On dit que l’histoire ne repasse pas les plats, mais elle offre parfois de belles revanches. Souvenez-vous de 1933 : Luigi Chinetti perdait les 24 Heures du Mans pour seulement 9 secondes face à un Nuvolari déchaîné. Une défaite amère qui aurait pu briser le moral de n’importe quel pilote.
Mais en 1934, Chinetti revient. Et cette fois, il n’est pas là pour faire de la figuration dans un duel épique. Il est là pour gagner, point final.
La vieille garde fait de la résistance
Pour cette 12e édition des 24 Heures, Alfa Romeo aligne une recette qui a fait ses preuves : la sempiternelle 8C 2300. Pourtant, en 1934, la conception de la voiture commence à dater. La concurrence s’affûte, les Bugatti rôdent. Mais la « vieille » 8C a un avantage que les autres n’ont pas : elle est incassable. Vittorio Jano a créé une machine qui semble immunisée contre le temps et l’usure.
Pour épauler Chinetti dans la voiture n°9, c’est le Français Philippe Étancelin (surnommé « Phi-Phi ») qui prend le volant. Un duo franco-italien, comme souvent dans les succès d’Alfa au Mans.
Une course par élimination
Contrairement à l’année précédente, il n’y aura pas de photo-finish. L’édition 1934 est une course d’endurance au sens propre : une épreuve de survie. Les conditions sont difficiles, la mécanique des concurrents souffre. Les Bugatti abandonnent les unes après les autres.
L’Alfa Romeo de Chinetti et Étancelin, elle, tourne comme un métronome. Pas de fuite de réservoir cette fois, pas de freins défaillants. Juste une domination sereine, presque insolente. Ils franchissent la ligne d’arrivée avec une avance confortable de 13 tours (environ 180 km !) sur la deuxième voiture… qui est aussi une Alfa Romeo (celle de Veyron et Sebilleau).
Le « Poker » Légendaire
Cette victoire a une portée historique immense.
- La Revanche : Luigi Chinetti efface le traumatisme de 1933 et inscrit son nom au palmarès (il gagnera 3 fois au total dans sa carrière).
- Le Poker : C’est la quatrième victoire consécutive d’Alfa Romeo au Mans (1931, 1932, 1933, 1934). Une telle hégémonie était du jamais vu à l’époque.
- L’Adieu : C’est la dernière victoire de la mythique 8C 2300 aux 24 Heures. Elle tire sa révérence au sommet de sa gloire, invaincue, avant que la réglementation et l’arrivée des nouvelles machines ne changent la donne.
Avec ces quatre années de grâce, Alfa Romeo a écrit l’une des plus belles pages de l’histoire du sport automobile. La marque a prouvé qu’elle savait allier la vitesse pure de la F1 à la robustesse de l’endurance.
Quand vous croisez une Giulia ou un Stelvio aujourd’hui, regardez le trèfle sur l’aile. Il porte en lui l’ADN de ces quatre étés sarthois où l’Europe entière a appris à respecter la mécanique milanaise.
