Catégorie : Héritage

  • GP d’Allemagne 1935 : La « Victoire Impossible » de Tazio Nuvolari face au Reich

    GP d’Allemagne 1935 : La « Victoire Impossible » de Tazio Nuvolari face au Reich

    Le 28 juillet 1935, le Nürburgring n’est pas seulement un circuit. C’est une tribune politique. Plus de 300 000 spectateurs s’entassent autour de la « Boucle Nord » (Nordschleife) pour assister au triomphe programmé de l’Allemagne nazie. Les officiels du IIIe Reich sont là, les croix gammées flottent partout. Ils sont venus voir les invincibles « Flèches d’Argent » (Mercedes et Auto Union) écraser la concurrence.

    Personne n’avait prévu qu’un petit homme de 42 ans, au volant une vieille voiture rouge dépassée, allait ruiner la fête.

    Le combat inégal : 400 ch contre 265 ch

    Pour comprendre l’ampleur de l’exploit, il faut regarder les forces en présence. D’un côté, l’Allemagne aligne neuf bolides ultra-modernes : les Mercedes W25 et Auto Union Type B. Elles développent près de 400 chevaux, disposent de suspensions indépendantes et d’un budget illimité. De l’autre, la Scuderia Ferrari (qui gère alors les Alfa Romeo en course) aligne la vieille Alfa Romeo P3 (Tipo B). Malgré un alésage porté à 3,2 litres, elle peine à sortir 265 chevaux. Elle rend plus de 100 chevaux et 20 km/h en pointe aux Allemandes. C’est comme engager une Formule 2 dans un Grand Prix de F1 actuel.

    Le désastre des stands

    La course démarre sous la pluie. Nuvolari, le « Diable », conduit au-delà des limites. Il compense le manque de puissance dans les virages par des glissades insensées. Il parvient à rester au contact des leaders. Mais au 22ème tour, c’est la catastrophe. Nuvolari rentre aux stands pour ravitailler. La pompe à essence sous pression de l’équipe italienne casse ! Les mécaniciens doivent remplir le réservoir… au seau et à l’entonnoir. La scène est pathétique. Nuvolari hurle, gesticule. L’arrêt dure 2 minutes et 14 secondes (contre 30 secondes pour les Allemands). Il repart 6ème, avec une rage froide. Tout semble perdu.

    La remontée fantastique

    C’est là que la légende s’écrit. Dans le brouillard et la bruine de l’Eifel, Nuvolari entre en transe. Il ne conduit plus, il vole. Il reprend les concurrents un par un. Il bat le record du tour à chaque passage. Les spectateurs allemands, d’abord moqueurs, deviennent silencieux. À l’entame du dernier tour, il est deuxième, à 35 secondes du leader Manfred von Brauchitsch sur sa Mercedes toute puissante.

    L’écart semble irrattrapable. Mais von Brauchitsch, mis sous une pression terrible par les temps au tour de Nuvolari, a détruit ses pneus.

    Le silence du Nürburgring

    Dans la longue ligne droite, on attend la Mercedes argentée. Mais c’est une petite voiture rouge qui surgit de la forêt. Von Brauchitsch a éclaté un pneu à quelques kilomètres de l’arrivée. Tazio Nuvolari franchit la ligne en vainqueur. Il a battu les neuf voitures allemandes sur leur propre terrain.

    Le choc est tel que les organisateurs sont pris au dépourvu : ils n’ont pas le disque de l’hymne italien ! Ils n’avaient prévu que le Deutschland über alles. La légende raconte que Nuvolari, toujours prévoyant (ou superstitieux), est allé chercher dans sa valise son propre disque de la Marcia Reale pour le donner à l’orchestre.

    Ce jour-là, Alfa Romeo n’a pas seulement gagné une course. La marque a prouvé que le « Cœur Sportif » pouvait battre la plus froide des technologies.

