Étiquette : Vittorio Jano

  • Le « Best of the Best » est une Alfa Romeo : la 8C 2900B Farina sacrée plus belle voiture du monde à Paris

    Le « Best of the Best » est une Alfa Romeo : la 8C 2900B Farina sacrée plus belle voiture du monde à Paris

    En ce début d’année 2026, le monde de l’automobile de collection s’est donné rendez-vous à Paris pour l’un des prix les plus prestigieux au monde : le Peninsula Classics Best of the Best Award. Pour cette édition, le verdict est sans appel : c’est une Alfa Romeo 8C 2900B de 1938 qui a été couronnée « Meilleure des Meilleures », confirmant une fois de plus que le Biscione demeure le maître absolu de l’élégance et de la performance.

    Le concept : un combat de titans

    Le prix « Best of the Best », conçu à l’origine par Yves Carcelle (ancien PDG de Louis Vuitton) et porté aujourd’hui par Sir Michael Kadoorie, est unique. Il ne s’agit pas d’un concours d’élégance classique, mais d’une compétition entre les vainqueurs des plus grands événements de l’année précédente (Pebble Beach, Villa d’Este, Amelia Island, etc.) pour déterminer laquelle est véritablement la « première parmi ses égales ».

    Cette année, l’Alfa Romeo affrontait six concurrentes de classe mondiale, dont une Ferrari F50 GT de 1996 et une Rolls-Royce Phantom I de 1926. Un jury d’exception, incluant Jay Leno, Gordon Murray et Henry Ford III, a finalement porté son choix sur la merveille italienne de la Keller Collection.

    Châssis 412028 : « Construite par Farina, pour Farina »

    Cette 8C 2900B (châssis 412028) n’est pas une Alfa Romeo comme les autres. Sur les quelque 30 exemplaires produits entre 1937 et 1939, la grande majorité arborait une carrosserie Touring de Milan. Celle-ci est l’unique exemplaire habillé par les Stabilimenti Farina de Turin.

    L’histoire derrière cette carrosserie est fascinante :

    • Un propriétaire de légende : Son premier acquéreur n’était autre que Giuseppe « Nino » Farina, qui deviendra en 1950 le tout premier champion du monde de Formule 1.
    • Une affaire de famille : Nino ne pouvait décemment pas confier son Alfa à un concurrent. C’est donc son père, Giovanni Carlo Farina (fondateur de Stabilimenti Farina), qui réalisa la carrosserie, sur un dessin de son oncle, le célèbre Battista « Pinin » Farina.

    La quintessence de la technologie des années 30

    Considérée comme la voiture la plus rapide et la plus coûteuse de son époque en Italie, la 8C 2900B était un véritable monstre de puissance déguisé en sculpture de métal.

    • Moteur : Un huit cylindres en ligne de 2,9 litres conçu par Vittorio Jano, doté de deux blocs en alliage et de deux compresseurs Roots.
    • Performances : Avec 180 chevaux (une version assagie des 220 ch de la 2900A de course), elle pouvait atteindre 185 km/h, une vitesse phénoménale pour 1938.
    • Innovation : Elle disposait déjà d’une suspension indépendante à l’avant comme à l’arrière et d’une boîte-pont (transaxle) à quatre rapports.

    Un héritage préservé

    Après avoir traversé l’Atlantique après-guerre et être passée par les mains de collectionneurs renommés comme Tommy Lee et William Harrah, cette Alfa Romeo a rejoint la collection d’Arturo Keller, qui l’a fait restaurer dans sa splendide livrée bleu foncé actuelle.

    Aujourd’hui, c’est Deborah Keller qui continue d’honorer la vision de son défunt mari en faisant briller ce joyau sur la scène internationale. En remportant le prix « Best of the Best » à Paris, l’Alfa Romeo 8C 2900B Farina ne gagne pas seulement un trophée : elle rappelle au monde que le design et l’ingénierie d’Arese sont éternels.

  • 24H du Mans 1931 : Le jour où l’Alfa Romeo 8C 2300 a brisé l’hégémonie britannique

    24H du Mans 1931 : Le jour où l’Alfa Romeo 8C 2300 a brisé l’hégémonie britannique

    Il y a des victoires qui comptent plus que d’autres. Celle du 14 juin 1931 est de celles-là. Jusqu’alors, le Mans était la chasse gardée des « Bentley Boys » et de leurs massives machines vertes. Mais en 1931, une mélodie italienne est venue couvrir le grondement britannique. Pour la toute première fois, une Alfa Romeo franchissait la ligne d’arrivée en tête, ouvrant une ère de domination absolue.

    L’arme absolue : La 8C 2300 de Vittorio Jano

    Pour gagner dans la Sarthe, il ne suffit pas d’être rapide, il faut être indestructible. L’ingénieur en chef, le génial Vittorio Jano, le savait. Il a conçu la 8C 2300 comme une arme de guerre.

    Sous le long capot, on trouve un chef-d’œuvre : un 8 cylindres en ligne de 2,3 litres, suralimenté par un compresseur Roots. Contrairement aux énormes moteurs Mercedes ou Bentley de l’époque (souvent des 7 litres !), le bloc Alfa était compact, léger et rageur, développant environ 155 chevaux. Mais le coup de génie résidait dans le châssis. Plus agile et plus légère que la monstrueuse Mercedes-Benz SSK qui lui faisait face, l’Alfa Romeo 8C compensait son déficit de puissance pure par une tenue de route et un freinage supérieurs.

