia avec des technologies modernes (moteur 1750 TBi, feux LED) pour célébrer le centenaire de la marque.