Fondée en mars 1963 par l’ingénieur visionnaire Carlo Chiti et Lodovico Chizzola, Autodelta représente le cœur battant du sport automobile chez Alfa Romeo pendant plus de deux décennies. Devenue le département course officiel du Biscione installé à Settimo Milanese, cette officine légendaire a donné naissance à des icônes absolues de la compétition : les sculptées Giulia TZ, l’hégémonique dynastie des Giulia GTA et les prototypes Tipo 33 champions du monde.
Contexte & Genèse du projet
- L’époque : Au début des années 1960, après son retrait officiel des Grands Prix fin 1951, Alfa Romeo constate que des pilotes privés engagent avec succès les Giulietta Sprint Veloce et SZ. Face à une concurrence internationale affûtée, la direction générale d’Arese souhaite organiser son retour au premier plan sans perturber les cadences de production de ses usines de grande série.
- Les acteurs clés : L’ingénieur toscan Carlo Chiti (ancien responsable technique chez Ferrari à l’origine des titres mondiaux de 1961, puis cofondateur d’ATS) s’associe à Lodovico Chizzola, concessionnaire Alfa Romeo à Udine. Ensemble, ils créent la société indépendante « Auto Delta » le 4 mars 1963 à Feletto Umberto.
- L’intégration officielle à Settimo Milanese : Face aux premiers succès foudroyants de la Giulia TZ, Alfa Romeo absorbe la structure le 5 octobre 1964. Rebaptisée Autodelta S.p.A., elle déménage ses installations à Settimo Milanese, aux portes de l’usine d’Arese, avec Carlo Chiti comme directeur général et technique tout-puissant.
« Autodelta n’était pas un simple bureau d’études. C’était un sanctuaire d’artisans où Carlo Chiti concevait des moteurs d’anthologie sur un coin de table avant de les faire triompher sur les circuits le dimanche suivant. »
— Andrea de Adamich, Pilote officiel Autodelta
Architecture & Innovations Techniques
Sous la férule de Carlo Chiti, l’atelier de Settimo Milanese devient un laboratoire d’innovations de pointe :
- L’allègement par les alliages légers : Utilisation massive du Peraluman 25 (alliage d’aluminium et de magnésium) pour carrosser les Giulia GTA, riveté directement sur la structure acier, et recours intensif au magnésium coulé (Elektron) pour les carters moteurs, cloches d’embrayage et jantes.
- La technologie Twin Spark : Développement du double allumage (deux bougies par cylindre) sur les culasses à double arbre à cames en tête du 4-cylindres Bialbero, optimisant la combustion à hauts régimes.
- Châssis tubulaires et aéro spatiale : Du treillis tubulaire ultra-léger de la Giulia TZ (châssis de 62 kg) au châssis tubulaire en « H » faisant office de réservoirs de carburant sur la Tipo 33/2, jusqu’au châssis monocoque en aluminium riveté de la 33 TT 12.
- La noblesse des moteurs multicylindres : Chiti développe des architectures mécaniques d’exception : le V8 à 90° de 2,0 à 3,0 litres, le monumental 12-cylindres à plat (Flat-12) de 3,0 litres atmosphérique développant plus de 500 ch à 12 000 tr/min, puis les V8 1.5 litre Turbo de Formule 1.
Fiche d’identité & Données clés
| Caractéristiques | Spécifications historiques |
| Période d’activité officielle | 1963 – 1984 (Remplacement par Alfa Corse en 1985) |
| Sièges successifs | Feletto Umberto (Udine) puis Settimo Milanese (Milan) |
| Fondateurs | Carlo Chiti et Lodovico Chizzola |
| Directeur technique & sportif | Ing. Carlo Chiti |
| Modèles majeurs conçus | Giulia TZ / TZ2, Giulia Sprint GTA (1300, 1600, GTAm), Tipo 33 (33/2, TT 3, TT 12, SC 12), Alfetta GTV Turbodelta, Alfetta GT Gr.2/Gr.4, Monoplaces F1 (177, 179, 182, 183T) |
| Titres mondiaux majeurs | Champion du Monde des Marques Sport-Prototypes (1975, 1977) |
| Titres européens majeurs | Multiples titres constructeurs et pilotes en ETCC (1966, 1967, 1968, 1970) |
Carrière commerciale, Palmarès et Déclinaisons
- L’hégémonie en Tourisme et Grand Tourisme (1963–1971) : La Giulia TZ triomphe d’emblée à la Targa Florio, au Tour de France Auto et aux 1000 km du Nürburgring. Dès 1965, la Giulia Sprint GTA écrase le Championnat d’Europe des Voitures de Tourisme (ETCC), signant un triplé consécutif de titres constructeurs (1966 à 1968), relayée ensuite par la redoutable 1750/2000 GTAm.
- L’apogée des Sport-Prototypes Tipo 33 (1967–1977) : Après le retentissant triplé de classe aux 24 Heures de Daytona 1968 avec la 33/2, Autodelta atteint le sommet mondial en 1975 : la 33 TT 12 à moteur Flat-12 remporte 7 des 8 manches du Championnat du Monde des Marques avec des pilotes comme Arturo Merzario, Jacques Laffite, Derek Bell et Henri Pescarolo. En 1977, la 33 SC 12 réédite l’exploit en réalisant le grand chelem (victoire sur toutes les courses de la saison).
- Le retour en Formule 1 (1976–1984) : Autodelta fournit d’abord son moteur Flat-12 à l’écurie Brabham de Bernie Ecclestone (permettant à Niki Lauda et John Watson de signer plusieurs victoires de prestige en 1978, notamment avec la fameuse Brabham BT46B « fan car » à turbine). À partir de 1979, Autodelta réengage Alfa Romeo en tant que constructeur complet de châssis et moteur avec les monoplaces 177, 179 et 182, décrochant la pole position à Long Beach en 1982 avec Andrea de Cesaris.
L’Héritage et le Regard Collection
- La transition vers Alfa Corse : En octobre 1984, Carlo Chiti quitte l’entreprise pour créer Motori Moderni. En 1985, Alfa Romeo intègre définitivement l’entité sous la bannière historique d’Alfa Corse, dirigée par Giorgio Pianta, qui perpétuera la légende dans les années 1990 avec les 155 V6 TI en DTM et les 156 en Supertourisme.
- Statut en collection : Les voitures de course assemblées et frappées du célèbre badge triangulaire bleu et blanc d’Autodelta figurent parmi les chefs-d’œuvre les plus convoités au monde. Les modèles d’origine (Giulia GTA Corsa, TZ, TZ2 et Tipo 33) atteignent des sommets historiques lors des ventes internationales et font vibrer les rassemblements historiques majeurs.
