Étiquette : Avant-guerre

  • Légende : Alfa Romeo 8C 2900B Lungo, la plus précieuse de toutes

    Légende : Alfa Romeo 8C 2900B Lungo, la plus précieuse de toutes

    Si vous pensez qu’Alfa Romeo est une marque de voitures sportives accessibles, vous avez raison pour l’après-guerre. Mais il fut un temps, dans les années 30, où le Biscione regardait Rolls-Royce et Bugatti de haut. Le point culminant de cette ère aristocratique est l’Alfa Romeo 8C 2900B Touring Berlinetta, en particulier dans sa version châssis long (Lungo).

    Dévoilée en 1937, cette voiture est souvent qualifiée par les experts de « l’Immortelle ». Elle est l’équivalent italien de la Bugatti Type 57SC Atlantic : le summum de la technologie, du luxe et de la beauté.

    Le moteur de Grand Prix sur la route

    Sous son capot interminable (qui occupe la moitié de la voiture !) se cache le chef-d’œuvre de l’ingénieur Vittorio Jano. C’est un 8 cylindres en ligne de 2,9 litres, suralimenté non pas par un, mais par deux compresseurs Roots. Ce moteur n’était pas un moteur civil : il provenait directement de la Tipo B (P3) de Grand Prix qui avait battu les écuries nazies. Il développait 180 chevaux, une puissance démentielle pour une voiture de route de 1937, lui permettant de filer à 175 km/h dans un confort royal.

    La robe « Superleggera » de Touring

    Si le moteur est une cathédrale, la carrosserie est une sculpture. La majorité des 8C 2900B ont été habillées par le carrossier milanais Touring. Elles utilisaient le procédé breveté Superleggera : de fins tubes d’acier formant la structure, recouverts de feuilles d’aluminium martelées à la main. Le résultat est une ligne d’une fluidité liquide. Les ailes « ponton » s’étirent jusqu’à l’arrière, l’habitacle est rejeté loin derrière les roues avant, et la calandre inclinée semble fendre l’air. C’est l’Art Déco sur quatre roues.

    La voiture des Rois

    Produite à une poignée d’exemplaires (on estime qu’il existe moins de 10 Berlinetta Touring Lungo sur la trentaine de châssis 2.9 produits), la 8C 2900B était réservée à l’élite mondiale. Rois, maharadjahs, stars de cinéma… C’était la voiture la plus rapide et la plus luxueuse que l’argent pouvait acheter. Elle coûtait une fortune, mais elle offrait quelque chose d’unique : la capacité de gagner une course le dimanche et de parader au concours d’élégance le lundi, sans changer une bougie.

    Le Graal des collectionneurs

    Aujourd’hui, l’Alfa Romeo 8C 2900B Lungo est intouchable. C’est la reine des concours d’élégance modernes. Elle a remporté le « Best of Show » à Pebble Beach et à la Villa d’Este à de multiples reprises. Quant à sa valeur ? Elle est inestimable. Les rares transactions se font en privé, mais on parle de montants dépassant les 20 à 25 millions d’euros.

    Elle reste à jamais le témoignage de l’époque où Alfa Romeo était, sans contestation possible, la meilleure marque du monde.

  • Légende : Alfa Romeo 6C 1750, la reine invincible de l’avant-guerre

    Légende : Alfa Romeo 6C 1750, la reine invincible de l’avant-guerre

    Il y a des voitures qui marquent une année, et d’autres qui marquent une ère. L’Alfa Romeo 6C 1750, lancée en 1929, appartient à la noblesse automobile. À la fin des années 20, les voitures de sport sont souvent des engins énormes, lourds, dotés de moteurs gigantesques (comme les Bentley ou les Mercedes de 7 litres).

    Mais à Milan, un homme pense différemment. L’ingénieur Vittorio Jano a une conviction : « Le poids est l’ennemi. » Il va concevoir une voiture compacte, légère et nerveuse qui va ridiculiser les géants de l’époque.

    Le Chef-d’œuvre de Jano

    La 6C 1750 est une évolution de la précédente 1500, mais sublimée. Son nom vient de son architecture : 6 Cylindres en ligne de 1 750 cm³. Dans ses versions les plus affûtées (Gran Sport ou Super Sport), ce moteur est gavé par un compresseur volumétrique (Roots). Il développe entre 85 et 102 chevaux. Cela peut sembler peu aujourd’hui, mais la voiture ne pesait que 840 kg ! Vitesse de pointe ? Plus de 170 km/h sur les routes défoncées de 1930. Une fusée.

    La star des Mille Miglia

    La 6C 1750 est indissociable de la plus belle course du monde : les Mille Miglia. En 1930, Alfa Romeo réalise un exploit retentissant. La marque place quatre 6C 1750 aux quatre premières places ! C’est lors de cette course que s’est déroulé le duel légendaire entre Achille Varzi et Tazio Nuvolari. Au volant de sa 6C 1750 GS Spider Zagato, Nuvolari a éteint ses phares dans la nuit pour surprendre Varzi et le doubler juste avant l’arrivée à Brescia. Cette victoire a prouvé que la 6C n’était pas seulement rapide, elle était une extension du corps du pilote, capable de danser d’un virage à l’autre avec une grâce féline.

    L’art de la carrosserie : Zagato et Touring

    À cette époque, Alfa Romeo vendait le châssis et le moteur, et le client choisissait son carrossier. La 6C 1750 a été habillée par les plus grands maîtres italiens.

    • Zagato a créé les versions « Spider » minimalistes pour la course, d’une beauté brute et fonctionnelle.
    • Touring a créé la fameuse carrosserie « Flying Star », d’une élégance blanche immaculée, qui a gagné des concours d’élégance autant que des courses.

    L’Héritage

    Produite jusqu’en 1933, la 6C 1750 a tout gagné : Targa Florio, Mille Miglia, 24 Heures de Spa, Grand Prix… Elle a posé les fondations du mythe Alfa Romeo : l’excellence mécanique (double arbre à cames, compresseur) au service du plaisir de pilotage.

    Aujourd’hui, c’est l’une des voitures de collection les plus chères au monde. Voir une 6C 1750 démarrer, c’est entendre le son rauque et précis de l’histoire qui se met en marche.