Étiquette : V6 Busso

  • Portrait : Giuseppe Busso, le Maestro qui a donné sa voix à Alfa Romeo

    Portrait : Giuseppe Busso, le Maestro qui a donné sa voix à Alfa Romeo

    Si vous demandez à un Alfiste pourquoi il a acheté sa voiture, il vous parlera de la ligne. Mais si vous lui demandez pourquoi il l’aime, il vous parlera du son. Ce timbre rauque, métallique, qui monte dans les tours comme un ténor à la Scala. Ce frisson auditif a un créateur, un véritable luthier de la mécanique : Giuseppe Busso (1913-2006).

    Designer, ingénieur, artiste : il est l’homme qui a prouvé qu’un moteur pouvait avoir une âme.

    L’ombre des géants

    Comme beaucoup de grands de cette époque, Busso a fait ses armes à l’école de la rigueur. Passé par Fiat, il rejoint Alfa Romeo en 1937 sous les ordres de Vittorio Jano. Il fera une infidélité à la marque après la guerre pour travailler chez Ferrari (sur la 125 S), mais l’appel du Portello sera plus fort.

    En 1948, il revient chez Alfa pour devenir le bras droit d’Orazio Satta Puliga. Ensemble, ils forment un duo redoutable. Si Satta Puliga a la vision industrielle globale, Busso est le génie technique qui trouve les solutions. On lui doit le développement du fameux « double arbre » 4 cylindres de la 1900 et de la Giulietta, mais aussi la mécanique sophistiquée de l’Alfetta (le système Transaxle).

    Le Chef-d’œuvre : Le « V6 Busso »

    Mais son nom est entré dans la légende au début des années 70. Alfa Romeo a besoin d’un moteur noble pour son haut de gamme. Busso s’enferme dans son bureau et dessine un V6 à 60 degrés. Lorsqu’il apparaît en 1979 sous le capot de l’Alfa 6, c’est un choc. Souple, rageur, mélodieux.

    Ce moteur va connaître une longévité exceptionnelle, traversant les décennies et les modèles :

    • De la GTV6 (où il devient une icône de rallye),
    • À la 75 et la 164,
    • Jusqu’à son apogée dans les 156 GTA et 147 GTA avec la version 3.2L de 250 chevaux.

    Ce n’était pas le moteur le plus puissant du monde, ni le plus économe. Mais c’était (et c’est toujours) le plus beau. Avec ses pipes d’admission chromées brillantes sous le capot, le « Busso » est souvent qualifié de « Violon d’Arese ». C’est l’un des rares moteurs que l’on a envie d’exposer dans son salon.

    Une fin digne d’un opéra

    L’histoire de Giuseppe Busso se termine par une coïncidence troublante, qui nourrit la légende. Le 31 décembre 2005, la production du V6 historique s’arrête définitivement à l’usine d’Arese, tuée par les normes de pollution Euro 4. Trois jours plus tard, le 3 janvier 2006, Giuseppe Busso s’éteint à l’âge de 92 ans.

    Les Alfistes aiment à dire que le père n’a pas supporté de survivre à son fils. Lors de ses funérailles, une foule de passionnés s’est rassemblée. À la sortie du cercueil, pas de minute de silence. Juste le démarrage simultané de dizaines de V6 qui ont fait rugir leur « Musica » vers le ciel. Un dernier adieu au Maestro.

    L’héritage

    Aujourd’hui, une Alfa Romeo équipée d’un moteur Busso est un collector (la cote des GTA s’envole). Giuseppe Busso nous a laissé une leçon : la performance chiffrée est oubliable, l’émotion, elle, est éternelle.

  • DTM 1993 : L’année où l’Alfa 155 V6 TI a fait pleurer l’Allemagne

    DTM 1993 : L’année où l’Alfa 155 V6 TI a fait pleurer l’Allemagne

    Il y a des victoires qui sont sportives, et d’autres qui sont punitives. Ce qui s’est passé en 1993 sur les circuits allemands relève de la seconde catégorie. À cette époque, le championnat de tourisme allemand (DTM) est la chasse gardée de Mercedes. C’est leur terrain de jeu, leur vitrine technologique. Personne n’imagine qu’un constructeur étranger puisse venir les défier, encore moins pour sa première année de participation.

    Pourtant, Alfa Romeo va débarquer avec une machine qui va devenir une icône absolue : la 155 V6 TI.

    Le Monstre : 11 500 tr/min de fureur

    Pour comprendre ce braquage à l’italienne, il faut soulever le capot. L’ingénieur Sergio Limone a profité d’un règlement FIA très permissif (Classe 1) pour créer un monstre. Sous l’apparence d’une berline 155 bodybuildée se cache un châssis tubulaire en carbone et une transmission intégrale sophistiquée (dérivée de la Lancia Delta Integrale). Mais la pièce maîtresse, c’est le moteur : le légendaire V6 Busso (encore lui !), ici dans une version 2.5L poussée à l’extrême. Il développe 420 chevaux et hurle jusqu’à 11 800 tr/min. Un son strident, métallique, inoubliable, qui tranche avec le bruit grave des V8 Mercedes.

