Étiquette : Coupé Bertone

  • Pendant que le Pape bénissait Paris, les Alfistes célébraient leur messe à Montlhéry

    Pendant que le Pape bénissait Paris, les Alfistes célébraient leur messe à Montlhéry

    Pendant que le Pape jouait les rockstars à Paris, à une petite trentaine de kilomètres de là, une autre communauté se réunissait sur l’anneau de Montlhéry. Une communauté sans doute un peu moins nombreuse, mais nettement plus bruyante : les Alfistes. Certes, le Vatican dispose de davantage de marbre et d’un sens de la ponctualité qui n’a jamais vraiment caractérisé un carburateur Dell’Orto. Sauf que ce samedi-là, sur la piste essonnienne, il y avait des familles, des amis, du soleil et un nombre d’Alfa Romeo suffisant pour faire croire, à celui qui veut bien s’abandonner au rêve, que le bonus écologique venait d’être remplacé par une remise sur les synchros de boîte.

    On pouvait croiser à peu près toutes les générations d’Alfa depuis les années 1950 : des 4C, des coupés Bertone qu’on a tous rêvé de s’offrir un jour, une rarissime Alfa 6 « Sei », ou encore des 75 qui nous faisaient de l’œil du coin du phare. Les Giulia, Stelvio, Tonale et Junior incarnaient quant à elles la production actuelle. Et c’est probablement ce qui fascine le plus avec Alfa Romeo : lorsque l’on réunit toutes les époques côte à côte, on mesure à quel point la marque a muté au fil des décennies. Les voitures n’ont parfois plus grand-chose en commun, mais elles conservent toujours cette étincelle singulière qui fait qu’on reconnaît une Alfa du coin de l’œil.

    Il faut dire qu’un rassemblement Alfa Romeo n’a rien d’un parking où l’on se contente d’aligner des carrosseries. C’est bien plus que cela : une Alfa est un souvenir roulant, même une fois le frein à main tiré. Chacun débarque avec son histoire : celle de l’Alfasud qu’il fallait surveiller de plus près qu’un adolescent en Vespa ; celle du voisin qui roulait en GTV toutes vitres baissées en plein mois de janvier parce que la voix du moteur méritait d’être entendue ; celle d’un premier voyage, d’une première amende, d’un premier amour ou d’un premier enfant — souvent les quatre réunis dans le même habitacle. Évidemment, on ne vient pas seulement pour admirer de la tôle italienne. On vient surtout pour expliquer pourquoi on a craqué pour celle-ci, depuis combien de temps on la chérit et, parfois, pour énumérer ce qui a lâché depuis la semaine dernière. Précision d’usage : une Alfa ne tombe jamais en panne, elle entre simplement en phase d’introspection mécanique.

    L’ambiance, d’ailleurs, balaie d’un revers de main les stéréotypes réducteurs que l’on colle parfois aux rassemblements automobiles. Sur l’anneau, on croisait des familles entières, des enfants émerveillés, des couples, des bandes d’amis et de nombreuses passionnées arpentant le paddock entre ces belles italiennes. De véritables Grandi Signore qui ne s’offraient pas comme de simples pièces de musée, mais comme de véritables symphonies vivantes. Les Bialbero, Twin Spark, Busso et autres Boxer ont pu donner de leur plus belle tessiture sur le ruban d’asphalte mythique de Linas-Montlhéry. Sur la piste, le public a assisté à d’amicales et néanmoins féroces empoignades entre GTV, Giulia GT et coupés plus contemporains, menés par des pilotes d’un jour qui n’avaient certes plus toute leur tête dans les virages relevés, mais assurément une chaussure droite un peu trop lourde.

    Puis, une fois le contact coupé, les mains dans les poches à écouter le métal qui cliquette doucement en refroidissant, on repense curieusement à André Malraux. L’écrivain affirmait que « l’art, c’est le plus court chemin de l’homme à l’homme ». Et l’on se dit qu’une Alfa Romeo, finalement, reste sans doute le plus beau moyen d’emprunter ce chemin.

    Robin Faure – https://www.youtube.com/@shiftr_octane

  • Le moteur 4-cylindres Bialbero « Nord » (1954–1994) : Quarante ans d’hégémonie mécanique

    Le moteur 4-cylindres Bialbero « Nord » (1954–1994) : Quarante ans d’hégémonie mécanique

    Inauguré en 1954 sous le capot de la sublime Giulietta Sprint, le moteur 4-cylindres Bialbero « Nord » d’Alfa Romeo est l’un des groupes motopropulseurs les plus célèbres et durables de l’histoire automobile. Conçu par Giuseppe Busso et produit pendant quatre décennies sans interruption jusqu’au milieu des années 1990, ce bloc tout aluminium à double arbre à cames en tête a défini la signature sonore, le tempérament rageur et la supériorité technique des Alfa Romeo d’après-guerre.

