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  • Alfa Romeo SZ et RZ (1989–1994) : « Il Mostro », l’audace radicale du V6 Busso

    Alfa Romeo SZ et RZ (1989–1994) : « Il Mostro », l’audace radicale du V6 Busso

    Présentée au Salon de Genève 1989 sous le nom de code ES-30 (Experimental Sportscar 3.0 litre), l’Alfa Romeo SZ (Sprint Zagato) fait l’effet d’une déflagration visuelle et technique. Surnommée sans détour « Il Mostro » par la presse internationale, cette sportive sans concession fusionne une carrosserie avant-gardiste taillée à la serpe, un châssis de course mis au point par Alfa Corse et le timbre lyrique du V6 3.0 litres Busso.

    Contexte & Genèse du projet

    • L’époque : Fraîchement intégrée au groupe Fiat fin 1986, Alfa Romeo cherche à réaffirmer son autorité en matière d’ingénierie sportive et d’audace stylistique. Le projet ES-30 est lancé pour démontrer la capacité de la marque à produire un coupé d’exception en série très limitée.
    • Les acteurs clés : La genèse stylistique est le fruit d’une compétition interne. Si la voiture porte la signature Zagato pour son assemblage à Terrazzano di Rho, sa ligne est principalement l’œuvre de Robert Opron (Centro Stile Fiat) et d’Antonio Castellana, supervisés par Walter de Silva et l’équipe Zagato. La mise au point du châssis est confiée à Giorgio Pianta, légendaire directeur d’Alfa Corse.
    • Le cahier des charges : Concevoir une vitrine technologique utilisant la CAO/DAO (conception assistée par ordinateur), capable d’offrir une tenue de route équivalente à une voiture de compétition du Groupe A sur route ouverte.

    « La SZ n’a pas été conçue pour plaire à tout le monde, mais pour fasciner ceux qui comprennent la pureté d’un châssis de course habillé d’une carrosserie sans compromis. »

    Giorgio Pianta, Directeur d’Alfa Corse

    Architecture & Innovations Techniques

    • Groupe motopropulseur : Sous le capot plongeant prend place le mythique V6 3.0 litres (2 959 cm³) à 12 soupapes conçu par Giuseppe Busso. Alimenté par une injection électronique Bosch Motronic ML 4.1 et doté d’arbres à cames au profil retravaillé, il développe 210 ch à 6 200 tr/min et un couple de 245 Nm. Sa sonorité rauque et métallique dans les tours reste l’une des plus pures de l’histoire du Biscione.
    • Châssis & Trains roulants : Dérivée de l’architecture Transaxle de l’Alfa 75 3.0 America, la plateforme reçoit les épures de suspension de la 75 Turbo Groupe A / IMSA. Le train arrière De Dion est rigidifié par des rotules uniball, tandis que des amortisseurs hydrauliques Koni réglables permettent de faire varier la garde au sol de 40 mm depuis le tableau de bord pour franchir les obstacles urbains.
    • Aérodynamisme & Matériaux composites : La SZ inaugure une carrosserie composée de panneaux en résine thermoplastique composite (Modar) collés sur une structure porteuse en acier, surmontée d’un toit en aluminium. Ses six optiques carrées à l’avant et son coefficient de traînée remarquable ($Cx$ de 0,30) lui assurent une stabilité imperturbable à haute vitesse et une adhérence latérale record mesurée à 1,4 g sur circuit.

    Fiche d’identité & Données clés

    CaractéristiquesSpécifications d’usine
    Période de production1989 – 1991 (Coupé SZ) / 1992 – 1994 (Roadster RZ)
    Exemplaires produits1 036 unités (SZ) + 278 unités (RZ)
    Architecture moteurV6 à 60° tout aluminium, 12 soupapes (Busso)
    Cylindrée & Puissance2 959 cm³ / 210 ch à 6 200 tr/min / 245 Nm
    TransmissionPropulsion, schéma Transaxle (boîte manuelle 5 rapports à l’arrière) + autobloquant
    Poids à vide1 260 kg (SZ) / 1 380 kg (RZ)
    Performances0 à 100 km/h en 7,0 s / Vitesse max : 245 km/h
    Code usine / TypeES-30 / Tipo 162B