    Un paradoxe historique : Une victoire italienne… aux mains des Anglais

    L’histoire est parfois ironique. Pour battre l’hégémonie britannique, Alfa Romeo a triomphé grâce à… deux pilotes britanniques. Au volant de la 8C numéro 16, ce sont Lord Howe et Sir Henry « Tim » Birkin qui se relaient.

    La course fut un véritable duel d’usure. La Mercedes SSK d’Ivanowski et Stoffel, favorite sur le papier avec sa puissance démesurée, a longtemps menacé l’italienne. Les Bugatti, rapides mais fragiles, ont fini par casser (soucis de pneus déchapés cette année-là). L’Alfa Romeo, elle, a tourné comme une horloge suisse. Pas une fausse note. Après 24 heures de lutte, la 8C franchit la ligne avec 3 017 km au compteur, à une moyenne record de 125,7 km/h. La Mercedes termine à plus de 100 km derrière. C’était la première fois qu’un équipage parcourait plus de 3 000 km en 24 heures !

    Le début du « Poker » gagnant

    Cette victoire de 1931 n’était pas un coup de chance. Elle a marqué le début d’une série légendaire. Alfa Romeo remportera les 24 Heures du Mans quatre fois de suite (1931, 1932, 1933, 1934), cimentant la réputation de la 8C comme la voiture de sport ultime de l’avant-guerre.

    Aujourd’hui encore, quand on regarde une 8C 2300 Le Mans, avec ses phares protégés par des grilles et sa carrosserie « Touring » minimaliste, on ne voit pas seulement une voiture ancienne. On voit la machine qui a appris au monde qu’Alfa Romeo savait tout gagner, du Grand Prix de F1 à l’endurance la plus brutale.

    L’exemplaire vainqueur est au Musée Alfa Romeo d’Arese. Après la victoire, la voiture fut achetée par un collectionneur privé et conservée pendant des années dans une mine d’étain au Nigeria. Rachetée par Alfa Romeo, elle fait partie de la collection historique depuis 1966.

  • Portrait : Vittorio Jano, le génie qui a offert le monde à Alfa Romeo

    Portrait : Vittorio Jano, le génie qui a offert le monde à Alfa Romeo

    Il y a des ingénieurs qui dessinent des voitures, et il y a ceux qui bâtissent des empires. Vittorio Jano (1891-1965) appartient à la seconde catégorie. Si le logo Alfa Romeo est aujourd’hui entouré d’une aura de sportivité indestructible, c’est grâce à lui.

    Pourtant, rien ne prédestinait ce Turinois d’origine hongroise à devenir le père de la mécanique milanaise. Retour sur le parcours de l’homme qui a transformé Alfa Romeo en machine à gagner.

    Le « vol » d’Enzo Ferrari

    En 1923, Alfa Romeo est en crise de résultats. Les voitures sont belles, mais elles cassent ou manquent de puissance face aux Fiat qui dominent tout. Le jeune pilote de l’époque, un certain Enzo Ferrari, va voir Nicola Romeo et lui dit : « Si nous voulons gagner, il nous faut des hommes de chez Fiat. »

    Ferrari part à Turin et réussit à convaincre Vittorio Jano de trahir Fiat pour rejoindre le Portello. Ce transfert va changer l’histoire. Jano arrive avec une rigueur quasi-militaire et une vision claire : une voiture de course ne doit pas seulement être rapide, elle doit être fiable.

    La P2 et la couronne de lauriers

    À peine arrivé, Jano se met au travail. En quelques mois, il conçoit l’Alfa Romeo P2. Une révolution : moteur 8 cylindres en ligne, compresseur, et une fiabilité à toute épreuve. Le résultat est immédiat et foudroyant. En 1925, la P2 remporte le tout premier Championnat du Monde des Constructeurs.

    C’est pour célébrer cette victoire mondiale, offerte par Jano, qu’Alfa Romeo ajoute une couronne de lauriers autour de son logo. Chaque fois que vous regardez cet écusson sur une calandre, c’est un hommage indirect à Vittorio Jano.

    La dynastie 6C et 8C : L’architecte de l’âge d’or

    Mais Jano ne s’arrête pas là. Il va créer une lignée de moteurs qui servira de colonne vertébrale à la marque pendant plus d’une décennie.

    • La 6C (1500, 1750) : Légère, agile, elle domine les Mille Miglia.
    • La 8C (2300, 2900) : Son chef-d’œuvre. Un moteur 8 cylindres en deux blocs de 4, gavé par compresseur. C’est ce moteur qui gagnera quatre fois de suite au Mans (1931-1934) et dominera les Grands Prix avec la P3.

    La philosophie de Jano tenait en une phrase : « Une voiture doit être belle, mais sa beauté doit venir de sa fonction. » Ses moteurs étaient des sculptures d’aluminium, non pas par coquetterie, mais par souci de performance thermique et de légèreté.

    La fin d’une ère et l’héritage

    L’histoire d’amour s’achève brutalement en 1937, après l’échec de la monoplace 12C. Jano, homme fier et intransigeant, quitte Alfa Romeo pour Lancia (où il créera la mythique Aurelia) puis rejoindra Ferrari pour concevoir les moteurs V6 « Dino ».

    Il disparaît en 1965, mais son ombre plane toujours sur le Biscione. Vittorio Jano a appris à Alfa Romeo l’exigence de la compétition. Il a transformé un constructeur local en légende mondiale. Sans lui, le Cuore Sportivo ne battrait pas aussi fort.