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  • Portrait : Carlo Chiti, l’âme volcanique d’Autodelta

    Portrait : Carlo Chiti, l’âme volcanique d’Autodelta

    Dans la mythologie Alfa Romeo, il y a un mot qui résonne comme un cri de guerre : Autodelta. Ce département course, installé à Settimo Milanese, était le temple de la performance dans les années 60 et 70. Et ce temple avait un grand prêtre : l’ingénieur Carlo Chiti (1924-1994).

    Personnage rabelaisien, connu pour son physique imposant et son habitude de promener ses chiens jusque dans les ateliers de F1, Chiti a incarné la passion brute, celle qui ne s’embarrasse pas de compromis.

    De Ferrari à l’indépendance

    Comme beaucoup de génies italiens, Chiti a commencé chez Ferrari (il est le père de la 156 « Sharknose » championne du monde de F1 en 1961). Mais après la célèbre « révolution de palais » où il quitte le Commendatore, il fonde ATS, puis rejoint Alfa Romeo en 1963 pour diriger sa nouvelle structure de compétition : Autodelta.

    Sa mission est simple : faire gagner Alfa Romeo partout. Et il va le faire avec une voracité incroyable.

    La Terreur des circuits : La Giulia GTA

    Sous son impulsion, la paisible Giulia de série va se transformer en bête de course. Chiti supervise la création de la Giulia GTA (Gran Turismo Alleggerita). Il applique une recette radicale : on remplace l’acier par du Peraluman (alliage d’aluminium), on prépare le double arbre avec un double allumage (Twin Spark avant l’heure), et on lâche le tout sur les circuits. Le résultat ? La GTA devient imbattable en Championnat d’Europe de Tourisme, écrasant les Ford et les BMW pendant des années. Chiti avait compris que le rapport poids/puissance était la clé.

    Le rêve du prototype : La Tipo 33

    Mais Carlo Chiti ne se contente pas des voitures de tourisme. Il veut battre Porsche et Ferrari au plus haut niveau. Il lance le projet Tipo 33. C’est sous sa direction que naissent ces prototypes aux moteurs V8 hurlants qui vont tout gagner. L’apogée arrive en 1975 et 1977, quand l’Alfa Romeo 33 TT 12 remporte le Championnat du Monde des Voitures de Sport.

    C’était l’époque glorieuse où les ingénieurs dessinaient les moteurs sur des nappes de restaurant (littéralement, Chiti l’a fait !) et où les victoires se fêtaient avec du Lambrusco dans les stands.

    L’homme derrière la légende

    Carlo Chiti était un ingénieur brillant, mais aussi un homme complexe. On raconte qu’il travaillait la nuit, qu’il était capable de colères homériques suivies de grands éclats de rire. Il aimait ses pilotes comme ses enfants, mais pouvait être impitoyable techniquement.

    Il est aussi l’homme qui a ramené Alfa Romeo en Formule 1 à la fin des années 70, avec le moteur 12 cylindres à plat (le fameux « Boxer » de F1) qui a propulsé les Brabham de Niki Lauda.

    L’Héritage

    Carlo Chiti a quitté Autodelta en 1984, mais son esprit n’est jamais parti. Si aujourd’hui la Giulia GTAm moderne porte ce nom, c’est grâce à lui. Si le trèfle (Quadrifoglio) est synonyme de course, c’est parce que Chiti l’a fait briller sur tous les continents pendant 20 ans.

    Il nous rappelle qu’une Alfa Romeo de course n’est pas faite par des robots, mais par des hommes avec du cambouis sous les ongles et du feu dans les veines.

  • Targa Florio 1971 : Le sacre sicilien de la Tipo 33 et du « Professeur » Vaccarella

    Targa Florio 1971 : Le sacre sicilien de la Tipo 33 et du « Professeur » Vaccarella

    Imaginez une course de 72 kilomètres… par tour. Imaginez 900 virages, des routes de montagne défoncées, des traversées de villages où les spectateurs peuvent toucher les voitures, et une chaleur étouffante. Bienvenue à la Targa Florio, la course la plus ancienne, la plus dangereuse et la plus romantique du monde.

    En 1971, c’est sur ce terrain hostile que l’Alfa Romeo Tipo 33 a écrit l’une de ses plus belles pages, portée par un peuple sicilien en transe.

