Étiquette : V6 Busso

  • Sbarro Issima : Quand le génie de Franco Sbarro redonnait vie au mythe « Bimotore » d’Alfa Romeo

    Sbarro Issima : Quand le génie de Franco Sbarro redonnait vie au mythe « Bimotore » d’Alfa Romeo

    Dans le panorama automobile, il existe des créations qui ne répondent à aucune logique industrielle, mais qui s’affirment comme de purs gestes théoriques. La Sbarro Issima, conçue par l’inventeur autodidacte Franco Sbarro dans son atelier de Grandson, est de celles-là. Plus qu’une supercar des années 90, elle demeure une preuve de liberté créative absolue, née d’une collaboration étroite avec le Centro Stile Alfa Romeo.

    L’héritage de la Bimotore de 1935

    L’idée de l’Issima n’est pas née par hasard. C’est en observant la célèbre Alfa Romeo Bimotore de 1935 au Musée d’Arese que Franco Sbarro a trouvé son inspiration. Il a voulu s’inscrire dans cette tradition milanaise où l’audace technique — ici, la multiplication des moteurs — servait de réponse aux limites de la technologie de l’époque.

    Un « V12 » né de la fusion de deux V6 Busso

    Le cœur de l’Issima est un chef-d’œuvre de synchronisation mécanique. Sbarro a choisi d’accoupler deux moteurs V6 3.0L 24 soupapes d’origine Alfa Romeo, montés en ligne sous un capot interminable.

    • Puissance totale : Environ 500 chevaux.
    • Architecture : Un système de courroies et de poulies rendait les deux blocs solidaires de l’arbre de transmission.
    • Équilibre : Pour compenser la masse imposante à l’avant, Sbarro a adopté un schéma Transaxle avec une boîte automatique à quatre rapports (issue de la Porsche 928) placée à l’arrière.
    • Poids : Un poids contenu de 1 200 kg, avec une répartition des masses idéale de 50-50.

    La « Beauté Nécessaire » selon Walter de Silva

    Le projet n’était pas l’œuvre d’un homme seul. Le Centro Stile Alfa Romeo, alors dirigé par Walter de Silva, a activement participé au développement, épaulé par les ingénieurs Jacoponi et Di Giusto.

    De Silva décrivait l’Issima non pas comme une sculpture gratuite, mais comme une « beauté nécessaire » : une forme dictée par la complexité mécanique sous-jacente. Le design se caractérise par :

    • Une ligne en coin : Rendue possible par une légère inclinaison vers l’avant des deux moteurs.
    • Des portes à ouverture en élytre : Pour un spectacle visuel à la hauteur de la fiche technique.
    • Un cockpit minimaliste : Un simple compte-tours face au conducteur, le reste des commandes étant déporté sur la console centrale.

    Un manifeste contre la rationalisation

    Dans une époque qui tendait déjà vers la rationalisation des plateformes, l’Issima affirmait que l’automobile pouvait encore être un dispositif capable d’exprimer une idée pure avant de satisfaire une demande du marché.

    Bien qu’elle ne soit jamais entrée en production, elle reste un épisode précieux de l’histoire du Biscione : la démonstration que la mécanique, libérée des contraintes industrielles, redevenait une matière à penser.

  • Légende : Alfa Romeo Alfetta GTV6, le « Violon » des années 80

    Légende : Alfa Romeo Alfetta GTV6, le « Violon » des années 80

    Si les années 80 devaient avoir une bande-son, pour un Alfiste, ce ne serait pas du Michael Jackson ou du Queen. Ce serait le son du V6 2.5 litres d’une GTV6. Lancée en novembre 1980, cette voiture n’est pas une simple évolution du coupé Alfetta GT dessiné par Giugiaro en 1974. C’est une métamorphose. Elle transforme un coupé équilibré mais parfois jugé un peu tendre en une véritable machine à sensations.

    Avec elle, Alfa Romeo prouve qu’on peut marier la rigueur technique (l’architecture Transaxle) avec la passion pure (le moteur).