    Le Choc de Zolder

    Dès la première course de la saison, sous la pluie de Zolder en Belgique, le ton est donné. Nicola Larini, le pilote vedette d’Alfa Corse, ne se contente pas de gagner. Il domine. La 155, avec ses quatre roues motrices, danse sous le déluge là où les Mercedes propulsion, lourdes et pataudes, partent à la faute. Le message est clair : « Nous ne sommes pas venus faire de la figuration. »

    L’humiliation du Nürburgring

    Le point d’orgue de la saison a lieu sur la Nordschleife, l’Enfer Vert. Gagner au Nürburgring, c’est gagner le respect éternel. Lors de cette manche, Nicola Larini réalise l’impensable. Il remporte les deux courses du week-end, laissant la Mercedes de l’idole locale, Bernd Schneider, loin dans ses rétroviseurs. Voir une voiture rouge au trèfle vert franchir la ligne en tête devant des tribunes allemandes médusées reste l’une des images les plus fortes de l’histoire moderne de la marque.

    Championnat du Premier Coup

    La saison se transforme en marche triomphale. Alfa Romeo remporte 12 victoires sur 20 courses. Nicola Larini est sacré champion des pilotes, et Alfa Romeo champion des constructeurs.

    Cette victoire de 1993 a eu un impact colossal. Elle a prouvé que la technologie italienne (électronique, transmission intégrale, moteur) était supérieure à la rigueur allemande. Aujourd’hui, la 155 V6 TI avec sa livrée Martini ou rouge Alfa est devenue une légende, star des jeux vidéo et des rassemblements historiques. Elle nous rappelle qu’une berline familiale Alfa Romeo a toujours un cœur de pistarde.

  • Vidéo : L’Alfa Romeo 166, la dernière « Ammiraglia », réhabilitée par Davide Cironi

    Vidéo : L’Alfa Romeo 166, la dernière « Ammiraglia », réhabilitée par Davide Cironi

    C’est souvent le sort des grandes berlines Alfa Romeo : critiquées à leur sortie, oubliées ensuite, pour finir par devenir des objets de culte une fois qu’il est trop tard. L’Alfa Romeo 166 ne déroge pas à la règle. Mais heureusement, des puristes comme Davide Cironi sont là pour remettre l’église au milieu du village.

    Dans cette vidéo publiée sur sa chaîne Drive Experience, le célèbre essayeur italien s’attaque à celle qui fut la dernière véritable grande routière du Biscione avant une longue pause. Et pas n’importe laquelle : une version motorisée par le légendaire V6 Busso.

    La fin d’une époque

    Comme le souligne Cironi avec sa ferveur habituelle, la 166 (projet 936) avait la lourde tâche de succéder à la 164. Dessinée par le Centro Stile sous la direction de Walter de Silva, elle affichait des lignes tendues, un profil de coupé quatre portes avant l’heure, et ce fameux regard « triste » des phases 1 qui a tant fait couler d’encre (avant d’être corrigé par le restylage de 2003).

    Mais au-delà de l’esthétique, cette vidéo nous rappelle que la 166 était une voiture techniquement aboutie. Avec sa suspension avant à double triangulation et son train arrière multibras sophistiqué, elle offrait un compromis confort/sportivité que les Allemandes de l’époque (BMW Série 5 E39, Mercedes Classe E) avaient du mal à égaler sur le pur plan du plaisir de conduite.

    Le chant du cygne du V6 Busso

    Le cœur de cette vidéo, c’est évidemment le moteur. Davide Cironi met des mots sur ce que tout Alfiste ressent en tournant la clé d’une 166 V6 : l’émotion. C’était l’une des dernières voitures à accueillir le V6 « Arese » dans sa forme la plus pure, avant l’arrivée des blocs GM sur la 159. Entendre le Busso monter dans les tours dans le confort feutré d’une berline de luxe crée une dissonance cognitive délicieuse : c’est une voiture de ministre, mais avec le cœur d’une voiture de course.

    Pourquoi il faut regarder cette vidéo

    Cironi ne se contente pas de conduire, il raconte une histoire. Celle d’une voiture incomprise, peut-être sortie trop tard, peut-être mal vendue, mais qui, aujourd’hui, représente une opportunité incroyable en collection (Youngtimer). Regarder cette vidéo, c’est comprendre que la 166 n’était pas juste une « grosse voiture ». C’était une Alfa Romeo, une vraie, capable de vous donner le sourire dans un virage serré tout en transportant quatre personnes dans un luxe à l’italienne.

    Montez le son, profitez de la mélodie du V6, et redécouvrez la 166 comme elle le mérite.