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  • 50 ans du Musée d’Arese : Les confidences passionnées de son conservateur, Lorenzo Ardizio

    50 ans du Musée d’Arese : Les confidences passionnées de son conservateur, Lorenzo Ardizio

    Inauguré en 1976, le Museo Storico Alfa Romeo d’Arese souffle en 2026 ses cinquante bougies. Sanctuaire absolu de la mémoire milanaise, ce lieu mythique ne se contente pas de figer le passé sous cloche : il est devenu un organisme vivant, vibrant au rythme des Alfistes du monde entier. Dans un entretien accordé au magazine britannique Magneto sous la plume de Wayne Batty, son emblématique conservateur, Lorenzo Ardizio, retrace l’épopée de cette institution, lève le voile sur les trésors cachés de ses réserves et détaille sa vision pour l’avenir, entre célébrations à venir et prototypes rêvés.

    Les trois vies d’Arese : du secret d’usine au triomphe populaire

    Si le musée fête officiellement son demi-siècle d’ouverture, son histoire s’enracine en réalité bien plus tôt. Lorenzo Ardizio rappelle que le sanctuaire a connu trois existences distinctes. La première esquisse remonte à 1956, lorsque la direction d’Alfa Romeo décide d’intégrer un espace patrimonial au projet du futur complexe industriel d’Arese. Validée en 1959, l’initiative ne visait pas seulement à conserver des reliques, mais à reconstruire visuellement l’histoire de la marque, allant jusqu’à refabriquer fidèlement certaines pièces disparues.

    La deuxième vie débute en 1976 lors de l’inauguration officielle. Durant près de quatre décennies, le musée demeure une merveille confidentielle, dissimulée au cœur du quartier général et accessible uniquement sur rendez-vous pour une poignée de privilégiés.

    La véritable renaissance s’opère en 2014, lorsque la marque décide de métamorphoser le site pour l’ouvrir largement au grand public. Le passage de 5 000 visiteurs annuels à plus de 100 000 entrées payantes par an a imposé une refonte totale des infrastructures : création d’un vaste parking, d’un restaurant, d’espaces d’accueil modernes et abandon du parcours strictement chronologique au profit d’une muséographie thématique articulée autour de la vitesse, de la beauté et de l’impact social d’Alfa Romeo.

    Une ruche vivante : 6 000 mètres d’archives et réserves visitables

    Pour Lorenzo Ardizio, le musée d’Arese n’a rien d’un mausolée poussiéreux. L’exposition permanente compte 69 voitures emblématiques, complétées par la remarquable collection des Carabinieri et des expositions thématiques temporaires. Mais l’expérience s’étend bien au-delà de la rampe principale : 180 autres modèles reposent dans les réserves ouvertes aux visites, entretenus avec le même niveau d’exigence que ceux exposés sous les projecteurs. Les autos tournent régulièrement, partent sur des événements internationaux ou reviennent d’ateliers après des restaurations méticuleuses.

    Le véritable poumon secret du site se situe dans son centre de documentation. Entièrement rénovées, les archives abritent plus de 6 000 mètres linéaires de rayonnages débordant de plans techniques, de registres d’époque et de correspondances d’usine. Une équipe dédiée y traite plus de 10 000 demandes historiques chaque année, renseignant collectionneurs, historiens et propriétaires du monde entier.

    Un bastion intouchable au cœur de l’ère Stellantis

    Interrogé sur la pérennité financière du musée à l’heure des restructurations au sein du groupe Stellantis, le conservateur affiche une sérénité totale. Si l’institution n’a pas pour vocation première de générer des profits démesurés, ses retombées en termes d’image, sa fréquentation record et ses recettes directes en font un atout majeur pour la marque. Avec une note remarquable de 4,7 sur 5 étoiles basée sur plus de 12 700 avis Google, le musée bénéficie d’un plébiscite populaire indiscutable.

    Le secret de cet accueil chaleureux tient en un mot : l’Italianità. Loin de la froideur clinique de certains halls d’exposition contemporains, Arese cultive une atmosphère généreuse où le visiteur est invité à s’immerger corps et âme dans la culture transalpine. Pour Ardizio, le constat est sans appel : Alfa Romeo ne peut exister sans son histoire, et le musée en constitue le cordon ombilical vital.

    Les 30 ans de la 156 en 2027 et le centenaire de la Mille Miglia

    Alors que l’année 2026 met à l’honneur les soixante ans du Spider Duetto à travers une exposition temporaire visible jusqu’en décembre, Lorenzo Ardizio prépare déjà les prochaines échéances mémorielles. L’année 2027 sera notamment marquée par les célébrations du trentième anniversaire de l’Alfa Romeo 156. Révélée en 1997 sous le crayon magistral de Walter de Silva, cette berline devenue un youngtimer très convoité bénéficie d’une ferveur intacte auprès des passionnés.