    La Bosse : Signature visuelle accidentelle

    Le design de la GTV6 est l’œuvre du maître Giorgetto Giugiaro. C’est un profil en « coin », tendu, agressif, typique de cette époque. Mais ce qui distingue la GTV6 de toutes les autres, c’est son capot. Lorsqu’il a fallu installer le nouveau moteur V6 à la place du 4 cylindres, les ingénieurs se sont rendu compte… qu’il ne rentrait pas ! Le plénum d’admission était trop haut. Plutôt que de redessiner toute la voiture, ils ont ajouté un bossage en plastique noir sur le capot. Ce qui aurait pu être un bricolage disgracieux est devenu la signature culte du modèle. Cette « bosse » prévenait tout le monde : « Attention, il y a du monde là-dessous. »

    Le Cœur : Le premier grand récital du Busso

    Sous cette bosse se cache la pièce maîtresse : le V6 à 60° conçu par Giuseppe Busso. Alimenté par une injection électronique Bosch L-Jetronic (une modernité pour l’époque), il développe 160 chevaux. Mais les chiffres ne disent pas tout. Ce moteur est élastique, plein à tous les régimes, et surtout, il chante. À bas régime, il grogne. Passé 4 000 tr/min, il hurle avec une tonalité métallique qui donne la chair de poule. C’est l’un des meilleurs moteurs de série jamais produits.

    L’équilibre parfait : L’architecture Transaxle

    La GTV6 n’est pas qu’un moteur (même si c’est tentant de le croire). C’est aussi un châssis redoutable. Elle reprend l’architecture de l’Alfetta : le moteur est à l’avant, mais la boîte de vitesses, l’embrayage et le différentiel sont à l’arrière (pont De Dion). Résultat ? Une répartition des masses idéale de 50/50. Là où les Porsche 911 de l’époque étaient délicates à piloter, la GTV6 était saine, précise et virait à plat. Seule sa commande de boîte, un peu lente et caoutchouteuse, trahissait la distance entre le levier et la boîte.

    Une star de cinéma

    La GTV6 a marqué la culture populaire. Tout le monde se souvient de la course-poursuite d’anthologie dans le James Bond Octopussy (1983). Roger Moore vole une GTV6 à une citoyenne allemande et sème la police et les méchants dans une série de dérapages contrôlés (réalisés par le cascadeur Rémy Julienne). Cette scène a fait plus pour la réputation de la voiture que n’importe quelle publicité.

    L’Héritage

    Produite jusqu’en 1987, la GTV6 est aujourd’hui l’une des Youngtimers les plus recherchées. Elle représente le dernier âge d’or des coupés propulsion Alfa Romeo accessibles. Elle est la preuve qu’une voiture n’a pas besoin d’être parfaite (la finition était… italienne, la rouille guettait) pour être inoubliable. Il suffit qu’elle ait une âme.

  • Portrait : Giuseppe Busso, le Maestro qui a donné sa voix à Alfa Romeo

    Portrait : Giuseppe Busso, le Maestro qui a donné sa voix à Alfa Romeo

    Si vous demandez à un Alfiste pourquoi il a acheté sa voiture, il vous parlera de la ligne. Mais si vous lui demandez pourquoi il l’aime, il vous parlera du son. Ce timbre rauque, métallique, qui monte dans les tours comme un ténor à la Scala. Ce frisson auditif a un créateur, un véritable luthier de la mécanique : Giuseppe Busso (1913-2006).

    Designer, ingénieur, artiste : il est l’homme qui a prouvé qu’un moteur pouvait avoir une âme.

    L’ombre des géants

    Comme beaucoup de grands de cette époque, Busso a fait ses armes à l’école de la rigueur. Passé par Fiat, il rejoint Alfa Romeo en 1937 sous les ordres de Vittorio Jano. Il fera une infidélité à la marque après la guerre pour travailler chez Ferrari (sur la 125 S), mais l’appel du Portello sera plus fort.

    En 1948, il revient chez Alfa pour devenir le bras droit d’Orazio Satta Puliga. Ensemble, ils forment un duo redoutable. Si Satta Puliga a la vision industrielle globale, Busso est le génie technique qui trouve les solutions. On lui doit le développement du fameux « double arbre » 4 cylindres de la 1900 et de la Giulietta, mais aussi la mécanique sophistiquée de l’Alfetta (le système Transaxle).

