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  • Bob Romkes, patron du style extérieur d’Alfa Romeo, lève le voile sur la 33 Stradale dans Auto Review

    Bob Romkes, patron du style extérieur d’Alfa Romeo, lève le voile sur la 33 Stradale dans Auto Review

    C’est dans l’ambiance feutrée des paddocks du circuit de Zandvoort, à l’occasion d’un événement exclusif organisé par la marque, que le journaliste Ronald Janus du magazine néerlandais Auto Review a rencontré Bob Romkes, aujourd’hui responsable du design extérieur (Head of Exterior Design) chez Alfa Romeo. Entre deux sessions sur la piste batave, le designer néerlandais savourait un moment rare : celui de prendre pour la première fois le volant de la supercar qu’il a lui-même dessinée. « C’était un moment très particulier, confie-t-il avec émotion. Jusqu’à présent, les assurances m’avaient strictement interdit de la conduire. »

    L’icône de 1967 installée au cœur du studio

    Pour faire renaître une légende aussi sacrée que la 33 Stradale, Bob Romkes a refusé de travailler à partir de simples rendus 3D ou de photographies d’époque. Il a exigé que le chef-d’œuvre originel dessiné par Franco Scaglione en 1967 quitte le Museo Storico d’Arese pour prendre ses quartiers directement au milieu du studio de style. Pendant des semaines, la berlinette historique a été scrutée, photographiée sous toutes les coutures et redessinée à la main au crayon, jour après jour.

    « Quand vous avez une telle voiture à vos côtés en permanence, vous découvrez chaque jour quelque chose de nouveau, explique Bob Romkes. Nous savions tous que c’était une auto fantastique. Mais on ne comprend véritablement pourquoi qu’en prenant le temps de vivre à côté d’elle. » De cette proximité physique est née une silhouette respectueuse des galbes de 1967, où la proue plongeante demeure la partie préférée du designer, celle qui traduit le plus fidèlement sa vision originelle.

    Une refonte structurelle majeure par rapport à la MC20

    Si la nouvelle 33 Stradale partage sa cellule centrale avec la Maserati MC20, le designer insiste sur l’ampleur des transformations réalisées par les équipes d’Arese pour plier la technique aux exigences du style. La structure avant a été intégralement redessinée, raccourcie et nettement abaissée pour retrouver l’expression féline de l’icône, tandis que le faux châssis a été recréé sur mesure.

    « Il y a des points durs incontournables dans une structure moderne, mais nous avons pu modifier énormément d’éléments pour adapter l’architecture à notre dessin », précise-t-il. Les épures de suspensions, les amortisseurs et la gestion dynamique ont été entièrement calibrés par Alfa Romeo pour encaisser les 620 chevaux du V6 biturbo et garantir une stabilité impériale à 333 km/h en vitesse de pointe.

    « Le design n’est jamais terminé » : la quête de l’endorphine

    Pour Bob Romkes, la création automobile relève d’une perpétuelle insatisfaction constructive. Il conçoit d’abord ses modèles mentalement, souvent en courant le soir ou en écoutant de la musique rythmée pour stimuler son imagination. « J’essaie de visualiser l’auto déjà posée dans la rue à côté de moi, parfois les yeux fermés. Quelle émotion doit-elle susciter ? Que doit-elle transmettre ? Puis j’essaie de prendre du recul : comment réagirais-je en la découvrant pour la toute première fois si je ne l’avais pas dessinée moi-même ? »

    Cette obsession créative ne s’arrête jamais vraiment. « Le design n’est achevé que lorsqu’on nous ordonne d’arrêter pour lancer la production, sourit Romkes. Nous pourrions continuer à perfectionner une ligne à l’infini. Le dessin d’hier nous semble déjà ancien et nous voulons créer quelque chose de neuf chaque matin. Lorsque l’idée juste émerge enfin, la décharge d’endorphine est immédiate et vous pousse à aller encore plus loin. »

    Du garage paternel aux ateliers de Turin

    Le parcours du responsable du style extérieur détonne dans l’univers feutré du design automobile. Élevé dans le garage de son père, il maniait le poste à souder dès l’âge de douze ans pour greffer un moteur de mobylette Puch sur un châssis tubulaire artisanal. Après une formation en design industriel et des études spécialisées à Londres, il débute chez Citroën avant de participer à l’émancipation de la marque DS.

    Lorsque l’opportunité d’intégrer Alfa Romeo s’est présentée, le choix a été immédiat : « J’ai déménagé de France en Italie en moins d’un mois. » Loin de craindre le poids de l’héritage milanais, il y puise une motivation quotidienne. « Travailler pour une marque centenaire avec une telle communauté d’Alfisti crée une attente immense. C’est une pression, certes, mais une pression extrêmement positive. Dans un marché saturé de nouvelles marques qui apparaissent chaque semaine, les grands labels italiens restent le rêve absolu de tout designer. »

    Les critiques du web et la réalité du garage

    Face aux commentaires parfois vifs suscités par chaque nouveauté sur Internet, Bob Romkes garde un flegme tout néerlandais. « Beaucoup de jugements en ligne reposent sur du vide, tranche-t-il. Ce qui compte à mes yeux, c’est l’enthousiasme absolu des clients qui achètent réellement l’auto et la fierté ressentie par nos équipes au studio. »

    Lorsqu’il quitte ses fonctions à Turin, le designer retrouve ses propres passions mécaniques, ancrées dans la simplicité et la compacité des coupés historiques. Son garage personnel abrite deux montures de cœur : une Porsche 911 classique et une splendide Alfa Romeo GT 1750 Veloce gris argent à sellerie noire, dénichée en Italie, dont il ne se séparerait pour rien au monde.