    Contexte & Genèse du projet

    • L’époque : Au début des années 1950, Alfa Romeo prépare sa révolution industrielle avec le projet Tipo 750 (la future Giulietta). Après avoir validé le principe du double arbre à cames en tête sur la grande 1900, la direction d’Arese veut transposer cette technologie de compétition sur une cylindrée plus accessible de 1,3 litre.
    • Les acteurs clés : La conception mécanique est confiée à Giuseppe Busso, sous la supervision du directeur technique Orazio Satta Puliga. Busso imagine un bloc compact, léger, capable d’atteindre des régimes de rotation élevés sans faiblir, tout en restant facilement industrialisable en grande série.
    • L’appellation « Nord » : Le surnom Nord est apparu rétroactivement au début des années 1970 lors du lancement de l’Alfasud, pour distinguer ce moteur assemblé dans l’usine historique d’Arese (au nord de Milan) du nouveau moteur Flat-4 Boxer produit dans l’usine méridionale de Pomigliano d’Arco (au sud).

    « Lorsque nous avons dessiné le Bialbero pour la Giulietta, nous ne voulions pas faire un simple moteur populaire, mais offrir à chaque automobiliste la technologie et les montées en régime d’une mécanique de Grand Prix. »

    — Giuseppe Busso

    Architecture & Innovations Techniques

    • Construction intégrale en alliage léger : Le bloc-moteur et la culasse sont entièrement coulés en aluminium. Les fûts de cylindres reçoivent des chemises humides amovibles en fonte centrifuge, garantissant un refroidissement direct optimal au contact du liquide et une excellente longévité.
    • Distribution par double arbre et chaîne duplex : Deux arbres à cames en tête (DOHC) actionnent directement les soupapes inclinées selon un angle en « V » à 80° (puis resserré sur les versions ultérieures), formant des chambres de combustion hémisphériques. La distribution est entraînée par une double chaîne silencieuse à deux étages (chaîne duplex), réputée pour sa robustesse légendaire.
    • Soupapes d’échappement refroidies au sodium : Afin de dissiper l’intense chaleur générée par les hauts régimes, les tiges des soupapes d’échappement sont creuses et partiellement remplies de sodium métallique. Sous l’effet thermique, le sodium fond et transfère la chaleur de la tête de soupape vers le guide.
    • Carter d’huile cloisonné à ailettes : En fonte d’aluminium nervurée, le carter d’huile intègre des ailettes de refroidissement pour dissiper les calories et un cloisonnement interne évitant tout déjaugeage en appui prononcé.
    • Symboles géométriques d’identification : Pour identifier instantanément la cylindrée sur les chaînes de montage et en atelier, Alfa Romeo gravait un symbole géométrique en relief sur le bossage avant de la culasse :
      • Cercle : 1 300 cm³
      • Triangle : 1 600 cm³
      • Carré : 1 750 cm³
      • Losange / Barre : 2 000 cm³

    Fiche d’identité & Données clés

    CaractéristiquesSpécifications d’usine
    Période de production1954 – 1994 (40 ans de carrière)
    Usine de fabricationPortello puis Arese (Milan, Italie)
    Architecture moteur4-cylindres en ligne, bloc & culasse alu, 2 ACT (DOHC)
    Cylindrées majeures1.3 (1 290 cm³), 1.6 (1 570 cm³), 1.75 (1 779 cm³), 2.0 (1 962 cm³)
    Plage de puissance53 ch (Giulietta Berlina) à 240 ch (75 Turbo IMSA / GTA Corsa)
    Distribution2 soupapes par cylindre commandées par double chaîne
    Systèmes d’alimentationCarburateurs Solex, Weber, Dell’Orto, Injection Spica, Bosch Motronic
    ImplantationLongitudinal avant (propulsion standard et Transaxle)
    Modèles emblématiquesGiulietta (750/101), Giulia (105), Coupé Bertone, Spider Duetto, Alfetta, 75

