Étiquette : Raymond Sommer

  • 24H du Mans 1932 : L’homme de fer, la fièvre et l’Alfa Romeo 8C

    24H du Mans 1932 : L’homme de fer, la fièvre et l’Alfa Romeo 8C

    Gagner les 24 Heures du Mans une fois peut être un coup de chance. Gagner deux fois de suite, c’est une domination. En 1932, Alfa Romeo revient au Mans avec un statut de favori, mais l’histoire qui va s’écrire les 18 et 19 juin dépasse le simple cadre sportif. C’est la naissance d’une légende : celle de l’Alfa Romeo 8C 2300 comme machine indestructible, et celle de Raymond Sommer comme « Cœur de Lion ».

    David contre Goliath (en interne)

    Cette année-là, l’opposition est affaiblie (Bentley n’est plus là, Mercedes non plus). Le danger vient de l’intérieur. Trois Alfa Romeo officielles sont engagées, pilotées par des pointures comme Caracciola.

    Face à cette armada d’usine, une 8C 2300 privée se présente. Elle appartient à un jeune français fortuné, Raymond Sommer, qui l’a achetée de sa poche. Pour l’épauler, il fait appel à un Italien talentueux qui deviendra une figure clé de l’histoire automobile : Luigi Chinetti.

    20 heures au volant : La naissance d’un mythe

    La course démarre et très vite, la 8C privée de Sommer et Chinetti se bat en tête. Mais le drame survient dans la soirée. Luigi Chinetti tombe malade (selon la légende, intoxiqué par les vapeurs d’échappement ou victime d’une fièvre soudaine). Il est incapable de tenir son relais normalement.

    Raymond Sommer prend alors une décision insensée : il ne s’arrêtera pas. Ou presque. Sur les 24 heures de course, le Français va conduire pendant près de 20 heures. Une performance physique inimaginable aujourd’hui, d’autant plus que le châssis court de sa 8C (contrairement aux châssis longs de 1931) rend la voiture nerveuse et épuisante à piloter sur les bosses du Mans.

    Le doublé du Biscione

    Pendant que Sommer lutte contre la fatigue, la mécanique de Vittorio Jano, elle, ne bronche pas. Le 8 cylindres suralimenté chante sans la moindre ratée. La principale menace vient d’une autre Alfa, celle de Cortese et Guidotti. Mais ils ne parviendront jamais à rattraper le « privé » héroïque.

    Au drapeau à damier, l’Alfa Romeo n°8 franchit la ligne en vainqueur après avoir couvert 2 954 km. La deuxième place revient à l’Alfa de Cortese. C’est un doublé retentissant.

    La consécration

    Cette victoire de 1932 a une saveur particulière. Elle prouve qu’une Alfa Romeo « sortie d’usine », achetée par un client, est capable de battre les voitures officielles sur la plus grande course du monde. Elle scelle aussi l’amitié franco-italienne autour de la marque.

    Raymond Sommer a prouvé qu’il avait un cœur de lion, mais il n’aurait rien pu faire sans le cœur d’acier de son Alfa 8C.