    Le calendrier patrimonial regarde également vers la compétition historique. Si le centenaire de la création de la course des Mille Miglia sera commémoré en 2027, le musée attend avec une impatience particulière l’année 2028 : elle marquera très exactement le centenaire de la toute première victoire d’Alfa Romeo dans la légendaire épreuve d’endurance, remportée en 1928 par la mythique 6C 1500 Super Sport.

    Prototypes, mystère de la Disco Volante et le rêve de la 2uettottanta

    Évoquant les trésors expérimentaux conservés à Arese — des chefs-d’œuvre de carrossiers comme la Carabo, la Cuneo ou la Caimano —, Lorenzo Ardizio s’est confié sur les modèles manquants. Interrogé sur la supercar Scighera conçue par Italdesign, il précise que le prototype n’ayant pas fait l’objet d’une commande officielle par Alfa Romeo à l’époque, il est logiquement resté la propriété du studio de Giorgetto Giugiaro. En revanche, lorsqu’on lui demande quelle création moderne il rêverait d’intégrer dans les collections du musée, sa réponse fuse sans hésitation : le sublime concept de barquette 2uettottanta imaginé par Pininfarina en 2010.

    Enfin, son regard s’illumine à l’évocation de la fascinante 1900 C52 « Disco Volante » de 1952. Bien que conçue en interne comme un véhicule d’étude officiel, l’auto conserve une aura de mystère absolu, alimentée par des rumeurs persistantes sur l’influence de l’importateur américain Max Hoffman et sur les motivations exactes qui poussèrent la direction de l’époque à financer une ligne aérodynamique aussi extravagante. Une folie esthétique géniale qui demeure, selon son propre conservateur, l’un des sommets d’émotion les plus purs de la collection d’Arese.

  • Patrimoine national : Quand la France classe huit Alfa Romeo d’exception aux Monuments Historiques !

    Patrimoine national : Quand la France classe huit Alfa Romeo d’exception aux Monuments Historiques !

    C’est une découverte fascinante qui témoigne de l’aura universelle de la marque au Biscione. Sur la base Palissy, le site du Ministère de la Culture répertoriant le patrimoine mobilier français, figure une poignée d’automobiles d’exception protégées au titre des Monuments Historiques. Parmi ce trésor national, huit Alfa Romeo légendaires bénéficient de ce statut juridique de protection ultime.

    Toutes ces pépites ont été classées le 14 avril 1978 au titre d’objets du patrimoine automobile et appartiennent à la collectivité publique. Elles sont conservées au Musée National de l’Automobile (Collection Schlumpf) à Mulhouse, dans le Haut-Rhin.

    La saga des 8C : Les reines de la collection

    La célèbre famille des moteurs à 8 cylindres en ligne conçus sous l’égide de Vittorio Jano constitue le cœur de ce trésor protégé par l’État français :

    • Roadster 6C 1750 (Notice PM68001786) : L’icône de l’agilité des années 1930, représentante des premières grandes heures de la marque en compétition et sur route.
    • Cabriolet 8C 2,3 (Notice PM68001787) : Le chef-d’œuvre des années 30, symbole du luxe et de la performance pure.
    • Roadster 8C 2,6 (Notice PM68001786) : Une déclinaison plus puissante et exclusive de la célèbre plateforme 8C.
    • Coach 8C 2,9 A (Notice PM68001781) : Une rarissime berlinette / coach de la première série des 2.9, chef-d’œuvre de carrosserie et de mécanique.
    • Deux Biplaces de course 8C 2,9 B (Notices PM68001783 et PM68001784) : Deux monstres sacrés de compétition. La version 2.9 B représentait le sommet absolu de la technologie automobile avant-guerre.

    Grand Prix et Disco Volante : Les pièces uniques de la réserve nationale

    Outre les célèbres 8C, la liste du Ministère de la Culture comprend deux pièces à la valeur historique inestimable :

    • Biplace de course 12 C (Notice PM68001785) : L’un des rarissimes bolides de Grand Prix à moteur V12 développés par Alfa Romeo dans la seconde moitié des années 1930 pour contrer l’armada des flèches d’argent allemandes.
    • Biplace sport C 52 (Notice PM68001782) : Mieux connue sous le nom mythique de « Disco Volante ». Développée au début des années 1950, cette voiture de sport à la carrosserie futuriste en forme de soucoupe volante reste l’une des études d’aérodynamique les plus marquantes de l’histoire du design automobile.

    Une protection juridique maximale

    Le classement au titre des Monuments Historiques (loi du 31 décembre 1913) interdit toute exportation définitive du territoire national et impose une conservation stricte des véhicules dans leur état d’origine. C’est la reconnaissance suprême de la France envers l’ingénierie et le design italien : ces huit Alfa Romeo ne sont pas seulement considérées comme des voitures anciennes, mais bien comme des chefs-d’œuvre d’art et d’histoire au même titre que des peintures de maître ou des sculptures de la Renaissance.

    Si vous passez par l’Alsace, une visite au Musée National de l’Automobile de Mulhouse s’impose pour contempler ces joyaux du Biscione préservés pour les générations futures.