    Carrière commerciale, Palmarès et Déclinaisons

    • Le Coupé SZ (1989–1991) : Commercialisée dans une unique livrée rouge Rosso Alfa avec toit gris anthracite foncé et intérieur cuir fauve (à l’exception d’un exemplaire noir réservé à Andrea Zagato), la SZ s’est arrachée auprès des collectionneurs dès sa présentation.
    • Le Roadster RZ (1992–1994) : Dévoilée au Mondial de Paris 1992, la version découvrable Roadster Zagato abandonne le toit rigide au profit d’une capote manuelle se repliant sous un couvre-chef rigide profilé. Le nuancier s’ouvre au jaune Giallo Ginestra, au noir et au rouge. Plus lourde de 120 kg en raison des renforts de caisse, elle sera produite à seulement 278 exemplaires.
    • Le Trophée SZ (1993) : Alfa Romeo créera une formule monotype spectaculaire en lever de rideau des Grands Prix de Formule 1 et des manches du DTM, démontrant l’extrême agilité du châssis en conditions de course.

    L’Héritage et le Regard Collection

    • Descendance mécanique : La signature visuelle à six projecteurs avant de la SZ inspirera directement le Centro Stile des décennies plus tard pour dessiner les faces avant de la Brera (2005), du Tonale (2022) et du Junior (2024).
    • Statut en collection : Véritable icône du design brutaliste de la fin des années 1980, l’Alfa Romeo SZ est aujourd’hui une pièce maîtresse très disputée en vente aux enchères. Sa rareté, son architecture Transaxle affûtée et la noblesse de son V6 atmosphérique en font l’un des collectors les plus désirables de la marque.
  • Alfa Romeo 155 V6 TI (1993) : Le sacre en terre ennemie et la légende du DTM

    Alfa Romeo 155 V6 TI (1993) : Le sacre en terre ennemie et la légende du DTM

    En 1993, Alfa Romeo accomplit l’un des exploits les plus retentissants de l’histoire du sport automobile moderne : faire capituler les constructeurs allemands sur leur propre sol dès sa première tentative dans le redoutable championnat DTM (Deutsche Tourenwagen Meisterschaft). Développée par l’écurie d’usine Alfa Corse et pilotée avec panache par Nicola Larini, la monstrueuse 155 V6 TI à transmission intégrale et moteur V6 hurlant à près de 12 000 tr/min est devenue l’icône absolue de l’âge d’or des voitures de Tourisme de Classe 1.

    Contexte & Genèse du projet

    • L’époque : Après avoir écrasé le Championnat d’Italie de Supertourisme (CIVT) en 1992 avec la 155 GTA, la direction de Fiat et d’Alfa Romeo décide de s’attaquer au championnat le plus relevé et médiatique de la planète : le DTM allemand, chasse gardée historique de Mercedes-Benz, BMW et Opel.
    • Les acteurs clés : Le commando d’Alfa Corse est dirigé par le charismatique Giorgio Pianta. La conception du châssis et des liaisons au sol est confiée à l’ingénieur Sergio Limone (le père des Lancia 037 et Delta HF Integrale de rallye), tandis que le développement du moteur V6 est placé sous la responsabilité de l’ingénieur motoriste Pino D’Agostino. Au volant, l’équipe officielle aligne l’Italien Nicola Larini et l’ancien pilote de F1 Alessandro Nannini.
    • Le règlement FIA Classe 1 : Inaugurée en 1993, la réglementation Classe 1 autorise une liberté technique totale : moteurs V6 atmosphériques de 2,5 litres limités à un alésage/course libre, transmission intégrale permanente, aides électroniques avancées (ABS de course, contrôle de traction) et carrosseries en fibre de carbone ultra-légères.

    « Quand nous sommes arrivés à Zolder pour la première course en 1993, les Allemands nous regardaient avec un sourire narquois. Après le doublé en manche 1 et manche 2, le paddock avait changé de visage. Nous étions venus pour gagner, pas pour faire de la figuration. »