    Carrière commerciale, Déclinaisons et Évolutions

    • 1954–1965 : L’ère 1300 (Giulietta Série 750/101)D’une cylindrée de 1 290 cm³ (74 × 75 mm), le Bialbero débute à 53 ch sur la berline avant de grimper à 65 ch sur la Giulietta Sprint, 90 ch sur la Sprint Veloce et 100 ch sur la Giulietta Sprint Speciale (SS) et la SZ Zagato.
    • 1962 : L’avènement du 1600 (Giulia Série 105)Pour la berline Giulia TI et le Coupé Sprint GT, la cylindrée passe à 1 570 cm³ (78 × 82 mm). Alimenté par deux carburateurs double-corps Weber 40 DCOE, il développe 92 à 112 ch dans une sonorité métallique devenue culte.
    • 1967 : La maturité du 1750Porté à 1 779 cm³ (80 × 88,5 mm), le 1750 délivre 118 ch sur la 1750 Berlina, le GTV 1750 et le Spider Veloce. Ce bloc est unanimement loué pour son équilibre parfait entre souplesse à mi-régime et hargne dans les tours.
    • 1971 : L’apogée du 2000La cylindrée est augmentée à 1 962 cm³ (84 × 88,5 mm) développant 132 ch sur le 2000 GTV et l’Alfetta.
    • 1986–1987 : Les ultimes évolutions Turbo et Twin Spark
      • 1.8 Turbo (155 à 165 ch) : Greffe d’un turbo Garrett T3 et échangeur sur la Giulietta Turbodelta puis l’Alfa 75 Turbo.
      • 2.0 Twin Spark 8V (148 ch) : Refonte majeure avec culasse à double allumage (2 bougies par cylindre), angle de soupapes réduit à 46° et intégration du premier variateur de phase d’admission (VVT) de série.

    L’Héritage et le Regard Collection

    • Le chant du cygne : Le Bialbero Nord tout aluminium achève sa carrière officielle en 1994 avec la fin de production de l’Alfa Romeo Spider Série 4 et des dernières Alfa 155 8V. Il sera remplacé par les moteurs 16V Pratola Serra à bloc en fonte du groupe Fiat.
    • Statut en collection : Véritable légende de l’art mécanique italien, le Bialbero Nord est plébiscité par les restaurateurs et passionnés pour son accessibilité mécanique, la noblesse de ses pièces taillées dans l’aluminium et la disponibilité quasi intégrale des pièces de rechange. Un exemplaire bien réglé à deux carburateurs Weber reste l’une des expériences auditives et sensorielles les plus pures de l’automobile ancienne.
  • Revue de presse : Alfa Romeo s’offre 10 pages d’amour fou dans L’Automobile Magazine pour le Rosso Festival

    Revue de presse : Alfa Romeo s’offre 10 pages d’amour fou dans L’Automobile Magazine pour le Rosso Festival

    Si vous cherchiez une preuve incontestable du retour en force d’Alfa Romeo dans le cœur des passionnés et sur le devant de la scène médiatique française, il suffit d’ouvrir le dernier numéro de L’Automobile Magazine. Le célèbre titre national consacre un dossier monumental de 10 pages à la seconde édition du Alfa Romeo Rosso Festival, qui a récemment fait vrombir le circuit du Mas du Clos, dans la Creuse.

    Le choix de L’Automobile Magazine n’est pas anodin, le mensuel reste la référence de la presse magazine spécialisée. Un tel déploiement de pages pour un rassemblement de marque est exceptionnel et témoigne de la dynamique actuelle du Biscione dans l’Hexagone. Ce qu’il faut reconnaitre à Alfa Romeo France, c’est l’extraordinaire coup de boost des retombées dans les médias depuis plusieurs mois. Alors que la marque n’était quasiment plus visible dans la presse, elle apparait désormais comme l’une des plus en vue.

    « Les cœurs de l’armée rouge » au Mas du Clos

    Titré de manière évocatrice « Les cœurs de l’armée rouge », ce grand reportage signé Pierre Lefebvre, sublimé par les clichés du photographe Bernard Rouffignac, plonge au cœur d’un rassemblement 100 % Alfa Romeo. Après le tracé exigeant de Charade l’année dernière, c’est le cadre vallonné et technique du circuit du Mas du Clos — haut lieu historique fondé en 1963 par Pierre Bardinon et rouvert en 2022 — qui a servi de terrain de jeu aux Alfistes.

    Le dossier met en avant une spécificité unique à la communauté Alfa Romeo : une passion intergénérationnelle et viscérale, où les jeunes conducteurs se montrent tout aussi obsédés par la mécanique que les collectionneurs de longue date.

