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  • L’histoire secrète du nom « Giulietta » : Quand Roméo trouva enfin sa Juliette

    L’histoire secrète du nom « Giulietta » : Quand Roméo trouva enfin sa Juliette

    Au printemps 1954, lorsque la sculpturale Giulietta Sprint fait sa première apparition publique au Salon de Turin, Alfa Romeo s’apprête à vivre un tournant industriel décisif. En délaissant les appellations techniques en chiffres et en lettres qui rythmaient la production du Portello depuis des décennies, le constructeur milanais choisit d’humaniser sa future berline populaire avec un prénom féminin chargé de poésie.

    Une soirée parisienne et la réplique d’un prince

    L’anecdote la plus célèbre prend racine à l’automne 1950, en marge du Salon de l’Automobile de Paris. Une délégation de dirigeants et de techniciens d’Arese, comprenant le pilote d’essai Consalvo Sanesi et l’ingénieur-poète Leonardo Sinisgalli, alors conseiller artistique de la marque, se retrouve attablée dans un cabaret de la capitale pour fêter les récents succès de la berline 1900. Intrigué par cette tablée exclusivement masculine venue d’Italie, un noble russe en exil s’approche des convives et lance une boutade qui traversera les décennies : « Vous êtes là, huit Roméos attablés, et vous n’avez pas une seule Juliette avec vous ? »

    L’étincelle littéraire de Leonardo Sinisgalli

    La formule shakespearienne marque profondément les esprits, et en particulier celui de Sinisgalli. Homme de lettres autant que scientifique, il garde ce trait d’esprit en réserve jusqu’au moment où la direction milanaise cherche à baptiser le projet Tipo 750. Face à une voiture pensée pour devenir la « fiancée de l’Italie » et séduire les foyers en plein essor économique, l’évidence s’impose : la marque au trèfle a trouvé sa compagne idéale. Certains historiens rappellent également que l’épouse de Sinisgalli, Giorgina De Rincón, se faisait elle-même appeler Giulietta dans leurs cercles artistiques romains, renforçant encore la portée affective de cette proposition.

    De la loterie nationale au parrainage de Giulietta Masina

    Au-delà de la poésie, le choix du nom répond aussi à un besoin d’incarnation très pragmatique. Pour financer le nouvel outillage industriel nécessaire à la grande série, Alfa Romeo organise en 1952 un emprunt national assorti d’une loterie dont les gagnants recevront les premiers exemplaires sortis d’usine. Donner un nom familier et chaleureux à l’auto permet de faire patienter les souscripteurs face aux inévitables retards de développement de la berline. L’officialisation définitive intervient le 19 avril 1954 au Salon de Turin, où l’actrice Giulietta Masina, épouse de Federico Fellini et vedette du chef-d’œuvre La Strada, accepte de parrainer le modèle en coupant le ruban inaugural aux côtés des dirigeants.

    Une lignée devenue éternelle

    La suite appartient à la grande histoire automobile. Le coupé Sprint, bientôt suivi par la berline et le spider, installe définitivement Alfa Romeo dans le paysage des grands constructeurs européens avec près de 177 000 unités produites. Le patronyme traversera ensuite les générations, réapparu en 1977 sur la berline cunéiforme Tipo 116 à architecture Transaxle, puis réincarné en 2010 sous les traits de la compacte moderne du centenaire, prouvant qu’une simple boutade de comptoir parisienne peut parfois forger l’âme d’une marque pour plus d’un demi-siècle.

  • Alfa Romeo 6C 2500 d’après-guerre : Les trois visages de la renaissance du Portello

    Alfa Romeo 6C 2500 d’après-guerre : Les trois visages de la renaissance du Portello

    Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l’usine milanaise du Portello n’est plus qu’un champ de ruines sous les bombardements alliés. Pourtant, dès 1945, une poignée d’ingénieurs et d’ouvriers relève un défi insensé : faire renaître la marque au trèfle en réassemblant les stocks de pièces mécaniques miraculeusement préservés des décombres.

    Dernière représentante de la prestigieuse lignée des six-cylindres conçue avant-guerre, l’Alfa Romeo 6C 2500 est devenue l’artisan majeur de cette reconstruction. Entre 1946 et 1953, elle a incarné la passerelle technique et stylistique reliant l’artisanat des maîtres carrossiers à l’ère industrielle moderne. Retour sur les trois déclinaisons majeures qui ont sauvé et sublimé le mythe Alfa Romeo.

