Étiquette : Franco Scaglione

  • Légende : Alfa Romeo Giulietta Sprint, la « Fiancée de l’Italie »

    Légende : Alfa Romeo Giulietta Sprint, la « Fiancée de l’Italie »

    Il est rare qu’une voiture devienne le symbole d’un pays tout entier. En 1954, l’Italie se relève de la guerre et rêve de modernité, de vitesse et d’élégance. Alfa Romeo va lui offrir tout cela dans une seule voiture : la Giulietta.

    Surnommée « la fidanzata d’Italia » (la fiancée de l’Italie), elle n’est pas seulement une automobile. C’est le symbole du miracle économique italien, la preuve que le rêve est accessible.

    Une naissance à l’envers : Le Coupé avant la Berline

    L’histoire de la Giulietta commence par une anecdote incroyable. Pour financer son développement, Alfa Romeo avait lancé une souscription publique (une sorte de loterie nationale). Les gagnants devaient recevoir la nouvelle voiture. Mais le développement de la version berline prend du retard. Pour ne pas décevoir le public et honorer les billets de loterie, la direction prend une décision inédite dans l’histoire automobile : lancer le coupé sportif avant la voiture familiale.

    C’est ainsi qu’au Salon de Turin 1954, la Giulietta Sprint est dévoilée. Dessinée par la carrosserie Bertone (et le coup de crayon de Franco Scaglione), elle coupe le souffle du public. Elle est petite, pure, sans fioritures, d’une élégance intemporelle.

    Un cœur de course dans une voiture de série

    Si la ligne séduit, c’est la fiche technique qui va créer la légende. À l’époque, une voiture de cette taille (1300 cm³) a souvent un moteur en fonte poussif de 40 chevaux. L’ingénieur Giuseppe Busso et ses équipes vont installer sous le capot de la Giulietta un bijou de technologie : un moteur tout en aluminium à double arbre à cames en tête (le fameux Bialbero).

    Ce petit 1.3L développe 65 chevaux, puis 80 chevaux dans les versions Veloce. Grâce à un poids plume de 850 kg, la Giulietta Sprint file à 165 km/h. Elle laisse sur place des voitures bien plus grosses et plus chères. C’était une véritable voiture de course vendue au prix d’une voiture bourgeoise.

    La démocratisation du « Virus Alfa »

    Avec la Giulietta Sprint, Alfa Romeo change de dimension. On ne fabrique plus quelques centaines de voitures par an, mais des milliers. L’usine du Portello tourne à plein régime. La Giulietta devient la star du cinéma (on la voit dans les films de Fellini), la voiture des jeunes premiers et des pilotes amateurs. Elle invente la catégorie des petites GT abordables.

    Pour beaucoup d’Alfistes, c’est avec elle que tout a commencé. Elle a défini la recette qui sera reprise par la Giulia, l’Alfetta et toutes les compactes sportives qui suivront : un moteur brillant, un style à tomber par terre et un plaisir de conduite absolu.

    L’Héritage

    Produite pendant plus de 10 ans, la Giulietta (dans toutes ses versions : Sprint, Spider, Berline, SZ) sera vendue à près de 177 000 exemplaires. Un record pour l’époque. Aujourd’hui, une belle Giulietta Sprint des années 50 est une pièce de collection très prisée, incarnant à jamais la Dolce Vita sur quatre roues.

  • Légende : Alfa Romeo 33 Stradale, simplement la plus belle voiture du monde ?

    Légende : Alfa Romeo 33 Stradale, simplement la plus belle voiture du monde ?

    Dans l’histoire de l’automobile, il y a les voitures de sport, les supercars, et puis il y a la 33 Stradale. Quand on demande aux plus grands designers (de Gandini à Giugiaro) quelle est leur référence absolue, ce nom revient inlassablement. Dévoilée en 1967, à la veille de la révolution de mai 68, cette voiture n’était pas une contestation, mais une révélation.

    Elle représente l’instant T où Alfa Romeo a atteint la perfection, fusionnant la brutalité de la course et la sensualité du design italien.

    Une bête de course en robe de soirée

    La 33 Stradale n’est pas une voiture de route adaptée pour la piste. C’est le contraire. Il s’agit littéralement du châssis de compétition de la Tipo 33 d’Autodelta, habillé pour la route. Sous sa carrosserie se cache une technologie de pointe pour l’époque : un châssis tubulaire en « H » intégrant les réservoirs de carburant, du magnésium pour alléger les composants, et un poids plume de seulement 700 kg.

    Mais ce qui frappe, c’est ce que Franco Scaglione a fait de cette base technique. Il a dessiné une carrosserie en aluminium d’une fluidité irréelle, haute de seulement 99 centimètres ! C’est aussi la toute première voiture de série au monde à adopter des portes en élytre (papillon), bien avant que Lamborghini n’en fasse sa signature.

    Le V8 de poche qui hurle à 10 000 tours

    Le cœur de la 33 Stradale est tout aussi mythique que sa robe. Il s’agit d’un petit V8 de 2.0 litres (1 995 cm³). Cela peut sembler modeste aujourd’hui, mais c’est un moteur de pure compétition conçu par Carlo Chiti. Il développe 230 chevaux, ce qui, rapporté au poids plume, offrait des performances stratosphériques pour 1967 : le 0 à 100 km/h en 5,5 secondes et 260 km/h en pointe.

    Mais les chiffres ne disent rien de la sonorité. Ce moteur prend 10 000 tours/minute, délivrant un hurlement métallique, strident, qui donne la chair de poule. C’est une symphonie mécanique sans filtre.

    Plus chère qu’une Ferrari, plus rare qu’une licorne

    À sa sortie, la 33 Stradale était la voiture la plus chère du marché (9 750 000 lires), coûtant bien plus qu’une Lamborghini Miura ou une Ferrari de l’époque. Sa production fut confidentielle et artisanale. Seulement 18 châssis ont été produits, et on estime que moins de 12 ont été réellement carrossés en version « Stradale » par Scaglione (les autres ayant servi pour des concepts cars comme la Carabo).

    L’Héritage

    Aujourd’hui, une 33 Stradale est inestimable (on parle de plus de 10 à 15 millions d’euros si l’une d’elles venait à être vendue). Elle est le symbole de l’âge d’or d’Alfa Romeo. Son influence est telle que la marque a décidé de la ressusciter en 2023 avec la nouvelle 33 Stradale (série limitée à 33 exemplaires), prouvant que 50 ans plus tard, ce dessin n’a pas pris une ride.

    Elle reste la preuve éternelle qu’une voiture peut être une œuvre d’art.