  • Le « Best of the Best » est une Alfa Romeo : la 8C 2900B Farina sacrée plus belle voiture du monde à Paris

    Le « Best of the Best » est une Alfa Romeo : la 8C 2900B Farina sacrée plus belle voiture du monde à Paris

    En ce début d’année 2026, le monde de l’automobile de collection s’est donné rendez-vous à Paris pour l’un des prix les plus prestigieux au monde : le Peninsula Classics Best of the Best Award. Pour cette édition, le verdict est sans appel : c’est une Alfa Romeo 8C 2900B de 1938 qui a été couronnée « Meilleure des Meilleures », confirmant une fois de plus que le Biscione demeure le maître absolu de l’élégance et de la performance.

    Le concept : un combat de titans

    Le prix « Best of the Best », conçu à l’origine par Yves Carcelle (ancien PDG de Louis Vuitton) et porté aujourd’hui par Sir Michael Kadoorie, est unique. Il ne s’agit pas d’un concours d’élégance classique, mais d’une compétition entre les vainqueurs des plus grands événements de l’année précédente (Pebble Beach, Villa d’Este, Amelia Island, etc.) pour déterminer laquelle est véritablement la « première parmi ses égales ».

    Cette année, l’Alfa Romeo affrontait six concurrentes de classe mondiale, dont une Ferrari F50 GT de 1996 et une Rolls-Royce Phantom I de 1926. Un jury d’exception, incluant Jay Leno, Gordon Murray et Henry Ford III, a finalement porté son choix sur la merveille italienne de la Keller Collection.

    Châssis 412028 : « Construite par Farina, pour Farina »

    Cette 8C 2900B (châssis 412028) n’est pas une Alfa Romeo comme les autres. Sur les quelque 30 exemplaires produits entre 1937 et 1939, la grande majorité arborait une carrosserie Touring de Milan. Celle-ci est l’unique exemplaire habillé par les Stabilimenti Farina de Turin.

    L’histoire derrière cette carrosserie est fascinante :

    • Un propriétaire de légende : Son premier acquéreur n’était autre que Giuseppe « Nino » Farina, qui deviendra en 1950 le tout premier champion du monde de Formule 1.
    • Une affaire de famille : Nino ne pouvait décemment pas confier son Alfa à un concurrent. C’est donc son père, Giovanni Carlo Farina (fondateur de Stabilimenti Farina), qui réalisa la carrosserie, sur un dessin de son oncle, le célèbre Battista « Pinin » Farina.

    La quintessence de la technologie des années 30

    Considérée comme la voiture la plus rapide et la plus coûteuse de son époque en Italie, la 8C 2900B était un véritable monstre de puissance déguisé en sculpture de métal.

    • Moteur : Un huit cylindres en ligne de 2,9 litres conçu par Vittorio Jano, doté de deux blocs en alliage et de deux compresseurs Roots.
    • Performances : Avec 180 chevaux (une version assagie des 220 ch de la 2900A de course), elle pouvait atteindre 185 km/h, une vitesse phénoménale pour 1938.
    • Innovation : Elle disposait déjà d’une suspension indépendante à l’avant comme à l’arrière et d’une boîte-pont (transaxle) à quatre rapports.

    Un héritage préservé

    Après avoir traversé l’Atlantique après-guerre et être passée par les mains de collectionneurs renommés comme Tommy Lee et William Harrah, cette Alfa Romeo a rejoint la collection d’Arturo Keller, qui l’a fait restaurer dans sa splendide livrée bleu foncé actuelle.

    Aujourd’hui, c’est Deborah Keller qui continue d’honorer la vision de son défunt mari en faisant briller ce joyau sur la scène internationale. En remportant le prix « Best of the Best » à Paris, l’Alfa Romeo 8C 2900B Farina ne gagne pas seulement un trophée : elle rappelle au monde que le design et l’ingénierie d’Arese sont éternels.

