L’année 1966 restera gravée dans l’histoire automobile comme le millésime d’or du roadster transalpin. En l’espace de quelques mois, l’Italie dévoilait deux cabriolets appelés à marquer des générations d’amateurs de conduite à ciel ouvert : l’Alfa Romeo Spider 1600 « Duetto » et la Fiat 124 Spider.
Rivales directes en concession comme sur les routes de vacances pendant plus de deux décennies, ces deux icônes partageaient de nombreux points communs — à commencer par les ateliers de Pininfarina —, tout en cultivant des philosophies de conduite bien distinctes.
Design : Deux chefs-d’œuvre signés Pininfarina
Fait remarquable, les deux constructeurs ont confié le dessin de leur découvrable au même maître carrossier turinois. Pourtant, deux stylistes aux inspirations opposées ont forgé leur identité :
- Alfa Romeo Spider (Franco Martinengo & Battista Pininfarina) : Une silhouette aérodynamique et sensuelle, caractérisée par sa proue plongeante en amande, ses flancs creusés et son arrière galbé en « os de seiche » (Osso di Seppia), avant d’adopter la poupe tronquée Coda Tronca en 1970.
- Fiat 124 Spider (Tom Tjaarda) : Un dessin plus anguleux et classique, marqué par ses phares ronds légèrement renfoncés, ses hanches élégamment marquées au niveau des ailes arrière et une ligne de caisse tendue.
Sous le capot : Bialbero Nord contre Twin-Cam Lampredi
Sur le plan mécanique, le duel oppose deux légendes de l’ingénierie italienne :
- Le Bialbero Alfa Romeo : Tout en aluminium, avec chambres de combustion hémisphériques et deux arbres à cames en tête entraînés par chaîne double. Décliné en 1300, 1600, 1750 et 2000 cm³, il se distingue par des montées en régime hargneuses et une sonorité rauque et métallique reconnaissable entre mille.
- Le Twin-Cam Fiat (conçu par Aurelio Lampredi) : Bloc fonte et culasse alu à double arbre à cames en tête entraînés par courroie crantée. Décliné de 1,4 l à 2,0 l (de 89 à 133 ch), ce moteur brille par sa vivacité, sa souplesse et sa remarquable régularité à haut régime.
Les deux modèles proposaient de série une boîte manuelle à 5 rapports — une rareté et un luxe absolu au milieu des années 1960 face aux rivales britanniques (MGB, Triumph) limitées à 4 vitesses.
Tableau comparatif des fiches techniques
| Caractéristiques | Fiat 124 Spider (1.8 CS1) PDF | Alfa Romeo Spider (2000 Veloce S2 / S4) PDF+ 1 |
| Période de production | 1966 – 1985 (200 000 ex.) | 1966 – 1993 (124 104 ex.) |
| Moteur | 4-cylindres en ligne DOHC (1 756 cm³) | 4-cylindres en ligne DOHC (1 962 cm³) |
| Alimentation | Carburateur double-corps Weber | Deux carburateurs double-corps / Injection |
| Puissance maxi | 116 ch à 6 000 tr/min | 120 à 133 ch |
| Transmission | Propulsion, boîte 5 rapports | Propulsion, boîte 5 rapports |
| Poids à vide | 1 052 kg | 1 020 à 1 150 kg |
| 0 à 100 km/h | ~11,5 s | ~9,5 à 10,5 s |
| Vitesse de pointe | 170 km/h | 190 à 195 km/h |
Comportement routier : Rigueur et grand tourisme vs sportivité pure
Sur route sinueuse, les deux italiennes dévoilent des tempéraments complémentaires :
- La Fiat 124 Spider joue la carte de la grande routière accessible et sécurisante. Très rigide grâce à ses bas de caisse épais, elle offre une excellente absorption des inégalités, un habitacle lumineux et une position de conduite plus ergonomique pour les conducteurs de grande taille.
- L’Alfa Romeo Spider privilégie les sensations brutes. Avec son levier de vitesses émergeant directement de la console sans tringlerie déportée, son train avant précis et son pont arrière vivant qui se cale parfaitement à la remise des gaz, elle distille une émotion mécanique et un plaisir auditif incomparables.
Le bilan : Deux visions de la Dolce Vita
Si la Fiat 124 Spider a séduit les foules par sa polyvalence et sa ligne équilibrée, l’Alfa Romeo Spider conserve ce supplément d’âme, de noblesse mécanique et d’héritage sportif qui fait chavirer le cœur des puristes. Deux chefs-d’œuvre incontournables qui continuent de faire rêver les passionnés de roadsters classiques.
