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  • 24H du Mans 1933 : Nuvolari, sans freins, remporte le duel du siècle sur le fil

    24H du Mans 1933 : Nuvolari, sans freins, remporte le duel du siècle sur le fil

    En 1933, Alfa Romeo n’a plus besoin de battre les autres constructeurs. La marque est devenue si dominatrice qu’elle ne se bat plus que contre elle-même. Mais cette édition des 24 Heures du Mans va offrir au public le scénario le plus incroyable de l’histoire de l’avant-guerre, un duel fratricide qui se terminera par un écart infime de 401 mètres après 3 000 km de course !

    Le « Dream Team » face au tenant du titre

    Sur la grille de départ, une voiture attire tous les regards : l’Alfa Romeo 8C 2300 n°11. Son équipage est tout simplement royal. D’un côté, Raymond Sommer, le héros de l’édition 1932 (le fameux « Cœur de Lion »). De l’autre, la légende vivante, le « Mantouan Volant », Tazio Nuvolari. C’est sa première participation au Mans, et il compte bien ajouter ce trophée à son palmarès.

    Face à eux, dans l’Alfa n°8, on retrouve Luigi Chinetti (l’ancien coéquipier de Sommer !) associé à Philippe de Gunzbourg. La guerre psychologique est déclarée.

    Une course poursuite infernale

    La course se résume vite à un duel acharné entre la n°11 et la n°8. Les deux équipages battent le record du tour à la chaîne. Mais la mécanique s’en mêle. L’Alfa de Nuvolari et Sommer est victime d’une fuite de réservoir d’essence. Le règlement interdit de ravitailler trop souvent. L’équipe doit colmater la fuite avec les moyens du bord (du savon et du chewing-gum, dit la légende !) à chaque arrêt, faisant perdre un temps précieux.

    À chaque fois que la n°11 repart, Nuvolari et Sommer doivent cravacher comme des fous pour rattraper le retard sur Chinetti, qui gère sa course en tête.

    Le dernier tour sans freins

    Nous sommes dans la dernière heure. Tazio Nuvolari est au volant. Il a rattrapé Chinetti. Les deux Alfa Romeo roulent pare-chocs contre pare-chocs à plus de 200 km/h dans les Hunaudières.

    C’est là que le mythe s’écrit. Nuvolari s’aperçoit que ses freins lâchent. La pédale va au plancher. N’importe qui aurait levé le pied pour assurer la deuxième place. Pas Nuvolari. Il compense l’absence de freins par des rétrogradages violents et des glissades contrôlées.

    Dans le tout dernier tour, Chinetti commet une petite erreur (gêné par un retardataire ou fatigué par la pression). Il n’en faut pas plus. Nuvolari plonge, le double, et franchit la ligne d’arrivée avec seulement 9 secondes d’avance (environ 400 mètres) sur son rival.

    Le triplé et la gloire

    Ce final éblouissant offre à Alfa Romeo son troisième succès consécutif dans la Sarthe. Pour parachever le triomphe, la troisième marche du podium est aussi occupée par une 8C (celle de Lewis et Rose-Richards).

    Tazio Nuvolari a prouvé ce jour-là qu’il n’était pas seulement un sprinter de Grand Prix, mais un guerrier capable de gérer l’impossible sur 24 heures. Quant à l’Alfa 8C 2300, elle entre définitivement au panthéon des voitures invincibles.

  • 24H du Mans 1932 : L’homme de fer, la fièvre et l’Alfa Romeo 8C

    24H du Mans 1932 : L’homme de fer, la fièvre et l’Alfa Romeo 8C

    Gagner les 24 Heures du Mans une fois peut être un coup de chance. Gagner deux fois de suite, c’est une domination. En 1932, Alfa Romeo revient au Mans avec un statut de favori, mais l’histoire qui va s’écrire les 18 et 19 juin dépasse le simple cadre sportif. C’est la naissance d’une légende : celle de l’Alfa Romeo 8C 2300 comme machine indestructible, et celle de Raymond Sommer comme « Cœur de Lion ».

    David contre Goliath (en interne)

    Cette année-là, l’opposition est affaiblie (Bentley n’est plus là, Mercedes non plus). Le danger vient de l’intérieur. Trois Alfa Romeo officielles sont engagées, pilotées par des pointures comme Caracciola.

    Face à cette armada d’usine, une 8C 2300 privée se présente. Elle appartient à un jeune français fortuné, Raymond Sommer, qui l’a achetée de sa poche. Pour l’épauler, il fait appel à un Italien talentueux qui deviendra une figure clé de l’histoire automobile : Luigi Chinetti.

    20 heures au volant : La naissance d’un mythe

    La course démarre et très vite, la 8C privée de Sommer et Chinetti se bat en tête. Mais le drame survient dans la soirée. Luigi Chinetti tombe malade (selon la légende, intoxiqué par les vapeurs d’échappement ou victime d’une fièvre soudaine). Il est incapable de tenir son relais normalement.

    Raymond Sommer prend alors une décision insensée : il ne s’arrêtera pas. Ou presque. Sur les 24 heures de course, le Français va conduire pendant près de 20 heures. Une performance physique inimaginable aujourd’hui, d’autant plus que le châssis court de sa 8C (contrairement aux châssis longs de 1931) rend la voiture nerveuse et épuisante à piloter sur les bosses du Mans.

    Le doublé du Biscione

    Pendant que Sommer lutte contre la fatigue, la mécanique de Vittorio Jano, elle, ne bronche pas. Le 8 cylindres suralimenté chante sans la moindre ratée. La principale menace vient d’une autre Alfa, celle de Cortese et Guidotti. Mais ils ne parviendront jamais à rattraper le « privé » héroïque.

    Au drapeau à damier, l’Alfa Romeo n°8 franchit la ligne en vainqueur après avoir couvert 2 954 km. La deuxième place revient à l’Alfa de Cortese. C’est un doublé retentissant.

    La consécration

    Cette victoire de 1932 a une saveur particulière. Elle prouve qu’une Alfa Romeo « sortie d’usine », achetée par un client, est capable de battre les voitures officielles sur la plus grande course du monde. Elle scelle aussi l’amitié franco-italienne autour de la marque.

    Raymond Sommer a prouvé qu’il avait un cœur de lion, mais il n’aurait rien pu faire sans le cœur d’acier de son Alfa 8C.