  • Légende : Alfa Romeo Giulietta Sprint, la « Fiancée de l’Italie »

    Légende : Alfa Romeo Giulietta Sprint, la « Fiancée de l’Italie »

    Il est rare qu’une voiture devienne le symbole d’un pays tout entier. En 1954, l’Italie se relève de la guerre et rêve de modernité, de vitesse et d’élégance. Alfa Romeo va lui offrir tout cela dans une seule voiture : la Giulietta.

    Surnommée « la fidanzata d’Italia » (la fiancée de l’Italie), elle n’est pas seulement une automobile. C’est le symbole du miracle économique italien, la preuve que le rêve est accessible.

    Une naissance à l’envers : Le Coupé avant la Berline

    L’histoire de la Giulietta commence par une anecdote incroyable. Pour financer son développement, Alfa Romeo avait lancé une souscription publique (une sorte de loterie nationale). Les gagnants devaient recevoir la nouvelle voiture. Mais le développement de la version berline prend du retard. Pour ne pas décevoir le public et honorer les billets de loterie, la direction prend une décision inédite dans l’histoire automobile : lancer le coupé sportif avant la voiture familiale.

    C’est ainsi qu’au Salon de Turin 1954, la Giulietta Sprint est dévoilée. Dessinée par la carrosserie Bertone (et le coup de crayon de Franco Scaglione), elle coupe le souffle du public. Elle est petite, pure, sans fioritures, d’une élégance intemporelle.

    Un cœur de course dans une voiture de série

    Si la ligne séduit, c’est la fiche technique qui va créer la légende. À l’époque, une voiture de cette taille (1300 cm³) a souvent un moteur en fonte poussif de 40 chevaux. L’ingénieur Giuseppe Busso et ses équipes vont installer sous le capot de la Giulietta un bijou de technologie : un moteur tout en aluminium à double arbre à cames en tête (le fameux Bialbero).

    Ce petit 1.3L développe 65 chevaux, puis 80 chevaux dans les versions Veloce. Grâce à un poids plume de 850 kg, la Giulietta Sprint file à 165 km/h. Elle laisse sur place des voitures bien plus grosses et plus chères. C’était une véritable voiture de course vendue au prix d’une voiture bourgeoise.

    La démocratisation du « Virus Alfa »

    Avec la Giulietta Sprint, Alfa Romeo change de dimension. On ne fabrique plus quelques centaines de voitures par an, mais des milliers. L’usine du Portello tourne à plein régime. La Giulietta devient la star du cinéma (on la voit dans les films de Fellini), la voiture des jeunes premiers et des pilotes amateurs. Elle invente la catégorie des petites GT abordables.

    Pour beaucoup d’Alfistes, c’est avec elle que tout a commencé. Elle a défini la recette qui sera reprise par la Giulia, l’Alfetta et toutes les compactes sportives qui suivront : un moteur brillant, un style à tomber par terre et un plaisir de conduite absolu.

    L’Héritage

    Produite pendant plus de 10 ans, la Giulietta (dans toutes ses versions : Sprint, Spider, Berline, SZ) sera vendue à près de 177 000 exemplaires. Un record pour l’époque. Aujourd’hui, une belle Giulietta Sprint des années 50 est une pièce de collection très prisée, incarnant à jamais la Dolce Vita sur quatre roues.

  • 25e Rallye des Princesses Richard Mille : Alfa Romeo partenaire d’une échappée belle au féminin

    25e Rallye des Princesses Richard Mille : Alfa Romeo partenaire d’une échappée belle au féminin

    Le calendrier automobile de l’année 2026 s’apprête à célébrer un anniversaire de prestige. Du 23 au 28 mai prochain, le Rallye des Princesses Richard Mille fêtera son quart de siècle. Ce rendez-vous 100 % féminin, devenu une signature incontournable du calendrier Peter Auto, pourra compter sur le soutien d’Alfa Romeo, partenaire de cette aventure qui marie avec grâce l’audace, l’élégance et la passion mécanique.