    L’orfèvrerie mécanique sous la houlette de Satta Puliga et Busso

    Lancée initialement en 1939 comme ultime évolution de la 6C 2300, la 6C 2500 repose sur le chef-d’œuvre d’ingénierie signé par Vittorio Jano : un moteur 6-cylindres en ligne à bloc en fonte et culasse en aluminium à chambres hémisphériques, coiffé d’un double arbre à cames en tête.

    Pour orchestrer la relance d’après-guerre, la direction technique est confiée à Orazio Satta Puliga, épaulé par un jeune ingénieur promis à un destin légendaire : Giuseppe Busso.

    L’autotelaio de la 6C 2500 surclasse alors la quasi-totalité de la production mondiale grâce à un châssis à quatre roues indépendantes particulièrement sophistiqué :

    • Train avant : Quadrilatères oscillants et ressorts hélicoïdaux enfermés dans des boîtiers verticaux spécifiques, dérivés du schéma Dubonnet perfectionné par Jano.
    • Train arrière : Barres de torsion longitudinales inspirées de brevets Ferdinand Porsche et amortisseurs hydrauliques télescopiques.
    • Poste de conduite : Fidèle à la tradition des grandes autos de course italiennes, la 6C 2500 conserve le volant à droite, couplé à une direction à vis et secteur d’une précision chirurgicale à haute vitesse.

    6C 2500 Sport Freccia d’Oro (1947–1950) : Le « Gobbone » d’usine

    Première grande nouveauté d’après-guerre produite à 680 exemplaires, la Freccia d’Oro inaugure une rupture industrielle majeure : sa carrozzeria n’est plus simplement boulonnée mais directement soudée aux longerons et traverses du châssis, préfigurant le concept de caisse autoporteuse.

    Dessinée et assemblée en interne par la Carrozzeria Alfa Romeo (l’ancêtre direct du Centro Stile), elle se distingue par sa ligne fastback très galbée qui lui vaudra le surnom affectueux de « Gobbone » (le bossu).

    Animée par le 6-cylindres 2.5 alimenté par un carburateur simple corps développant 90 puis 93 ch, la Freccia d’Oro file à 155 km/h dans le confort d’un salon milanais.

    Sa robustesse et son équilibre dynamique éclatent aux yeux du monde lors de la toute première édition de la Carrera Panamericana en 1950 : sur les pistes cassantes mexicaines, les deux Freccia d’Oro engagées terminent aux sensationnelles 4e (Piero Taruffi / Isidoro Ceroli) et 8e places du classement général (Felice Bonetto / Bruno Bonini) au milieu des gros V8 américains.

    6C 2500 Super Sport Gran Turismo (1950–1953) : La quintessence de la Série 3

    Remplaçante directe de la Freccia d’Oro au sein de la troisième série, la Super Sport Gran Turismo est un oiseau rare produit à seulement 119 unités entre 1950 et 1953.

    Cette version représente l’apogée mécanique de la gamme civile :

    • Alimentation Super Sport : Elle adopte la configuration la plus affûtée à trois carburateurs monocorps Weber.
    • Adaptation au carburant d’époque : Pour tolérer le faible indice d’octane de l’essence de la reconstruction, le taux de compression est volontairement abaissé à 7,5:1, délivrant une puissance de 105 ch et une vitesse de pointe de 160 km/h.
    • Modernité à bord : Le levier de vitesses migre derrière le volant sur la colonne de direction, une solution moderne inspirée des tendances américaines libérant de l’espace pour les passagers avant.

    Produite en parallèle de la nouvelle berline 1900 à structure autoporteuse lancée en 1950, la 6C 2500 SS Gran Turismo clôturera définitivement le grand livre de la lignée 6C en décembre 1953.

    6C 2500 Super Sport Cabriolet Pinin Farina (1946–1951) : La haute couture en plein air

    Dévoilé lors des Premières Journées d’Élégance de Lausanne à l’automne 1946 pour relancer le rayonnement de la carrosserie transalpine, le cabriolet 2 places carrossé par Pinin Farina est considéré comme l’un des chefs-d’œuvre du design automobile mondial.

