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  • Flashback 2010 : Quand Alfa Romeo célébrait son centenaire en invité d’honneur à Goodwood

    Flashback 2010 : Quand Alfa Romeo célébrait son centenaire en invité d’honneur à Goodwood

    L’histoire d’Alfa Romeo est jalonnée de moments suspendus où le patrimoine et la passion mécanique ne font plus qu’un. En juillet 2010, le constructeur milanais célébrait un cap monumental : ses 100 ans d’existence. Pour fêter dignement ce centenaire, le Biscione s’était installé en tant que marque à l’honneur lors du prestigieux Goodwood Festival of Speed dans le West Sussex, marquant à jamais l’esprit des dizaines de milliers d’« Alfistes » présents.

    L’œuvre monumentale de Gerry Judah : Le Trèfle à l’honneur

    Le point d’orgue visuel de cette édition 2010 était sans conteste la sculpture centrale monumentale érigée sur la pelouse principale de Goodwood House. Conçue par le célèbre artiste et designer Gerry Judah, cette structure reprenait les lignes du célèbre badge Cloverleaf (Trèfle à quatre feuilles) de la marque, habillée d’un rouge Alfa exclusif.

    La sculpture scellait une passerelle technique unique entre le passé et le présent en suspendant deux modèles emblématiques :

    • L’Alfa Romeo P2 de Grand Prix (1924) : Première monoplace conçue par Vittorio Jano et première de la marque à embarquer un moteur à 8 cylindres, elle offrit à Alfa Romeo son tout premier titre de Champion du Monde en 1925 (ce qui valut l’ajout de la couronne de laurier autour du logo officiel).
    • L’Alfa Romeo 8C Competizione (2006) : Le coupé moderne en série limitée conçu par le Centro Stile, propulsé par un V8 de 450 ch, incarnant le renouveau stylistique et la voiture à 8 cylindres la plus récente de l’époque.

    L’armada historique d’Arese à l’assaut de la colline

    Au total, plus de 50 modèles historiques majeurs d’Alfa Romeo avaient fait le déplacement en Angleterre. Parmi eux, 16 joyaux inestimables issus directement des réserves du Museo Storico Alfa Romeo d’Arese formaient un véritable musée éphémère.

    Quatre de ces monstres sacrés ont assuré le spectacle en dynamique lors de la célèbre et technique course de côte de Goodwood (Hillclimb), un tracé de 1,16 mile serpentant à travers le domaine de Lord March :

    • 8C 2900 B Speciale tipo Le Mans (1938) : La splendide berlinette aérodynamique carrossée par Touring qui survola les 24 Heures du Mans avant un abandon cruel à une heure du terme.
    • Gran Premio Tipo B (P3) (1932) : Une étape charnière de la compétition, victorieuse dès ses débuts à Monza et restée invaincue sur l’ensemble de la saison 1933.
    • Gran Premio Tipo 159 ‘Alfetta’ (1951) : La légendaire monoplace de Formule 1 au volant de laquelle Juan Manuel Fangio décrocha le titre mondial.
    • Alfa Romeo 155 DTM (1993) : La bête de tourisme à moteur V6 et quatre roues motrices avec laquelle Nicola Larini écrasa le championnat allemand.

    Pendant ce temps, l’exclusive 8C Spider faisait rugir son bloc V8 dans le Supercar Paddock sous les yeux du public.

    Prototypes et concept-cars : La haute couture italienne

    En parallèle des démonstrations dynamiques, le public a pu admirer des pièces uniques à l’histoire extraordinaire, réparties entre le Cathedral Paddock et la pelouse du concours d’élégance Cartier « Style et Luxe » :

    Modèle exposéAnnéeSpécificités historiques et techniques
    A.L.F.A 40/60 HP Corsa1914Version de compétition à deux places équipée d’un gros moteur 6,0 litres à quatre cylindres en ligne.
    Gran Premio Tipo C 12C1936Monoplace dotée d’un moteur à 12 cylindres de 370 ch et d’une carrosserie arrondie innovante.
    Gran Premio Tipo 5121940Conçue pour la compétition mais n’ayant jamais pris le moindre départ en raison du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.
    164 Pro-Car1988Véritable silhouette de 164 cachant une technologie de Formule 1 et le tout premier moteur V10 au monde.
    33 Stradale prototipo1967Chef-d’œuvre absolu signé Franco Scaglione, modèle le plus cher de son époque et considérée comme l’une des plus belles voitures au monde.
    Carabo (Bertone)1968Concept-car révolutionnaire dessiné par Marcello Gandini, célèbre pour ses portes en élytre et son vitrage sans tain.
    Navajo (Bertone)1976Prototype futuriste en fibre de verre basé sur le châssis de la 33 Stradale et doté d’un V8 2.0L à injection.