    Un quart de siècle d’élégance et de sportivité

    Né au tournant des années 2000 et intégré depuis 2022 aux événements de Peter Auto (aux côtés du Tour Auto ou du Mans Classic), ce rallye est bien plus qu’une simple épreuve routière. C’est une célébration de la liberté et du dépassement de soi, portée par des femmes qui conjuguent esprit sportif et art de vivre. Durant cinq jours, une centaine d’équipages privilégieront la régularité à la vitesse, prouvant que la précision et la complicité entre pilote et copilote sont les véritables clés du succès.

    Le parcours 2026 : De la Place Vendôme à la Place des Lices

    Pour ce 25e anniversaire, l’itinéraire promet une traversée spectaculaire du patrimoine français sur environ 1 800 km :

    • Samedi 23 mai : Journée de vérifications techniques sur la mythique Place Vendôme à Paris, véritable écrin de la haute joaillerie automobile.
    • Dimanche 24 mai : Départ officiel vers Troyes, avec une halte raffinée en Champagne chez Perrier-Jouët.
    • Lundi 25 mai : Traversée du centre de la France pour rejoindre la ville thermale de Vichy.
    • Mardi 26 mai : Cap sur le Beaujolais et les Alpes pour une arrivée élégante à Aix-les-Bains, au bord du lac du Bourget.
    • Mercredi 27 mai : Direction le sud via le Parc Naturel Régional du Vercors pour rejoindre Nîmes et ses vestiges romains.
    • Jeudi 28 mai : L’étape finale à travers la Provence et la garrigue, pour une arrivée mythique sur la Place des Lices à Saint-Tropez.

    Alfa Romeo : Les modèles éligibles

    L’épreuve est ouverte aux véhicules produits entre 1946 et 1991, une période dorée pour le Biscione. Les modèles Alfa Romeo sont les candidats naturels pour briller sur ce parcours touristico-sportif. Qu’il s’agisse de l’élégance intemporelle d’une Giulietta Spider, du tempérament d’une Giulia, du charme d’un coupé Bertone ou d’un Spider « Coda Tronca », les voitures de la marque sauront sublimer chaque étape par leur design sculptural et leur caractère moteur.

    Une expérience singulière

    Au-delà du défi personnel, les participantes savoureront une logistique haut de gamme : déjeuners gourmands dans des châteaux (Prye, Corcelles, Oliviers de Salettes), hébergements en hôtels 4 et 5 étoiles, et assistance mécanique dédiée. Cette 25e édition s’annonce comme une parenthèse hors du temps, où la passion automobile se vit avec raffinement et convivialité.

  • Portrait : Giuseppe Busso, le Maestro qui a donné sa voix à Alfa Romeo

    Portrait : Giuseppe Busso, le Maestro qui a donné sa voix à Alfa Romeo

    Si vous demandez à un Alfiste pourquoi il a acheté sa voiture, il vous parlera de la ligne. Mais si vous lui demandez pourquoi il l’aime, il vous parlera du son. Ce timbre rauque, métallique, qui monte dans les tours comme un ténor à la Scala. Ce frisson auditif a un créateur, un véritable luthier de la mécanique : Giuseppe Busso (1913-2006).

    Designer, ingénieur, artiste : il est l’homme qui a prouvé qu’un moteur pouvait avoir une âme.

    L’ombre des géants

    Comme beaucoup de grands de cette époque, Busso a fait ses armes à l’école de la rigueur. Passé par Fiat, il rejoint Alfa Romeo en 1937 sous les ordres de Vittorio Jano. Il fera une infidélité à la marque après la guerre pour travailler chez Ferrari (sur la 125 S), mais l’appel du Portello sera plus fort.

    En 1948, il revient chez Alfa pour devenir le bras droit d’Orazio Satta Puliga. Ensemble, ils forment un duo redoutable. Si Satta Puliga a la vision industrielle globale, Busso est le génie technique qui trouve les solutions. On lui doit le développement du fameux « double arbre » 4 cylindres de la 1900 et de la Giulietta, mais aussi la mécanique sophistiquée de l’Alfetta (le système Transaxle).

