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  • Portrait : Vittorio Jano, le génie qui a offert le monde à Alfa Romeo

    Portrait : Vittorio Jano, le génie qui a offert le monde à Alfa Romeo

    Il y a des ingénieurs qui dessinent des voitures, et il y a ceux qui bâtissent des empires. Vittorio Jano (1891-1965) appartient à la seconde catégorie. Si le logo Alfa Romeo est aujourd’hui entouré d’une aura de sportivité indestructible, c’est grâce à lui.

    Pourtant, rien ne prédestinait ce Turinois d’origine hongroise à devenir le père de la mécanique milanaise. Retour sur le parcours de l’homme qui a transformé Alfa Romeo en machine à gagner.

    Le « vol » d’Enzo Ferrari

    En 1923, Alfa Romeo est en crise de résultats. Les voitures sont belles, mais elles cassent ou manquent de puissance face aux Fiat qui dominent tout. Le jeune pilote de l’époque, un certain Enzo Ferrari, va voir Nicola Romeo et lui dit : « Si nous voulons gagner, il nous faut des hommes de chez Fiat. »

    Ferrari part à Turin et réussit à convaincre Vittorio Jano de trahir Fiat pour rejoindre le Portello. Ce transfert va changer l’histoire. Jano arrive avec une rigueur quasi-militaire et une vision claire : une voiture de course ne doit pas seulement être rapide, elle doit être fiable.

    La P2 et la couronne de lauriers

    À peine arrivé, Jano se met au travail. En quelques mois, il conçoit l’Alfa Romeo P2. Une révolution : moteur 8 cylindres en ligne, compresseur, et une fiabilité à toute épreuve. Le résultat est immédiat et foudroyant. En 1925, la P2 remporte le tout premier Championnat du Monde des Constructeurs.

    C’est pour célébrer cette victoire mondiale, offerte par Jano, qu’Alfa Romeo ajoute une couronne de lauriers autour de son logo. Chaque fois que vous regardez cet écusson sur une calandre, c’est un hommage indirect à Vittorio Jano.

    La dynastie 6C et 8C : L’architecte de l’âge d’or

    Mais Jano ne s’arrête pas là. Il va créer une lignée de moteurs qui servira de colonne vertébrale à la marque pendant plus d’une décennie.

    • La 6C (1500, 1750) : Légère, agile, elle domine les Mille Miglia.
    • La 8C (2300, 2900) : Son chef-d’œuvre. Un moteur 8 cylindres en deux blocs de 4, gavé par compresseur. C’est ce moteur qui gagnera quatre fois de suite au Mans (1931-1934) et dominera les Grands Prix avec la P3.

    La philosophie de Jano tenait en une phrase : « Une voiture doit être belle, mais sa beauté doit venir de sa fonction. » Ses moteurs étaient des sculptures d’aluminium, non pas par coquetterie, mais par souci de performance thermique et de légèreté.

    La fin d’une ère et l’héritage

    L’histoire d’amour s’achève brutalement en 1937, après l’échec de la monoplace 12C. Jano, homme fier et intransigeant, quitte Alfa Romeo pour Lancia (où il créera la mythique Aurelia) puis rejoindra Ferrari pour concevoir les moteurs V6 « Dino ».

    Il disparaît en 1965, mais son ombre plane toujours sur le Biscione. Vittorio Jano a appris à Alfa Romeo l’exigence de la compétition. Il a transformé un constructeur local en légende mondiale. Sans lui, le Cuore Sportivo ne battrait pas aussi fort.

  • 13 mai 1950 : Le jour où les « Alfetta » ont fondé la légende de la Formule 1

    13 mai 1950 : Le jour où les « Alfetta » ont fondé la légende de la Formule 1

    Nous sommes le samedi 13 mai 1950. Le lieu ? Une ancienne base aérienne de la Royal Air Force balayée par le vent : Silverstone. L’événement ? Le tout premier « Grand Prix d’Europe » comptant pour le nouveau Championnat du Monde des Conducteurs.

    Dans les tribunes, 120 000 spectateurs et un invité de marque : le Roi George VI. C’est la seule fois qu’un monarque britannique assistera à un Grand Prix. Mais sur la piste, la royauté est italienne. Elle porte une robe rouge sang et s’appelle Alfa Romeo.

    Les « 3 F » et l’invité surprise

    Pour cette course inaugurale, Alfa Romeo aligne quatre voitures. Le modèle 158, surnommé affectueusement « Alfetta » (la petite Alfa), est une merveille d’ingénierie. Conçue avant-guerre (1938), elle a été cachée dans une fabrique de fromage près de Milan pendant le conflit pour échapper aux bombardements et aux pillages. Sous son capot, un petit 8 cylindres en ligne de 1,5 litre, gavé par un compresseur volumétrique Roots, qui hurle à 350 chevaux.

    Au volant, l’équipe aligne sa « Dream Team », les fameux « 3 F » :

    • Giuseppe « Nino » Farina, le docteur en droit au pilotage altier (bras tendus).
    • Juan Manuel Fangio, l’argentin calculateur et rapide.
    • Luigi Fagioli, le vétéran italien.
    • Et une quatrième voiture pour Reg Parnell, pilote local engagé pour faire plaisir au public anglais.

    Une symphonie en rouge majeur

    Dès les qualifications, le suspense est tué. Les quatre Alfetta monopolisent la première ligne (à l’époque composée de 4 voitures). Le reste du peloton (Maserati, Talbot-Lago) est relégué au rang de figurants.

    La course est un ballet mécanique. Farina, Fagioli et Fangio s’échangent la tête à plusieurs reprises, laissant les autres concurrents loin, très loin derrière. La domination est telle qu’on a l’impression qu’ils jouent entre eux, à des vitesses vertigineuses pour l’époque.

    Le triomphe total

    Malheureusement pour Fangio, une fuite d’huile met fin à sa course au 62e tour (il heurtera une botte de paille). Mais cela n’arrête pas la marche triomphale du Biscione.

    Après 70 tours et plus de deux heures de course, Nino Farina franchit la ligne en vainqueur. 2,6 secondes plus tard, Fagioli le suit. Et Reg Parnell, malgré un contact avec un lièvre (!) qui a endommagé son capot, complète le podium.

    1er, 2e, 3e. Alfa Romeo ne se contente pas de gagner le premier Grand Prix de l’histoire. L’écurie réalise un triplé retentissant. La première voiture non-Alfa (une Talbot-Lago) termine à deux tours.

    L’héritage

    Ce jour-là, Alfa Romeo a posé les standards de la Formule 1. En 1950, les Alfetta remporteront toutes les courses du championnat (sauf l’Indy 500, où elles n’allaient pas). Nino Farina deviendra le premier Champion du Monde de l’histoire.

    Quand on regarde le logo Alfa Romeo aujourd’hui, il faut se souvenir de Silverstone 1950. Ce jour où, sous les yeux d’un Roi, une petite voiture rouge a prouvé que la mécanique italienne était la reine du monde.