    Des histoires de transmission et de virus familial

    Au fil des pages, le magazine dresse le portrait de figures marquantes croisées dans les paddocks :

    • Damien et Chloé (21 ans) : Un jeune couple bordelais qui roule au quotidien en coupé GTV d’un côté et en Alfa 75 de l’autre, tout en bossant sur la restauration d’un rare roadster Minari à base mécanique d’Alfasud.
    • Alexis (18 ans) : Tombé dans la marmite très tôt grâce à son père, il pilote déjà une redoutable 75 Potenziata Turbo et avoue son rêve absolu : s’offrir une Giulia Quadrifoglio.
    • Bruno et Pierre Monmaneix : Venus en voisins avec des pièces hautement désirables, dont un magnifique et rare coupé Junior Zagato et un mythique Spider Duetto de 1968, star du film Le Lauréat.
    • Florian Pozzobon (35 ans) : Pilote amateur dans le championnat SuperBerline 2.0L au volant d’une 156 de course, ce passionné au grand sens de l’humour avoue avoir possédé pas moins de cinq Alfa 147 et prépare actuellement une 155 pour sa compagne.

    Un melting-pot mécanique unique

    Des coupés Bertone aux transaxles des années 80, en passant par les pures sportives comme la 4C, les MiTo, les Giulietta modernes et la nouvelle gamme, ce dossier de 10 pages démontre avec brio que le Cuore Sportivo n’est pas une simple formule marketing. C’est une culture vibrante, entretenue par des propriétaires qui n’hésitent pas à limer l’asphalte et à mettre les mains dans le cambouis pour faire vivre le label milanais. Une visibilité médiatique en or massif pour Alfa Romeo, qui confirme son statut de marque à part dans le paysage automobile.

  • Légende : Alfa Romeo Giulia GT « Bertone », la silhouette parfaite

    Légende : Alfa Romeo Giulia GT « Bertone », la silhouette parfaite

    Si l’Alfa Romeo 105 (la série Giulia) était une famille, la berline serait le père respectable, le Spider la mère glamour, et le Coupé GT le fils prodigue, rebelle et talentueux. Lancé en 1963, ce coupé est souvent appelé simplement « Le Coupé Bertone ». Il a traversé les décennies (produit jusqu’en 1976) en devenant l’archétype de la sportive italienne : un moteur brillant dans une robe signée par un maître.

    Le coup de maître d’un jeune prodige

    La ligne de la Giulia GT a été dessinée au sein de la carrosserie Bertone. Mais ce n’est pas Nuccio Bertone qui tenait le crayon. C’est un jeune designer de 22 ans, un certain Giorgetto Giugiaro. Il a réussi à créer une silhouette d’un équilibre absolu. Le pavillon est lumineux avec ses montants fins, l’arrière est tronqué pour l’aérodynamisme, et les proportions sont idéales. C’est une voiture qui semble compacte et musclée, prête à bondir.

    Le « Scalino » : La signature des puristes

    Les premiers modèles (Sprint GT) possèdent un détail qui fait aujourd’hui s’envoler leur cote : le « Scalino » (la petite marche). Le capot avant ne joint pas parfaitement la calandre, créant un décalage, comme une « boîte aux lettres ». À l’origine, c’était une contrainte de design non résolue, mais c’est devenu la signature la plus recherchée des collectionneurs (aussi appelée « Boîte aux lettres » ou « Step-nose »). Par la suite, la face avant sera lissée sur les versions 1750 GTV et 2000 GTV, perdant ce petit défaut qui faisait tout son charme.

    Le Bialbero dans tous ses états

    Le Coupé Bertone a accueilli toutes les déclinaisons du mythique 4 cylindres double arbre (Bialbero) :

    • GT 1300 Junior : L’entrée de gamme rageuse, adorée des jeunes de l’époque.
    • Sprint GT Veloce (1600) : L’équilibre originel.
    • 1750 GTV : Souvent considérée comme la meilleure version, avec le moteur le plus onctueux et un intérieur magnifique.
    • 2000 GTV : La plus puissante (132 ch) et la plus rapide, taillée pour l’autoroute.

    Peu importe la cylindrée, la magie est la même : une sonorité rauque à l’admission, une réponse instantanée à l’accélérateur et cette odeur d’huile et d’essence typique des vieilles Alfa.

    La légende GTA

    Impossible de parler du Coupé Bertone sans évoquer sa sœur maléfique : la Giulia GTA (Gran Turismo Alleggerita). Préparée par Autodelta, avec sa carrosserie en aluminium riveté et son double allumage, elle a écrasé la concurrence en Championnat d’Europe de Tourisme. La GTA a donné au paisible coupé de route une aura de voiture invincible, capable de battre des Ford Mustang ou des BMW bien plus puissantes.

    L’Héritage

    Aujourd’hui, le « Coupé Bertone » est la porte d’entrée royale dans l’univers Alfa Romeo classique. C’est une voiture qui se conduit comme une moderne (elle s’insère sans problème dans le trafic actuel), mais qui distille des sensations pures, sans filtre. C’est la quintessence du Cuore Sportivo.