    Le Chef-d’œuvre : Le « V6 Busso »

    Mais son nom est entré dans la légende au début des années 70. Alfa Romeo a besoin d’un moteur noble pour son haut de gamme. Busso s’enferme dans son bureau et dessine un V6 à 60 degrés. Lorsqu’il apparaît en 1979 sous le capot de l’Alfa 6, c’est un choc. Souple, rageur, mélodieux.

    Ce moteur va connaître une longévité exceptionnelle, traversant les décennies et les modèles :

    • De la GTV6 (où il devient une icône de rallye),
    • À la 75 et la 164,
    • Jusqu’à son apogée dans les 156 GTA et 147 GTA avec la version 3.2L de 250 chevaux.

    Ce n’était pas le moteur le plus puissant du monde, ni le plus économe. Mais c’était (et c’est toujours) le plus beau. Avec ses pipes d’admission chromées brillantes sous le capot, le « Busso » est souvent qualifié de « Violon d’Arese ». C’est l’un des rares moteurs que l’on a envie d’exposer dans son salon.

    Une fin digne d’un opéra

    L’histoire de Giuseppe Busso se termine par une coïncidence troublante, qui nourrit la légende. Le 31 décembre 2005, la production du V6 historique s’arrête définitivement à l’usine d’Arese, tuée par les normes de pollution Euro 4. Trois jours plus tard, le 3 janvier 2006, Giuseppe Busso s’éteint à l’âge de 92 ans.

    Les Alfistes aiment à dire que le père n’a pas supporté de survivre à son fils. Lors de ses funérailles, une foule de passionnés s’est rassemblée. À la sortie du cercueil, pas de minute de silence. Juste le démarrage simultané de dizaines de V6 qui ont fait rugir leur « Musica » vers le ciel. Un dernier adieu au Maestro.

    L’héritage

    Aujourd’hui, une Alfa Romeo équipée d’un moteur Busso est un collector (la cote des GTA s’envole). Giuseppe Busso nous a laissé une leçon : la performance chiffrée est oubliable, l’émotion, elle, est éternelle.

  • DTM 1993 : L’année où l’Alfa 155 V6 TI a fait pleurer l’Allemagne

    DTM 1993 : L’année où l’Alfa 155 V6 TI a fait pleurer l’Allemagne

    Il y a des victoires qui sont sportives, et d’autres qui sont punitives. Ce qui s’est passé en 1993 sur les circuits allemands relève de la seconde catégorie. À cette époque, le championnat de tourisme allemand (DTM) est la chasse gardée de Mercedes. C’est leur terrain de jeu, leur vitrine technologique. Personne n’imagine qu’un constructeur étranger puisse venir les défier, encore moins pour sa première année de participation.

    Pourtant, Alfa Romeo va débarquer avec une machine qui va devenir une icône absolue : la 155 V6 TI.

    Le Monstre : 11 500 tr/min de fureur

    Pour comprendre ce braquage à l’italienne, il faut soulever le capot. L’ingénieur Sergio Limone a profité d’un règlement FIA très permissif (Classe 1) pour créer un monstre. Sous l’apparence d’une berline 155 bodybuildée se cache un châssis tubulaire en carbone et une transmission intégrale sophistiquée (dérivée de la Lancia Delta Integrale). Mais la pièce maîtresse, c’est le moteur : le légendaire V6 Busso (encore lui !), ici dans une version 2.5L poussée à l’extrême. Il développe 420 chevaux et hurle jusqu’à 11 800 tr/min. Un son strident, métallique, inoubliable, qui tranche avec le bruit grave des V8 Mercedes.