    Le duel : Alfa Romeo vs Porsche

    Au début des années 70, la Targa Florio est devenue la chasse gardée de Porsche. Les Allemands ont construit une voiture spécifiquement pour ce tracé tortueux : la 908/3. Une sorte de karting ultra-léger, sans puissance mais agile comme un vélo. Face à elle, Alfa Romeo débarque avec la Tipo 33/3. Plus lourde, plus puissante avec son V8 3.0L de 420 chevaux, elle a longtemps été considérée comme trop fragile pour la Sicile. Mais en 1971, Autodelta a revu sa copie. La 33 est devenue robuste. La guerre est déclarée.

    L’idole locale : « Il Preside Volante »

    Si Alfa Romeo a une arme secrète, ce n’est pas seulement son moteur V8. C’est un homme : Nino Vaccarella. Natif de Palerme, Vaccarella n’est pas un pilote comme les autres. Dans la vie civile, il est directeur d’école (d’où son surnom « Il Preside Volante », le Proviseur Volant). Il connaît chaque pierre, chaque virage, chaque nid-de-poule du circuit des Madonie. Pour les 700 000 spectateurs siciliens massés sur les bords des routes, il est un Dieu vivant. Il doit gagner.

    La course : La furie rouge

    Le 16 mai 1971, la bataille s’engage. Vaccarella, associé au Néerlandais Toine Hezemans sur l’Alfa n°5, prend les commandes. La foule hurle à chaque passage du V8 italien. Les Porsche 908 souffrent : elles crèvent, elles cassent, elles sortent de la route, incapables de suivre le rythme imposé par les Alfa.

    Mais le spectacle vient aussi de la deuxième Alfa Romeo (n°2), pilotée par un certain Helmut Marko (oui, l’actuel dirigeant de Red Bull Racing !) et Gijs van Lennep. Marko est déchaîné. Pour rattraper le temps perdu après un début de course difficile, il se lance dans une remontée suicidaire. Il bat le record du tour à plusieurs reprises. Il signe un temps de 33 minutes et 41 secondes, un record absolu qui ne sera jamais battu (la course disparaîtra du calendrier mondial peu après).

    Le doublé historique

    Au terme de 11 tours et plus de 6 heures de course, la délivrance arrive. Nino Vaccarella franchit la ligne en vainqueur. Helmut Marko termine deuxième, assurant un doublé retentissant pour Alfa Romeo.

    La Sicile explose de joie. Les murs des villages sont peints en rouge, les pilotes sont portés en triomphe. Cette victoire de 1971 est symbolique car elle marque la fin de l’hégémonie Porsche sur leur terrain de prédilection. Elle offre à Alfa Romeo sa 10ème victoire à la Targa Florio, un record inégalé qui fait du Biscione le Roi éternel de la Sicile.

  • L’Alfa Romeo Giulia GT Am sacrée « Best of Paddock » lors de l’ASI in Pista 2026

    L’Alfa Romeo Giulia GT Am sacrée « Best of Paddock » lors de l’ASI in Pista 2026

    Le « Biscione » a de nouveau fait mordre la poussière à ses concurrents sur l’asphalte du circuit Tazio Nuvolari. Lors de la deuxième édition de l’Asi in Pista Spring Experience, une légendaire Alfa Romeo Giulia GT Am de 1971 a été couronnée du titre prestigieux de « Best of Paddock ».

    Cet exemplaire, appartenant aux frères Alessandro et Emanuele Morteo, est une pièce de collection d’une rareté exceptionnelle. Il s’agit de l’une des quarante voitures environ préparées à l’époque par le département de course officiel, Autodelta.

    Un pedigree sportif hors du commun

    La Giulia GT Am n’est pas seulement une pièce de musée ; elle possède un palmarès impressionnant forgé sur plus de dix ans de compétitions.

    • Longévité : La voiture a enchaîné les courses sur circuit et les courses de côte, remportant ses dernières victoires dans les années 1980.
    • Domination européenne : Ce modèle a permis à Alfa Romeo de s’imposer lors du Championnat d’Europe de Tourisme en 1971 et 1972.

    Le mystère de la sigle « Am »

    Contrairement à une idée reçue, « Am » ne signifie pas « Allégée ». La sigle signifie Gran Turismo America. Le modèle a en effet été conçu sur la base de la version américaine de la 1750 GT Veloce.