    Établie sur le châssis court Super Sport (empattement réduit à 2 700 mm), la découvrable milanaise sublime les canons esthétiques de l’immédiat après-guerre :

    • Face avant intégrant la calandre trilobée Alfa Romeo encadrée d’optiques profilées dans les ailes.
    • Poignées de portes affleurantes intégrées dans la carrosserie.
    • Pare-brise et capot moteur s’ouvrant en deux parties papillon.

    Adoptée par les grands de ce monde — de Tyrone Power au prince Rainier III de Monaco en passant par Juan et Evita Perón —, cette reine d’élégance capable d’atteindre 165 km/h demeure aujourd’hui l’une des Alfa Romeo les plus cotées et convoitées lors des grands concours internationaux.

  • A.L.F.A. 24 HP et la fondation du Portello (1910) : L’acte de naissance du mythe milanais

    A.L.F.A. 24 HP et la fondation du Portello (1910) : L’acte de naissance du mythe milanais

    Le 24 juin 1910 marque la création officielle de l’Anonima Lombarda Fabbrica Automobili (A.L.F.A.) à Milan, scellant la renaissance industrielle des ateliers du Portello. Conçue par l’ingénieur Giuseppe Merosi, l’inaugurale A.L.F.A. 24 HP pose d’emblée les fondements séculaires de la marque : une architecture mécanique noble, un équilibre dynamique remarquable et une vocation viscérale pour la compétition.

    Contexte & Genèse du projet

    • L’époque : En 1906, l’industriel français Pierre Alexandre Darracq implante une filiale à Naples puis au Portello (Milan) pour assembler des voiturettes populaires. Inadaptées au réseau routier italien et pénalisées par une mise au point fragile, les ventes s’effondrent. Face à la faillite, l’administrateur délégué Ugo Stella et un groupe d’investisseurs lombards rachètent les installations fin 1909 et fondent l’A.L.F.A. le 24 juin 1910.
    • Les acteurs clés : Ugo Stella confie la direction technique à un ingénieur piémontais autodidacte de 38 ans, Giuseppe Merosi. En parallèle, le dessinateur Romano Cattaneo conçoit le blason combinant la croix rouge de la municipalité milanaise et le serpent Biscione des ducs Visconti.
    • Le cahier des charges : Rompre avec les modèles économiques d’importation pour concevoir une automobile haut de gamme, robuste, valorisante et parfaitement adaptée aux reliefs italiens.

    « Avec la 24 HP, nous ne voulions pas simplement construire une voiture de plus, mais démontrer que Milan possédait le génie technique pour rivaliser avec les meilleures mécaniques européennes. »

    Giuseppe Merosi, Directeur technique d’A.L.F.A.

    Architecture & Innovations Techniques

    • Groupe motopropulseur : Giuseppe Merosi conçoit un 4-cylindres en ligne de 4 084 cm³ (alésage 100 mm, course 130 mm). Fait rare à l’époque où les cylindres étaient souvent coulés par paires, le moteur adopte une structure monobloc en fonte, garantissant une rigidité exceptionnelle et une compacité accrue. Alimenté par un carburateur vertical maison et doté de soupapes latérales commandées par un arbre à cames latéral logé dans le carter, il développe 42 ch à 2 200 tr/min, un régime de rotation très élevé pour l’année 1910.
    • Châssis & Trains roulants : Structure robuste en longerons et traverses en acier embouti à profil en « C ». La suspension repose sur deux essieux rigides guidés par des ressorts à lames semi-elliptiques aux quatre coins. La transmission se fait aux roues arrière via un arbre à cardans et une boîte de vitesses mécanique à 4 rapports avant et une marche arrière, directement boulonnée au carter moteur.
    • Carrosseries & Finitions : Livrée sous forme de châssis roulant motorisé, la 24 HP était confiée aux plus grands maîtres carrossiers milanais de l’époque (Castagna, Sala, Taurus) pour être habillée en configurations Torpedo sportive ou luxueuse Limousine. Dans sa version Torpedo allégée, l’auto franchissait le cap symbolique des 100 km/h.