    Le Choc de Zolder

    Dès la première course de la saison, sous la pluie de Zolder en Belgique, le ton est donné. Nicola Larini, le pilote vedette d’Alfa Corse, ne se contente pas de gagner. Il domine. La 155, avec ses quatre roues motrices, danse sous le déluge là où les Mercedes propulsion, lourdes et pataudes, partent à la faute. Le message est clair : « Nous ne sommes pas venus faire de la figuration. »

    L’humiliation du Nürburgring

    Le point d’orgue de la saison a lieu sur la Nordschleife, l’Enfer Vert. Gagner au Nürburgring, c’est gagner le respect éternel. Lors de cette manche, Nicola Larini réalise l’impensable. Il remporte les deux courses du week-end, laissant la Mercedes de l’idole locale, Bernd Schneider, loin dans ses rétroviseurs. Voir une voiture rouge au trèfle vert franchir la ligne en tête devant des tribunes allemandes médusées reste l’une des images les plus fortes de l’histoire moderne de la marque.

    Championnat du Premier Coup

    La saison se transforme en marche triomphale. Alfa Romeo remporte 12 victoires sur 20 courses. Nicola Larini est sacré champion des pilotes, et Alfa Romeo champion des constructeurs.

    Cette victoire de 1993 a eu un impact colossal. Elle a prouvé que la technologie italienne (électronique, transmission intégrale, moteur) était supérieure à la rigueur allemande. Aujourd’hui, la 155 V6 TI avec sa livrée Martini ou rouge Alfa est devenue une légende, star des jeux vidéo et des rassemblements historiques. Elle nous rappelle qu’une berline familiale Alfa Romeo a toujours un cœur de pistarde.

  • Racing Meeting 2026 : Trois icônes du Stellantis Heritage sous les projecteurs, avec Alfa Romeo en vedette

    Racing Meeting 2026 : Trois icônes du Stellantis Heritage sous les projecteurs, avec Alfa Romeo en vedette

    L’année 2026 démarre sur les chapeaux de roues pour les passionnés de sport automobile. Les 7 et 8 février, le parc des expositions de Vicence accueille la sixième édition du Racing Meeting, l’événement majeur organisé par la légende du rallye Miki Biasion. Si le rendez-vous célèbre toutes les disciplines du sport mécanique, l’attention se porte tout particulièrement sur une exposition dédiée à l’histoire des voitures de course italiennes, où Alfa Romeo occupe une place de choix.

    Pour l’occasion, le département Stellantis Heritage a sorti de ses réserves trois joyaux mécaniques, dont deux monstre sacrés du Biscione, illustrant des époques et des philosophies de course radicalement différentes.

    Alfa Romeo 182 « Experimental » (1982) : La révolution du carbone

    Normalement conservée au sein du Heritage Hub de Turin, l’Alfa Romeo 182 « Experimental » est un témoin crucial de l’histoire de la Formule 1. Pilotée en son temps par Bruno Giacomelli, cette monoplace est le fruit d’une période d’innovation intense.

    Sa particularité majeure ? Son châssis monocoque en fibre de carbone, une technologie révolutionnaire pour l’année 1982. À cette époque, seules Alfa Romeo et McLaren maîtrisaient cette solution avant-gardiste. Cette conception permettait un gain de poids considérable (le châssis seul ne pesait que 30 kg) tout en offrant une rigidité structurelle inédite pour l’époque. Sous sa célèbre livrée rouge et blanche, elle abrite le mélodieux V12 Alfa Romeo 1260 de 3,0 litres, capable de délivrer environ 540 ch à un régime impressionnant de 12 000 tr/min.

    Alfa Romeo 75 Turbo Evoluzione IMSA (1988) : La bête de circuit

    Directement arrivée du Musée Historique d’Arese, l’Alfa Romeo 75 Turbo Evoluzione IMSA incarne la sportivité brute des années 80. Développée en 1988 pour répondre à la réglementation nord-américaine IMSA (bien plus permissive que les normes FIA de l’époque), cette version est la déclinaison la plus extrême de la berline 75.