    Le Chef-d’œuvre : Le « V6 Busso »

    Mais son nom est entré dans la légende au début des années 70. Alfa Romeo a besoin d’un moteur noble pour son haut de gamme. Busso s’enferme dans son bureau et dessine un V6 à 60 degrés. Lorsqu’il apparaît en 1979 sous le capot de l’Alfa 6, c’est un choc. Souple, rageur, mélodieux.

    Ce moteur va connaître une longévité exceptionnelle, traversant les décennies et les modèles :

    • De la GTV6 (où il devient une icône de rallye),
    • À la 75 et la 164,
    • Jusqu’à son apogée dans les 156 GTA et 147 GTA avec la version 3.2L de 250 chevaux.

    Ce n’était pas le moteur le plus puissant du monde, ni le plus économe. Mais c’était (et c’est toujours) le plus beau. Avec ses pipes d’admission chromées brillantes sous le capot, le « Busso » est souvent qualifié de « Violon d’Arese ». C’est l’un des rares moteurs que l’on a envie d’exposer dans son salon.

    Une fin digne d’un opéra

    L’histoire de Giuseppe Busso se termine par une coïncidence troublante, qui nourrit la légende. Le 31 décembre 2005, la production du V6 historique s’arrête définitivement à l’usine d’Arese, tuée par les normes de pollution Euro 4. Trois jours plus tard, le 3 janvier 2006, Giuseppe Busso s’éteint à l’âge de 92 ans.

    Les Alfistes aiment à dire que le père n’a pas supporté de survivre à son fils. Lors de ses funérailles, une foule de passionnés s’est rassemblée. À la sortie du cercueil, pas de minute de silence. Juste le démarrage simultané de dizaines de V6 qui ont fait rugir leur « Musica » vers le ciel. Un dernier adieu au Maestro.

    L’héritage

    Aujourd’hui, une Alfa Romeo équipée d’un moteur Busso est un collector (la cote des GTA s’envole). Giuseppe Busso nous a laissé une leçon : la performance chiffrée est oubliable, l’émotion, elle, est éternelle.

  • DTM 1993 : L’année où l’Alfa 155 V6 TI a fait pleurer l’Allemagne

    DTM 1993 : L’année où l’Alfa 155 V6 TI a fait pleurer l’Allemagne

    Il y a des victoires qui sont sportives, et d’autres qui sont punitives. Ce qui s’est passé en 1993 sur les circuits allemands relève de la seconde catégorie. À cette époque, le championnat de tourisme allemand (DTM) est la chasse gardée de Mercedes. C’est leur terrain de jeu, leur vitrine technologique. Personne n’imagine qu’un constructeur étranger puisse venir les défier, encore moins pour sa première année de participation.

    Pourtant, Alfa Romeo va débarquer avec une machine qui va devenir une icône absolue : la 155 V6 TI.

    Le Monstre : 11 500 tr/min de fureur

    Pour comprendre ce braquage à l’italienne, il faut soulever le capot. L’ingénieur Sergio Limone a profité d’un règlement FIA très permissif (Classe 1) pour créer un monstre. Sous l’apparence d’une berline 155 bodybuildée se cache un châssis tubulaire en carbone et une transmission intégrale sophistiquée (dérivée de la Lancia Delta Integrale). Mais la pièce maîtresse, c’est le moteur : le légendaire V6 Busso (encore lui !), ici dans une version 2.5L poussée à l’extrême. Il développe 420 chevaux et hurle jusqu’à 11 800 tr/min. Un son strident, métallique, inoubliable, qui tranche avec le bruit grave des V8 Mercedes.

