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  • Alfa Romeo 155 V6 TI (1993) : Le sacre en terre ennemie et la légende du DTM

    Alfa Romeo 155 V6 TI (1993) : Le sacre en terre ennemie et la légende du DTM

    En 1993, Alfa Romeo accomplit l’un des exploits les plus retentissants de l’histoire du sport automobile moderne : faire capituler les constructeurs allemands sur leur propre sol dès sa première tentative dans le redoutable championnat DTM (Deutsche Tourenwagen Meisterschaft). Développée par l’écurie d’usine Alfa Corse et pilotée avec panache par Nicola Larini, la monstrueuse 155 V6 TI à transmission intégrale et moteur V6 hurlant à près de 12 000 tr/min est devenue l’icône absolue de l’âge d’or des voitures de Tourisme de Classe 1.

    Contexte & Genèse du projet

    • L’époque : Après avoir écrasé le Championnat d’Italie de Supertourisme (CIVT) en 1992 avec la 155 GTA, la direction de Fiat et d’Alfa Romeo décide de s’attaquer au championnat le plus relevé et médiatique de la planète : le DTM allemand, chasse gardée historique de Mercedes-Benz, BMW et Opel.
    • Les acteurs clés : Le commando d’Alfa Corse est dirigé par le charismatique Giorgio Pianta. La conception du châssis et des liaisons au sol est confiée à l’ingénieur Sergio Limone (le père des Lancia 037 et Delta HF Integrale de rallye), tandis que le développement du moteur V6 est placé sous la responsabilité de l’ingénieur motoriste Pino D’Agostino. Au volant, l’équipe officielle aligne l’Italien Nicola Larini et l’ancien pilote de F1 Alessandro Nannini.
    • Le règlement FIA Classe 1 : Inaugurée en 1993, la réglementation Classe 1 autorise une liberté technique totale : moteurs V6 atmosphériques de 2,5 litres limités à un alésage/course libre, transmission intégrale permanente, aides électroniques avancées (ABS de course, contrôle de traction) et carrosseries en fibre de carbone ultra-légères.

    « Quand nous sommes arrivés à Zolder pour la première course en 1993, les Allemands nous regardaient avec un sourire narquois. Après le doublé en manche 1 et manche 2, le paddock avait changé de visage. Nous étions venus pour gagner, pas pour faire de la figuration. »

    — Nicola Larini, Champion DTM 1993

    Architecture & Innovations Techniques

    • Le V6 atmosphérique à 60° (Tipo 0624) : Conçu par Pino D’Agostino, le moteur est un V6 à 60° tout aluminium de 2 498 cm³ (alésage 93 mm, course 61,3 mm) à carter sec. Doté de quatre arbres à cames en tête et 24 soupapes, il intègre des culasses issues de la technologie F1 avec injection électronique multipoint haute pression Magneti Marelli. En 1993, il développe 420 ch à 11 500 tr/min (avec un régime de pointe culminant à 11 800 tr/min) dans une sonorité stridente caractéristique.
    • Transmission intégrale permanente dérivée du rallye : Alfa Corse tire parti de l’hégémonie technologique de Lancia en Championnat du Monde des Rallyes. La 155 V6 TI adopte une transmission à quatre roues motrices permanentes avec boîte de vitesses séquentielle Hewland à 6 rapports, associée à trois différentiels (épicycloïdal central avec visco-coupleur Ferguson, autobloquant avant et différentiel arrière Torsen). La répartition initiale du couple est fixée à 33 % sur le train avant et 67 % sur le train arrière.
    • Châssis tubulaire et peau en carbone : Seule la cellule centrale en acier de la berline 155 de série est conservée pour des raisons d’homologation. Les parties avant et arrière reposent sur des faux-châssis tubulaires en acier haute résistance. L’ensemble de la carrosserie (portes, ailes élargies, capots, boucliers et imposant aileron arrière) est réalisé en fibre de carbone et kevlar.
    • Aérodynamisme et freinage d’avant-garde : La 155 V6 TI intègre un fond plat canalisant l’air vers un extracteur arrière imposant. Les disques de frein en fonte ventilée (puis carbone) sont pincés par des étriers Brembo monoblocs à 4 pistons, secondés par un système antiblocage ABS de course Bosch paramétrable. Le poids est rigoureusement abaissé à la valeur plancher de 1 040 kg.

    Fiche d’identité & Données clés

    CaractéristiquesAlfa Romeo 155 V6 TI (Saison DTM 1993)
    Période d’activité1993 – 1996 (DTM puis ITC)
    Exemplaires construitsEnviron 30 châssis de course développés par Alfa Corse
    Architecture moteurV6 à 60° longitudinal avant, 24 soupapes, carter sec
    Cylindrée2 498 cm³ (93 × 61,3 mm)
    Puissance maxi (1993)420 ch à 11 500 tr/min (portée à 490 ch à 11 900 tr/min en 1996)
    Couple maxi294 Nm à 8 000 tr/min
    TransmissionIntégrale permanente (33 % AV / 67 % AR), boîte séquentielle 6 vitesses
    Poids à vide1 040 kg
    Performances0 à 100 km/h en 2,5 s / Vitesse max : 300 km/h
    Palmarès 199314 victoires sur 22 courses, Champion DTM Pilotes & Constructeurs