    Sous son kit aérodynamique musclé en carbone — comprenant un aileron XXL et des voies nettement élargies — se cache un 4 cylindres en ligne turbocompressé de 1 762 cm³. Selon les évolutions, ce bloc Garrett délivrait entre 335 et 400 ch, propulsant les 960 kg de la machine à plus de 270 km/h. Son palmarès est resté légendaire, marqué notamment par un triplé historique au Tour d’Italie 1988, avec une voiture victorieuse emmenée par un certain… Miki Biasion.

    Un héritage vivant

    Aux côtés de ces deux Alfa, les visiteurs peuvent également admirer la Fiat S 61 Corsa de 1908, une « bête de course » de 10 litres de cylindrée qui remporta le Grand Prix d’Amérique en 1912.

    Comme le souligne Roberto Giolito, responsable de Stellantis Heritage : « Ces véhicules incarnent différentes époques, mais ils sont unis par le même esprit pionnier et l’excellence technique qui ont fait de nos voitures des protagonistes de l’histoire. Les exposer à Vicence, c’est rendre accessible à tous un patrimoine unique qui continue d’inspirer le Groupe aujourd’hui. »

    Pour les Alfistes, ce Racing Meeting est une occasion rare d’approcher ces machines qui ont écrit les pages les plus glorieuses du sport automobile italien.


    Fiche Technique : Alfa Romeo 75 Turbo Evoluzione IMSA (1988)

    • Moteur : 4 cylindres en ligne, 1 762 cm³, Turbo Garrett
    • Puissance : env. 400 ch à 7 100 tr/min
    • Poids : 960 kg
    • Vitesse max : > 270 km/h
    • Signe particulier : Châssis renforcé, kit carrosserie en carbone, aileron arrière massif.
  • Collection : La première Alfa Romeo 4C « Nicola Larini » (Giallo Ocra) a été livrée à Arese

    Collection : La première Alfa Romeo 4C « Nicola Larini » (Giallo Ocra) a été livrée à Arese

    C’est un moment chargé d’histoire et d’émotion qui s’est déroulé récemment sur la piste du Musée Historique Alfa Romeo d’Arese. Le département Stellantis Heritage a officiellement remis les clés de la toute première Alfa Romeo 4C Collezione GT « Nicola Larini » à son heureux propriétaire.

    Ce projet, qui s’inscrit dans le programme « Reloaded by Creators », est un vibrant hommage au pilote toscan, héros éternel des Alfistes pour sa victoire écrasante dans le championnat DTM 1993 au volant de la 155 V6 TI.

    Une livrée « Giallo Ocra » inspirée de la Giulia GT

    L’exemplaire livré est le premier d’une série ultra-limitée de trois véhicules uniques. Il arbore une magnifique teinte « Giallo Ocra » (Ocre Jaune). Le design a été supervisé par Alessandro Maccolini du Centro Stile Alfa Romeo. L’objectif était de créer un pont temporel entre la modernité de la 4C et les teintes iconiques des Giulia GT des années 60 et 70. Le résultat est un jeu de couleurs ton sur ton, mêlant la carrosserie et les jantes avec une élégance rare.

    Nicola Larini lui-même a repris le volant de cette 4C pour quelques tours de piste à Arese avant de la remettre au client, scellant ainsi le lien entre le champion et sa monture.

    Des détails exclusifs et la signature du Maestro

    Ce qui fait la valeur de cette collection, c’est le souci du détail. La voiture porte la signature autographe de Nicola Larini à trois endroits stratégiques : sur le capot moteur, sur la plaque numérotée du tableau de bord et brodée sur les sièges.

    L’intérieur respire la compétition : pour éviter les reflets gênants sur le pare-brise (un détail de pilote !), la planche de bord a été revêtue de microfibre noire. Les sièges reprennent ce matériau, rehaussés d’inserts à la couleur de la carrosserie, tout comme le repère « point milieu » sur le volant. Un grand logo Alfa Romeo orne également le capot, un détail qui sera présent sur les trois modèles mais avec de légères variations pour garantir l’unicité de chaque auto.