    Le choc du présent : Les grands débuts de la Giulietta

    Le Festival of Speed 2010 ne se conjuguait pas qu’au passé. Alfa Romeo profitait de cette vitrine mondiale pour offrir sa toute première présentation publique au Royaume-Uni à la très attendue Alfa Romeo Giulietta. Présentée en avant-première lors du tout premier Moving Motor Show le jeudi 1er juillet, la berline compacte à 5 portes venait initier le nouveau cap stylistique et technologique du segment C de la marque, faisant revivre un patronyme mythique né dans les années 1950.

    Commercialisée quelques semaines plus tard outre-Manche, la Giulietta mettait en avant des motorisations modernes — dont la déclinaison haut de gamme 1750TBi Cloverleaf — et des technologies telles que le sélecteur Alfa DNA, le Start&Stop et le différentiel électronique Q2. Elle partageait la vedette sur le stand d’exposition avec la MiTo Cloverleaf fraîchement lancée, équipée du bloc 1.4 TB MultiAir de 170 ch.

    Un anniversaire du centenaire mémorable qui avait fait dire à Lord March, fondateur du festival et Alfista revendiqué, que la marque incarnait mieux que nulle autre « la beauté même de l’automobile ».

  • Portrait : Vittorio Jano, le génie qui a offert le monde à Alfa Romeo

    Portrait : Vittorio Jano, le génie qui a offert le monde à Alfa Romeo

    Il y a des ingénieurs qui dessinent des voitures, et il y a ceux qui bâtissent des empires. Vittorio Jano (1891-1965) appartient à la seconde catégorie. Si le logo Alfa Romeo est aujourd’hui entouré d’une aura de sportivité indestructible, c’est grâce à lui.

    Pourtant, rien ne prédestinait ce Turinois d’origine hongroise à devenir le père de la mécanique milanaise. Retour sur le parcours de l’homme qui a transformé Alfa Romeo en machine à gagner.

    Le « vol » d’Enzo Ferrari

    En 1923, Alfa Romeo est en crise de résultats. Les voitures sont belles, mais elles cassent ou manquent de puissance face aux Fiat qui dominent tout. Le jeune pilote de l’époque, un certain Enzo Ferrari, va voir Nicola Romeo et lui dit : « Si nous voulons gagner, il nous faut des hommes de chez Fiat. »

    Ferrari part à Turin et réussit à convaincre Vittorio Jano de trahir Fiat pour rejoindre le Portello. Ce transfert va changer l’histoire. Jano arrive avec une rigueur quasi-militaire et une vision claire : une voiture de course ne doit pas seulement être rapide, elle doit être fiable.

    La P2 et la couronne de lauriers

    À peine arrivé, Jano se met au travail. En quelques mois, il conçoit l’Alfa Romeo P2. Une révolution : moteur 8 cylindres en ligne, compresseur, et une fiabilité à toute épreuve. Le résultat est immédiat et foudroyant. En 1925, la P2 remporte le tout premier Championnat du Monde des Constructeurs.

    C’est pour célébrer cette victoire mondiale, offerte par Jano, qu’Alfa Romeo ajoute une couronne de lauriers autour de son logo. Chaque fois que vous regardez cet écusson sur une calandre, c’est un hommage indirect à Vittorio Jano.

    La dynastie 6C et 8C : L’architecte de l’âge d’or

    Mais Jano ne s’arrête pas là. Il va créer une lignée de moteurs qui servira de colonne vertébrale à la marque pendant plus d’une décennie.

    • La 6C (1500, 1750) : Légère, agile, elle domine les Mille Miglia.
    • La 8C (2300, 2900) : Son chef-d’œuvre. Un moteur 8 cylindres en deux blocs de 4, gavé par compresseur. C’est ce moteur qui gagnera quatre fois de suite au Mans (1931-1934) et dominera les Grands Prix avec la P3.

    La philosophie de Jano tenait en une phrase : « Une voiture doit être belle, mais sa beauté doit venir de sa fonction. » Ses moteurs étaient des sculptures d’aluminium, non pas par coquetterie, mais par souci de performance thermique et de légèreté.

    La fin d’une ère et l’héritage

    L’histoire d’amour s’achève brutalement en 1937, après l’échec de la monoplace 12C. Jano, homme fier et intransigeant, quitte Alfa Romeo pour Lancia (où il créera la mythique Aurelia) puis rejoindra Ferrari pour concevoir les moteurs V6 « Dino ».

    Il disparaît en 1965, mais son ombre plane toujours sur le Biscione. Vittorio Jano a appris à Alfa Romeo l’exigence de la compétition. Il a transformé un constructeur local en légende mondiale. Sans lui, le Cuore Sportivo ne battrait pas aussi fort.