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  • Alfa Romeo dans « Le Mépris » : La flamboyante 2600 Spider Touring au panthéon du cinéma de Jean-Luc Godard

    Alfa Romeo dans « Le Mépris » : La flamboyante 2600 Spider Touring au panthéon du cinéma de Jean-Luc Godard

    Sorti sur les écrans en 1963, Le Mépris de Jean-Luc Godard (adapté du roman d’Alberto Moravia) s’est imposé comme l’un des sommets esthétiques de la Nouvelle Vague et du cinéma mondial. Sublimé par le Technicolor, le format Cinémascope et la musique déchirante de Georges Delerue (Le Thème de Camille), le film met en scène la désagrégation d’un couple incarné par Brigitte Bardot (Camille) et Michel Piccoli (Paul Javal).

    Au cœur de ce drame solaire tourné entre Rome et l’île de Capri, une automobile tient un rôle narratif et symbolique central : une somptueuse Alfa Romeo 2600 Spider carrossée par Touring, compagne mécanique du cynique et richissime producteur américain Jeremy Prokosch (Jack Palance).

    La 2600 Spider Touring : Objet de désir et catalyseur du drame

    Dans la grammaire visuelle de Godard, où les couleurs primaires structurent l’espace et les émotions, l’Alfa Romeo 2600 Spider rouge vif ne fait pas office de simple accessoire de luxe. Elle est le catalyseur immédiat de la rupture :

    • L’instrument du pouvoir et de la séduction : Propriété de Prokosch, le Spider italien incarne la réussite tapageuse, la vitesse et la domination financière. Dès les premières scènes aux studios de Cinecittà, Prokosch invite Camille à monter à ses côtés, tandis que Paul accepte avec complaisance de suivre en taxi. Ce geste fondateur déclenche le mépris irréversible de Camille envers son époux.
    • Le symbole de la rupture : Les virées cheveux au vent le long de la côte tyrrhénienne scellent l’éloignement des protagonistes, faisant du bolide rouge le véhicule d’une fuite sans retour.

    Le noble 6-cylindres en ligne au sommet de la Dolce Vita

    Présentée au Salon de Genève en 1962, l’Alfa Romeo 2600 Spider (Type 106.01) représentait à l’époque le vaisseau amiral décapotable de la maison milanaise :

    • Un 6-cylindres noble et musical : Sous son long capot en aluminium doté d’une discrète prise d’air, la 2600 abritait un bloc 6-cylindres en ligne de 2 584 cm³ à double arbre à cames en tête (Bialbero) alimenté par trois carburateurs double-corps Solex, délivrant 145 ch et capable d’atteindre 200 km/h.
    • Le coup de crayon de Carrozzeria Touring : Avec sa calandre Scudetto encadrée par deux doubles optiques, ses lignes fluides et son châssis raccourci construit selon le procédé breveté Superleggera, la 2600 Spider offrait une prestance royale alliant confort de grand tourisme et sportivité.
    • Une exclusivité rare : Produite à seulement 2 255 exemplaires entre 1962 et 1965, elle incarnait le raffinement italien par excellence face aux productions britanniques ou américaines de l’époque.

    De Cinecittà au tragique dénouement de la Villa Malaparte

    Si l’on aperçoit également une Alfa Romeo Giulietta Spider dans l’effervescence des décors romains, c’est bien la 2600 Spider qui marque l’épilogue tragique du film.

    Après les affrontements psychologiques sur le toit rougeoyant de la Villa Malaparte à Capri, Camille décide de quitter Paul et de regagner Rome en compagnie de Prokosch à bord du Spider. Lancée à pleine vitesse sur une route de campagne, l’Alfa Romeo vient s’encastrer sous la remorque d’un camion-citerne, mettant un point final brutal et poétique à la tragédie.

    En associant la beauté iconique de Brigitte Bardot aux lignes sculpturales de l’Alfa Romeo 2600 Spider Touring, Jean-Luc Godard a gravé à jamais le grand cabriolet milanais dans l’histoire de l’art cinématographique.