    Bientôt deux autres exemplaires uniques

    Si la version « Giallo Ocra » est désormais entre les mains de son collectionneur (accompagnée de son Certificat d’Authenticité Stellantis Heritage), la trilogie n’est pas encore complète. Stellantis Heritage a confirmé que deux autres 4C Collezione GT « Nicola Larini » sont en préparation et seront bientôt disponibles à la vente :

    • Une version « Verde Pino » (Vert Pin).
    • Une version « Rosso Prugna » (Rouge Prune).

    Ces modèles s’annoncent déjà comme de futurs collectors, transformant la 4C en véritable objet de culte.

  • Légende : Alfa Romeo 156, la beauté qui a sauvé la marque

    Légende : Alfa Romeo 156, la beauté qui a sauvé la marque

    Nous sommes en 1997. Alfa Romeo va mal. La 155, bien que performante en DTM, peine à séduire le grand public avec ses lignes anguleuses héritées de la Fiat Tipo. L’image de la marque s’effrite. Il faut un miracle. Ce miracle sera dévoilé au Salon de Francfort et il porte un numéro : 156.

    Dès que la bâche est levée, le public comprend que quelque chose vient de changer. Ce n’est pas juste une nouvelle voiture, c’est le retour de l’Alfa Romeo que l’on aime : sensuelle, latine et différente.

    Le coup de génie de Walter de Silva

    Le design de la 156 est une rupture totale. Walter de Silva a gommé les angles pour revenir aux courbes. Il a puisé dans l’ADN de la marque pour créer une silhouette fluide qui semble en mouvement même à l’arrêt.

    Mais au-delà de la beauté, la 156 regorge d’astuces stylistiques qui feront école :

    • La poignée arrière invisible : Dissimulée dans le montant de la vitre, elle donne à cette berline 4 portes l’allure d’un coupé sportif. Une idée tellement géniale qu’elle sera copiée par tout le monde (de la Honda Civic à la Clio IV).
    • La plaque déportée : Pour laisser le grand Scudetto (la calandre) plonger jusqu’en bas du pare-chocs, la plaque d’immatriculation est repoussée sur la gauche. Un clin d’œil aux voitures des années 50 qui donne une « gueule » unique à la 156.

    Une révolution sous le capot : Le Common Rail

    Si la 156 a gagné le titre de Voiture de l’Année 1998 avec une avance écrasante, ce n’est pas seulement pour ses beaux yeux. C’est aussi pour ce qu’elle cachait dans ses entrailles. Elle est la première voiture au monde à introduire la technologie Common Rail (injection directe à haute pression) sur un moteur diesel de série : le fameux JTD. Alors que les concurrents claquaient et fumaient, le JTD offrait silence, agrément et performance. Grâce à lui, l’Alfa 156 est devenue une formidable routière, capable de traverser l’Europe avec style.

    Le plaisir de conduire retrouvé

    Mais une Alfa, c’est avant tout un châssis. La 156 a introduit la suspension avant à double triangulation haute (quadrilatero alto). Sur la route, cela se traduisait par une direction d’une précision chirurgicale et une tenue de route incisive. Conduire une 156, c’était avoir la sensation de faire corps avec la route. Que ce soit avec le pétillant 2.0 Twin Spark ou le mélodieux V6 Busso 2.5L, le sourire était garanti.

    L’Héritage

    Vendue à plus de 680 000 exemplaires, la 156 a relancé la machine. Elle a donné naissance à la version break (Sportwagon), à la radicale GTA, et a ouvert la voie à la 147 et à la GT.

    Aujourd’hui, la 156 entre doucement dans le monde de la collection (Youngtimer). Elle nous rappelle cette époque bénie où l’on pouvait acheter une voiture familiale qui avait l’âme d’une sportive et le look d’un mannequin italien.