    Nicola Larini, Champion DTM 1993

    Architecture & Innovations Techniques

    • Le V6 atmosphérique à 60° (Tipo 0624) : Conçu par Pino D’Agostino, le moteur est un V6 à 60° tout aluminium de 2 498 cm³ (alésage 93 mm, course 61,3 mm) à carter sec. Doté de quatre arbres à cames en tête et 24 soupapes, il intègre des culasses issues de la technologie F1 avec injection électronique multipoint haute pression Magneti Marelli. En 1993, il développe 420 ch à 11 500 tr/min (avec un régime de pointe culminant à 11 800 tr/min) dans une sonorité stridente caractéristique.
    • Transmission intégrale permanente dérivée du rallye : Alfa Corse tire parti de l’hégémonie technologique de Lancia en Championnat du Monde des Rallyes. La 155 V6 TI adopte une transmission à quatre roues motrices permanentes avec boîte de vitesses séquentielle Hewland à 6 rapports, associée à trois différentiels (épicycloïdal central avec visco-coupleur Ferguson, autobloquant avant et différentiel arrière Torsen). La répartition initiale du couple est fixée à 33 % sur le train avant et 67 % sur le train arrière.
    • Châssis tubulaire et peau en carbone : Seule la cellule centrale en acier de la berline 155 de série est conservée pour des raisons d’homologation. Les parties avant et arrière reposent sur des faux-châssis tubulaires en acier haute résistance. L’ensemble de la carrosserie (portes, ailes élargies, capots, boucliers et imposant aileron arrière) est réalisé en fibre de carbone et kevlar.
    • Aérodynamisme et freinage d’avant-garde : La 155 V6 TI intègre un fond plat canalisant l’air vers un extracteur arrière imposant. Les disques de frein en fonte ventilée (puis carbone) sont pincés par des étriers Brembo monoblocs à 4 pistons, secondés par un système antiblocage ABS de course Bosch paramétrable. Le poids est rigoureusement abaissé à la valeur plancher de 1 040 kg.

    Fiche d’identité & Données clés

    CaractéristiquesAlfa Romeo 155 V6 TI (Saison DTM 1993)
    Période d’activité1993 – 1996 (DTM puis ITC)
    Exemplaires construitsEnviron 30 châssis de course développés par Alfa Corse
    Architecture moteurV6 à 60° longitudinal avant, 24 soupapes, carter sec
    Cylindrée2 498 cm³ (93 × 61,3 mm)
    Puissance maxi (1993)420 ch à 11 500 tr/min (portée à 490 ch à 11 900 tr/min en 1996)
    Couple maxi294 Nm à 8 000 tr/min
    TransmissionIntégrale permanente (33 % AV / 67 % AR), boîte séquentielle 6 vitesses
    Poids à vide1 040 kg
    Performances0 à 100 km/h en 2,5 s / Vitesse max : 300 km/h
    Palmarès 199314 victoires sur 22 courses, Champion DTM Pilotes & Constructeurs

    Carrière commerciale, Palmarès et Déclinaisons

    • La saison historique 1993 :Dès l’ouverture à Zolder (Belgique), Nicola Larini signe la pole position et remporte les deux manches. L’écurie d’usine confirme sa suprématie sur tous les tracés allemands :
      • Le triomphe du Nürburgring Nordschleife (10 juin 1993) : Devant plus de 100 000 spectateurs médusés, Nicola Larini signe le doublé sur « l’Enfer Vert », battant les Mercedes 190E Evo II sur leur terrain de prédilection.
      • Le sacre final : Sur les 22 manches du calendrier 1993, Alfa Romeo remporte 14 victoires (11 pour Nicola Larini, 2 pour Christian Danner et 1 pour Giorgio Francia). Larini est couronné Champion des Pilotes et Alfa Romeo décroche le Titre des Constructeurs.
    • L’évolution vers l’ITC (1994–1996) :Face à la riposte de la Mercedes Classe C DTM, Alfa Corse fait évoluer la 155 V6 TI :
      • 1994–1995 : Adoption de voies encore élargies, d’une boîte séquentielle semi-automatique avec commandes au volant et puissance portée à 450 ch.
      • 1996 (V6 à 90°) : Pour la dernière saison du championnat international ITC, Pino D’Agostino conçoit un tout nouveau V6 ouvert à 90° à culasses inversées (dérivé de l’angle du bloc PRV/Lancia Thema). Développant 490 ch à près de 12 000 tr/min, il permet à Alessandro Nannini de signer 7 victoires lors de cette ultime saison.

    L’Héritage et le Regard Collection

    • L’impact sur la série : Le triomphe en DTM a propulsé les ventes de l’Alfa 155 de grande série. Pour célébrer ce palmarès et homologuer des appendices aérodynamiques en championnat britannique (BTCC), la marque lance la série spéciale 155 Silverstone (ou Formula) dotée d’un aileron arrière surélevé et d’une lame avant réglable.
    • Statut en collection : La 155 V6 TI d’Alfa Corse figure parmi les voitures de course de tourisme les plus emblématiques et recherchées au monde. Les rares châssis d’origine aux couleurs Martini Racing ou Jägermeister sont aujourd’hui les vedettes des courses historiques européennes (Tourenwagen Classics) et s’échangent pour plusieurs centaines de milliers d’euros entre collectionneurs passionnés.