    Fiche d’identité & Données clés

    CaractéristiquesSpécifications d’usine
    Période de production1910 – 1913 (Séries A, B, C, D)
    Exemplaires produits200 unités (Série 24 HP) / plus de 680 avec les évolutions 20-30 HP
    Architecture moteur4-cylindres en ligne monobloc, soupapes latérales
    Cylindrée4 084 cm³ (100 × 130 mm)
    Puissance maxi42 ch à 2 200 tr/min (portée à 45 ch en Série C / 49 ch en Série D)
    TransmissionPropulsion, boîte manuelle à 4 rapports + MA
    Poids à vide1 000 kg (châssis nu) / environ 1 450 kg carrossée en Torpedo
    Vitesse maximale100 km/h
    Code usine / TypeA.L.F.A. 24 HP (Tipo Unico 1910)

    Carrière commerciale, Palmarès et Déclinaisons

    • Évolutions et gamme : Le succès immédiat de la 24 HP incite Giuseppe Merosi à élargir la gamme dès l’automne 1910 avec la plus modeste 12 HP (2 413 cm³, 22 ch), suivie par la 15 HP et la 15-20 HP. La 24 HP évoluera quant à elle jusqu’en 1914 pour donner naissance à la célèbre 20-30 HP.
    • Baptême du feu à la Targa Florio 1911 : Convaincue que la course est le laboratoire indispensable de la marque, la direction engage deux A.L.F.A. 24 HP de type Corsa au départ de la VIᵉ Targa Florio en mai 1911. Pilotée par Nino Franchini, la 24 HP domine une grande partie de l’épreuve sicilienne avant qu’un projectile n’endommage la vue du pilote, le contraignant à l’abandon. La performance impressionne les observateurs et inscrit définitivement le sport automobile dans les gènes de l’entreprise.

    L’Héritage et le Regard Collection

    • Descendance mécanique : La rigueur de conception de la 24 HP servira de base à toute la production d’A.L.F.A. jusqu’à la Première Guerre mondiale. En 1915, l’arrivée de l’ingénieur napolitain Nicola Romeo transformera la raison sociale de l’entreprise en Alfa Romeo, ouvrant la voie aux créations légendaires de l’ère Vittorio Jano (RL, P2, 6C).
    • Statut en collection : Chef-d’œuvre fondateur de l’histoire automobile italienne, l’A.L.F.A. 24 HP est une pièce de musée inestimable. Un exemplaire Torpedo d’origine de 1910, magnifiquement préservé, trône au cœur de la section historique du Museo Storico Alfa Romeo d’Arese.
  • Portrait : Nicola Romeo, l’ingénieur napolitain qui a sauvé le Biscione

    Portrait : Nicola Romeo, l’ingénieur napolitain qui a sauvé le Biscione

    Sans lui, nous ne serions pas ici à parler d’Alfa Romeo. Nous parlerions peut-être d’A.L.F.A. comme d’une obscure marque milanaise disparue en 1915. Nicola Romeo (1876-1938) est l’homme qui a donné son nom de famille à la marque, mais il lui a surtout donné une envergure industrielle.

    Le Napolitain à Milan

    Originaire de Sant’Antimo près de Naples, Nicola Romeo est un ingénieur brillant, spécialisé dans les machines minières et l’air comprimé. Ce n’est pas un homme de voiture au départ, c’est un capitaine d’industrie. En 1915, alors que la Première Guerre mondiale fait rage, l’A.L.F.A. (Anonima Lombarda Fabbrica Automobili) est en faillite. La banque confie l’usine du Portello à Nicola Romeo pour la convertir à l’effort de guerre. Sous sa direction, l’usine produit des munitions, des moteurs d’avion et des compresseurs. L’entreprise passe de quelques centaines à des milliers d’ouvriers. Romeo a transformé l’atelier artisanal en géant industriel.

    La naissance d’Alfa Romeo

    La guerre finie, Romeo aurait pu faire des trains. Mais il décide de revenir à l’automobile. Il fusionne ses sociétés et, en 1920, la première voiture portant le badge Alfa Romeo (la Torpedo 20-30 HP) sort des chaînes. C’est lui qui comprend l’importance de la course pour l’image. Il finance la création de la mythique P2 et embauche Vittorio Jano. C’est sous son règne qu’Alfa Romeo remporte le premier Championnat du Monde en 1925.

    Une fin amère

    L’histoire d’amour finit mal. En 1928, acculé par les difficultés financières de sa banque partenaire, Nicola Romeo est évincé de sa propre entreprise. Il partira aigri, mais il laisse derrière lui un héritage colossal : une marque mondiale, une usine moderne, et un nom, « Romeo », qui sonne aujourd’hui comme synonyme de passion automobile.