    Techniquement, cette version se distinguait par l’utilisation de l’injection indirecte Spica en lieu et place des traditionnels carburateurs à double corps, un choix qui a grandement contribué à sa compétitivité sur la scène internationale.


    Hommage au « Dragon » : Sandro Munari

    L’événement a également été marqué par une profonde émotion avec la disparition de Sandro Munari, surnommé le « Dragon », survenue juste avant la manifestation. Un mémorial spécial lui a été dédié, remporté par la Lancia Fulvia HF de Bruno Frassi. Ce modèle reste indissociable de la victoire héroïque de Munari au Rallye Monte-Carlo, où il a écrit l’une des plus belles pages du sport automobile italien sur la neige des montagnes françaises.

    L’édition 2026 de l’Asi in Pista a ainsi célébré non seulement le charme intemporel des mécaniques d’Arese, mais aussi les hommes qui les ont transformées en légendes.

  • Légende : Alfa Romeo 33 Stradale, simplement la plus belle voiture du monde ?

    Légende : Alfa Romeo 33 Stradale, simplement la plus belle voiture du monde ?

    Dans l’histoire de l’automobile, il y a les voitures de sport, les supercars, et puis il y a la 33 Stradale. Quand on demande aux plus grands designers (de Gandini à Giugiaro) quelle est leur référence absolue, ce nom revient inlassablement. Dévoilée en 1967, à la veille de la révolution de mai 68, cette voiture n’était pas une contestation, mais une révélation.

    Elle représente l’instant T où Alfa Romeo a atteint la perfection, fusionnant la brutalité de la course et la sensualité du design italien.

    Une bête de course en robe de soirée

    La 33 Stradale n’est pas une voiture de route adaptée pour la piste. C’est le contraire. Il s’agit littéralement du châssis de compétition de la Tipo 33 d’Autodelta, habillé pour la route. Sous sa carrosserie se cache une technologie de pointe pour l’époque : un châssis tubulaire en « H » intégrant les réservoirs de carburant, du magnésium pour alléger les composants, et un poids plume de seulement 700 kg.

    Mais ce qui frappe, c’est ce que Franco Scaglione a fait de cette base technique. Il a dessiné une carrosserie en aluminium d’une fluidité irréelle, haute de seulement 99 centimètres ! C’est aussi la toute première voiture de série au monde à adopter des portes en élytre (papillon), bien avant que Lamborghini n’en fasse sa signature.

    Le V8 de poche qui hurle à 10 000 tours

    Le cœur de la 33 Stradale est tout aussi mythique que sa robe. Il s’agit d’un petit V8 de 2.0 litres (1 995 cm³). Cela peut sembler modeste aujourd’hui, mais c’est un moteur de pure compétition conçu par Carlo Chiti. Il développe 230 chevaux, ce qui, rapporté au poids plume, offrait des performances stratosphériques pour 1967 : le 0 à 100 km/h en 5,5 secondes et 260 km/h en pointe.

    Mais les chiffres ne disent rien de la sonorité. Ce moteur prend 10 000 tours/minute, délivrant un hurlement métallique, strident, qui donne la chair de poule. C’est une symphonie mécanique sans filtre.

    Plus chère qu’une Ferrari, plus rare qu’une licorne

    À sa sortie, la 33 Stradale était la voiture la plus chère du marché (9 750 000 lires), coûtant bien plus qu’une Lamborghini Miura ou une Ferrari de l’époque. Sa production fut confidentielle et artisanale. Seulement 18 châssis ont été produits, et on estime que moins de 12 ont été réellement carrossés en version « Stradale » par Scaglione (les autres ayant servi pour des concepts cars comme la Carabo).

    L’Héritage

    Aujourd’hui, une 33 Stradale est inestimable (on parle de plus de 10 à 15 millions d’euros si l’une d’elles venait à être vendue). Elle est le symbole de l’âge d’or d’Alfa Romeo. Son influence est telle que la marque a décidé de la ressusciter en 2023 avec la nouvelle 33 Stradale (série limitée à 33 exemplaires), prouvant que 50 ans plus tard, ce dessin n’a pas pris une ride.

    Elle reste la preuve éternelle qu’une voiture peut être une œuvre d’art.