    Le Choc de Zolder

    Dès la première course de la saison, sous la pluie de Zolder en Belgique, le ton est donné. Nicola Larini, le pilote vedette d’Alfa Corse, ne se contente pas de gagner. Il domine. La 155, avec ses quatre roues motrices, danse sous le déluge là où les Mercedes propulsion, lourdes et pataudes, partent à la faute. Le message est clair : « Nous ne sommes pas venus faire de la figuration. »

    L’humiliation du Nürburgring

    Le point d’orgue de la saison a lieu sur la Nordschleife, l’Enfer Vert. Gagner au Nürburgring, c’est gagner le respect éternel. Lors de cette manche, Nicola Larini réalise l’impensable. Il remporte les deux courses du week-end, laissant la Mercedes de l’idole locale, Bernd Schneider, loin dans ses rétroviseurs. Voir une voiture rouge au trèfle vert franchir la ligne en tête devant des tribunes allemandes médusées reste l’une des images les plus fortes de l’histoire moderne de la marque.

    Championnat du Premier Coup

    La saison se transforme en marche triomphale. Alfa Romeo remporte 12 victoires sur 20 courses. Nicola Larini est sacré champion des pilotes, et Alfa Romeo champion des constructeurs.

    Cette victoire de 1993 a eu un impact colossal. Elle a prouvé que la technologie italienne (électronique, transmission intégrale, moteur) était supérieure à la rigueur allemande. Aujourd’hui, la 155 V6 TI avec sa livrée Martini ou rouge Alfa est devenue une légende, star des jeux vidéo et des rassemblements historiques. Elle nous rappelle qu’une berline familiale Alfa Romeo a toujours un cœur de pistarde.

  • Vidéo : L’Alfa Romeo 166, la dernière « Ammiraglia », réhabilitée par Davide Cironi

    Vidéo : L’Alfa Romeo 166, la dernière « Ammiraglia », réhabilitée par Davide Cironi

    C’est souvent le sort des grandes berlines Alfa Romeo : critiquées à leur sortie, oubliées ensuite, pour finir par devenir des objets de culte une fois qu’il est trop tard. L’Alfa Romeo 166 ne déroge pas à la règle. Mais heureusement, des puristes comme Davide Cironi sont là pour remettre l’église au milieu du village.

    Dans cette vidéo publiée sur sa chaîne Drive Experience, le célèbre essayeur italien s’attaque à celle qui fut la dernière véritable grande routière du Biscione avant une longue pause. Et pas n’importe laquelle : une version motorisée par le légendaire V6 Busso.

    La fin d’une époque

    Comme le souligne Cironi avec sa ferveur habituelle, la 166 (projet 936) avait la lourde tâche de succéder à la 164. Dessinée par le Centro Stile sous la direction de Walter de Silva, elle affichait des lignes tendues, un profil de coupé quatre portes avant l’heure, et ce fameux regard « triste » des phases 1 qui a tant fait couler d’encre (avant d’être corrigé par le restylage de 2003).

    Mais au-delà de l’esthétique, cette vidéo nous rappelle que la 166 était une voiture techniquement aboutie. Avec sa suspension avant à double triangulation et son train arrière multibras sophistiqué, elle offrait un compromis confort/sportivité que les Allemandes de l’époque (BMW Série 5 E39, Mercedes Classe E) avaient du mal à égaler sur le pur plan du plaisir de conduite.

    Le chant du cygne du V6 Busso

    Le cœur de cette vidéo, c’est évidemment le moteur. Davide Cironi met des mots sur ce que tout Alfiste ressent en tournant la clé d’une 166 V6 : l’émotion. C’était l’une des dernières voitures à accueillir le V6 « Arese » dans sa forme la plus pure, avant l’arrivée des blocs GM sur la 159. Entendre le Busso monter dans les tours dans le confort feutré d’une berline de luxe crée une dissonance cognitive délicieuse : c’est une voiture de ministre, mais avec le cœur d’une voiture de course.

    Pourquoi il faut regarder cette vidéo

    Cironi ne se contente pas de conduire, il raconte une histoire. Celle d’une voiture incomprise, peut-être sortie trop tard, peut-être mal vendue, mais qui, aujourd’hui, représente une opportunité incroyable en collection (Youngtimer). Regarder cette vidéo, c’est comprendre que la 166 n’était pas juste une « grosse voiture ». C’était une Alfa Romeo, une vraie, capable de vous donner le sourire dans un virage serré tout en transportant quatre personnes dans un luxe à l’italienne.

    Montez le son, profitez de la mélodie du V6, et redécouvrez la 166 comme elle le mérite.