    Carrière commerciale, Palmarès et Déclinaisons

    • La saison historique 1993 :Dès l’ouverture à Zolder (Belgique), Nicola Larini signe la pole position et remporte les deux manches. L’écurie d’usine confirme sa suprématie sur tous les tracés allemands :
      • Le triomphe du Nürburgring Nordschleife (10 juin 1993) : Devant plus de 100 000 spectateurs médusés, Nicola Larini signe le doublé sur « l’Enfer Vert », battant les Mercedes 190E Evo II sur leur terrain de prédilection.
      • Le sacre final : Sur les 22 manches du calendrier 1993, Alfa Romeo remporte 14 victoires (11 pour Nicola Larini, 2 pour Christian Danner et 1 pour Giorgio Francia). Larini est couronné Champion des Pilotes et Alfa Romeo décroche le Titre des Constructeurs.
    • L’évolution vers l’ITC (1994–1996) :Face à la riposte de la Mercedes Classe C DTM, Alfa Corse fait évoluer la 155 V6 TI :
      • 1994–1995 : Adoption de voies encore élargies, d’une boîte séquentielle semi-automatique avec commandes au volant et puissance portée à 450 ch.
      • 1996 (V6 à 90°) : Pour la dernière saison du championnat international ITC, Pino D’Agostino conçoit un tout nouveau V6 ouvert à 90° à culasses inversées (dérivé de l’angle du bloc PRV/Lancia Thema). Développant 490 ch à près de 12 000 tr/min, il permet à Alessandro Nannini de signer 7 victoires lors de cette ultime saison.

    L’Héritage et le Regard Collection

    • L’impact sur la série : Le triomphe en DTM a propulsé les ventes de l’Alfa 155 de grande série. Pour célébrer ce palmarès et homologuer des appendices aérodynamiques en championnat britannique (BTCC), la marque lance la série spéciale 155 Silverstone (ou Formula) dotée d’un aileron arrière surélevé et d’une lame avant réglable.
    • Statut en collection : La 155 V6 TI d’Alfa Corse figure parmi les voitures de course de tourisme les plus emblématiques et recherchées au monde. Les rares châssis d’origine aux couleurs Martini Racing ou Jägermeister sont aujourd’hui les vedettes des courses historiques européennes (Tourenwagen Classics) et s’échangent pour plusieurs centaines de milliers d’euros entre collectionneurs passionnés.
  • DTM 1993 : L’année où l’Alfa 155 V6 TI a fait pleurer l’Allemagne

    DTM 1993 : L’année où l’Alfa 155 V6 TI a fait pleurer l’Allemagne

    Il y a des victoires qui sont sportives, et d’autres qui sont punitives. Ce qui s’est passé en 1993 sur les circuits allemands relève de la seconde catégorie. À cette époque, le championnat de tourisme allemand (DTM) est la chasse gardée de Mercedes. C’est leur terrain de jeu, leur vitrine technologique. Personne n’imagine qu’un constructeur étranger puisse venir les défier, encore moins pour sa première année de participation.

    Pourtant, Alfa Romeo va débarquer avec une machine qui va devenir une icône absolue : la 155 V6 TI.

    Le Monstre : 11 500 tr/min de fureur

    Pour comprendre ce braquage à l’italienne, il faut soulever le capot. L’ingénieur Sergio Limone a profité d’un règlement FIA très permissif (Classe 1) pour créer un monstre. Sous l’apparence d’une berline 155 bodybuildée se cache un châssis tubulaire en carbone et une transmission intégrale sophistiquée (dérivée de la Lancia Delta Integrale). Mais la pièce maîtresse, c’est le moteur : le légendaire V6 Busso (encore lui !), ici dans une version 2.5L poussée à l’extrême. Il développe 420 chevaux et hurle jusqu’à 11 800 tr/min. Un son strident, métallique, inoubliable, qui tranche avec le bruit grave des V8 Mercedes.

    Le Choc de Zolder

    Dès la première course de la saison, sous la pluie de Zolder en Belgique, le ton est donné. Nicola Larini, le pilote vedette d’Alfa Corse, ne se contente pas de gagner. Il domine. La 155, avec ses quatre roues motrices, danse sous le déluge là où les Mercedes propulsion, lourdes et pataudes, partent à la faute. Le message est clair : « Nous ne sommes pas venus faire de la figuration. »

    L’humiliation du Nürburgring

    Le point d’orgue de la saison a lieu sur la Nordschleife, l’Enfer Vert. Gagner au Nürburgring, c’est gagner le respect éternel. Lors de cette manche, Nicola Larini réalise l’impensable. Il remporte les deux courses du week-end, laissant la Mercedes de l’idole locale, Bernd Schneider, loin dans ses rétroviseurs. Voir une voiture rouge au trèfle vert franchir la ligne en tête devant des tribunes allemandes médusées reste l’une des images les plus fortes de l’histoire moderne de la marque.

    Championnat du Premier Coup

    La saison se transforme en marche triomphale. Alfa Romeo remporte 12 victoires sur 20 courses. Nicola Larini est sacré champion des pilotes, et Alfa Romeo champion des constructeurs.

    Cette victoire de 1993 a eu un impact colossal. Elle a prouvé que la technologie italienne (électronique, transmission intégrale, moteur) était supérieure à la rigueur allemande. Aujourd’hui, la 155 V6 TI avec sa livrée Martini ou rouge Alfa est devenue une légende, star des jeux vidéo et des rassemblements historiques. Elle nous rappelle qu’une berline familiale Alfa Romeo a toujours un cœur de pistarde.