En 1990, l’amateur de conduite à ciel ouvert et de plaisir authentique se trouvait face à un choix commercial aussi restreint que fascinant. Alors que les roadsters britanniques avaient déserté les concessions, deux visions radicalement opposées se croisaient en vitrine pour un tarif quasi similaire : d’un côté, le phénomène japonais flambant neuf venu réinventer la recette, la Mazda MX-5 NA ; de l’autre, l’aristocrate italien au sommet de son art, l’Alfa Romeo Spider Série 4.
D’un côté l’évocation moderne d’une époque révolue, de l’autre la voiture authentique qui était là depuis le premier jour. Retour sur ce face-à-face légendaire entre le classicisme transalpin et la relève nipponne.
Design et ambiance à bord : L’élégance latine face au minimalisme nippon
Si la Mazda MX-5 puise son inspiration dans les petites anglaises des sixties, l’Alfa Romeo Spider Série 4 n’a pas besoin de jouer la carte du néo-rétro : elle est le modèle originel.
- Alfa Romeo Spider Série 4 : Pour offrir une dernière jeunesse à sa monture née en 1966, Alfa Romeo a fait appel à Pininfarina pour épurer la ligne. Débarrassée des appendices en caoutchouc de la Série 3, la S4 adopte des boucliers lisses intégrés couleur caisse, de superbes jantes alliage de 15 pouces et un bandeau de feux arrière inspiré de la berline 164. L’habitacle offre une atmosphère chaleureuse mariant cuir et suédine, une position de conduite typiquement italienne (bras tendus, jambes repliées) et une logeabilité supérieure grâce à son grand coffre et son espace de rangement généreux derrière les sièges.
- Mazda MX-5 NA : Avec ses phares escamotables espiègles, son gabarit ultra-compact (30 cm de moins que l’Alfa) et ses poignées de porte directement inspirées de l’artisanat italien, la Miata séduit immédiatement. L’intérieur privilégie l’ergonomie fonctionnelle : combiné d’instruments lisible, volant sport, assise basse et petit levier de vitesses tombant directement sous la paume.
Sous le capot : Le coffre du Bialbero 2.0 face à la vivacité du 1.6 16V
Sur le plan mécanique, les deux constructeurs adoptent des philosophies contrastées :
- Le 2.0 Bialbero Nord Alfa Romeo : Cubant à 1 962 cm³, le noble 4-cylindres tout alu à deux arbres à cames en tête bénéficie sur la Série 4 d’une gestion électronique Bosch Motronic, d’un déphaseur d’arbre à cames d’admission et d’un pot catalytique. Fort de ses 125 ch, il délivre un couple généreux dès les bas régimes et une poussée linéaire et progressive, idéale pour relancer sur le couple en 4e ou en 5e vitesse.
- Le 1.6 16V Mazda : Dérivé de la compacte 323, ce petit 4-cylindres double arbre 16 soupapes de 1 598 cm³ développe 118 ch. Plus pointu et avide de montées en régime jusqu’au rupteur, il compense son déficit de cylindrée par un poids plume de seulement 940 kg sur la balance (contre environ 1 070 kg pour l’Alfa).
Tableau comparatif des fiches techniques (1990)
| Caractéristiques | Mazda MX-5 NA (1.6) PDF | Alfa Romeo Spider Série 4 (2.0) PDF |
| Cylindrée | 1 598 cm³ (16 soupapes) | 1 962 cm³ (8 soupapes) |
| Alimentation | Injection électronique multipoint | Injection Bosch Motronic + VVT |
| Puissance maxi | 118 ch à 6 500 tr/min | 125 ch à 5 800 tr/min |
| Transmission | Propulsion, boîte 5 manuelle | Propulsion, boîte 5 + autobloquant |
| Poids à vide | 940 kg | 1 070 kg |
| 0 à 100 km/h | ~8,7 s | ~9,0 s |
| Vitesse maxi | 195 km/h (121 mph) | 196 km/h (122 mph) |
| Prix neuf (1990) | ~14 000 £ | ~15 000 £ |
Sur la route : Le scalpel moderne face aux sensations d’antan
Dès les premiers virages, le contraste dynamique est saisissant :
- La Mazda MX-5 offre une rigueur structurelle moderne : caisse rigide sans vibrations de baie de pare-brise, suspension indépendante à double triangulation aux quatre coins et commande de boîte ultra-rapide façon interrupteur. Elle s’inscrit en courbe d’un simple coup de volant avec une agilité chirurgicale, même si ses décrochages à la limite peuvent s’avérer vifs sur chaussée humide.
- L’Alfa Romeo Spider S4 fait parler son pedigree. Son pont arrière rigide travaille avec souplesse sur les bosses, s’ébrouant légèrement avant de se caler sur ses appuis pour s’extraire de la courbe grâce à son différentiel à glissement limité de série. Le maniement de la boîte demande de décomposer ses passages de vitesses avec respect, tandis que la direction assistée de série et le feulement du double arbre transforment chaque parcours secondaire en une véritable escapade de grand tourisme.
Le verdict : Deux triomphes complémentaires
Sur le plan strictement chronométrique et de la précision dynamique, la Mazda MX-5 remportait logiquement le débat rationnel en 1990 grâce à sa conception moderne et son poids plume.
Mais pour qui recherchait la noblesse d’un grand blason, le charme charnel du design italien et une véritable âme mécanique issue de trois décennies de légende, l’Alfa Romeo Spider Série 4 offrait une présence, un style et une prestance que le modernisme japonais ne pouvait égaler. Deux montures exceptionnelles qui, aujourd’hui encore, continuent de faire battre le cœur des puristes.