  • 24 juin 1910 : La naissance d’A.L.F.A. et l’aube d’une légende mécanique à Milan

    24 juin 1910 : La naissance d’A.L.F.A. et l’aube d’une légende mécanique à Milan

    Le 24 juin 1910, dans l’effervescence industrielle de la plaine lombarde, un acte notarié scelle la création d’une nouvelle société à Milan : l’Anonima Lombarda Fabbrica Automobili, rapidement abrégée sous l’acronyme A.L.F.A..

    En reprenant les installations désertées du constructeur français Darracq dans le quartier du Portello, une poignée d’entrepreneurs et d’ingénieurs visionnaires ne fondent pas seulement une marque de voitures : ils posent la première pierre d’un mythe séculaire associant design d’avant-garde, rigueur mécanique et passion de la vitesse.

    Des déboires de Darracq à l’élan du Portello

    L’histoire commence en réalité par un échec commercial. En 1906, l’industriel français Pierre Alexandre Darracq s’associe à des investisseurs italiens menés par le cavalier Ugo Stella pour assembler des voiturettes populaires à Naples, puis au Portello, en banlieue nord de Milan. Mal adaptées aux routes accidentées de la péninsule et pénalisées par une mise au point précaire, les Darracq ne trouvent pas leur public.

    Refusant de voir l’outil industriel péricliter, Ugo Stella prend les rênes du projet. Avec le soutien de financiers lombards, il rachète les parts de Darracq fin 1909 et constitue officiellement l’A.L.F.A. le 24 juin 1910. L’objectif est limpide : concevoir des automobiles pensées dès l’origine pour le marché italien, alliant fiabilité, puissance et élégance.

    Giuseppe Merosi et le coup de maître de la 24 HP

    Pour diriger le bureau d’études, Ugo Stella recrute un jeune géomètre piémontais autodidacte et ingénieur de génie : Giuseppe Merosi.

    Avant même la signature officielle des statuts, Merosi planche sur les plans de la toute première création de la maison : l’A.L.F.A. 24 HP. Dévoilée à l’automne 1910, l’auto surprend par son niveau technique exceptionnel :

    • Un bloc monobloc moderne : Un 4-cylindres en ligne de 4 084 cm³ coulé d’un seul tenant (une architecture d’avant-garde pour l’époque), délivrant 42 ch à 2 200 tr/min.
    • Des performances de pointe : Capable d’atteindre 100 km/h dans sa version Torpedo, la 24 HP brille par sa tenue de route, son châssis rigide à longerons en acier embouti et sa boîte manuelle à 4 rapports.
    • Un succès immédiat : Déclinée en carrosseries Torpedo ou Limousine par des carrossiers milanais de renom (Castagna, Sala), la 24 HP s’écoule à plus de 200 exemplaires et assoit la réputation de robustesse d’A.L.F.A.

    L’invention de l’emblème : La croix rouge et le Biscione

    1910 marque également la naissance de l’un des logos les plus célèbres de l’art industriel. Chargé d’imaginer l’identité visuelle de la nouvelle marque, le dessinateur Romano Cattaneo s’inspire de deux symboles majeurs de la ville de Milan :

    • La croix rouge sur fond blanc : L’étendard de la municipalité milanaise, hérité de la première croisade.
    • Le Biscione : Le serpent héraldique avalant un homme, symbole historique de la famille régnante des Visconti.

    Entourés d’une couronne bleue où s’inscrivent en lettres d’or les mots « ALFA » et « MILANO », séparés par deux nœuds de Savoie (nodi sabaudi) en hommage à la monarchie italienne, ces deux éléments forment l’écusson rond qui ornera la calandre de toutes les productions de l’usine du Portello.

    Les prémices de l’ADN course dès 1911

    Dès cette première année fondatrice, Giuseppe Merosi comprend que la notoriété d’une grande marque se forge sur la piste. En 1911, deux A.L.F.A. 24 HP préparées prennent le départ de la redoutable Targa Florio en Sicile, pilotées par Nino Franchini et Ugo Ronzoni. Si un incident de course prive Franchini d’une victoire promise, la démonstration est faite : le virus de la compétition est inoculé.

    Cinq ans plus tard, en 1915, l’ingénieur napolitain Nicola Romeo prendra le contrôle de l’entreprise pour lui donner son nom définitif, mais l’âme, le blason et le caractère mécanique de la légende étaient bel et bien nés en ce mois de juin 1910 au Portello.